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CHAPITRE IV

PBÉPARATION DE U DISSONANCE.

ARTICLE UNIQUE

188. La façon dont les Traités d'harmonie exposent habitueUement cette question peut bli-e résumée comme il suit : les accords de plus de trois sons (formés de plus de deux tierces superposées) sont dissonants; la quatrième note, bien que n'étant pas toujours celle qui dissonoe le plus, est néanmoins qualifiée le plus souvent de note dissonante. Toute dissonance, à l'exception de celle de l'accord de septième de dominante, doit être préparée. La préparation consiste à faire entendre d'avance la note dissonante dans un accord consonant (ce qui signifie, pour les harmonistes, dans un accord formé par la superposition de deux tierces seulement),

Cette règle ne saurait être prise au pied de la lettre; ainsi un accord tel que la'y do mi en do majeur, Lien que formé de deux tierces seulement, ne serait pas réputé propre à préparer une dissonance; il n'en est pas moins vrai que, sous certaines réserves, cette règle n'est autre chose que la codification des usages longtemps pratiqués parles premiers maîtres.

184. Nous avons vu (n» 158) qu'à ses débuts, l'harmonie a été presque exclusivement consonante, et que, plus tard, le retard ou l'avance de certaines parties a produit la dissonance. Le processus par lequel celle-ci s'est introduite peut être exposé ainsi : . L'harmonie étant généralement consonante emploie successivement les diverses échelles, par exemple l'échelle A pendant les mesures et les temps compris entre a et a', puis l'échelle B pendant les mesures et les temps compris entre ft et i' :

Fig. ..y.

Cependant, parfois, par suite de l'avance ou du retard de certaines parties, des Dotes appartenant aux échelles A et B peuvent se trouver momentanément réunies comme ci-dessous :

Par exemple, les diverses parties peuvent, à partir du temps h, abandonner l'échelle A pour prendre l'échelle B, le dessus continuant toutefois de chanter jusqu'au temps a' une note appartenant à l'échelle A; il y aura donc entre les temps 6 cl a' une dissonance résultant du mélange des échelles A et B, et cette dissonance se trouvera avoir été préparée

CIIAPITBE IV. — PRKPAHATION DE LA DISSONANCR. IÎ3

tout naturellement, puisque la note chantée par le dessus (note dissonante) aura été d'avance entendue dans un ensemble consonant (').

Et c'est ainsi que les premiers musiciens ont été amenés à appliquer instinctivement, dés le début de l'harmonie, les régies que les théoriciens fondèrent plus tard sur l'examen de leurs œuvres.

185. La préparation, indispensable autrefois puisqu'on n'était pas accoutumé à la dissonance, est moins souvent nécessaire à notre époque, car la musique moderne nous a habitués à accepter les duretés les plus rudes qui se puissent obtenir à l'aide de la gamme tempérée.

La préparation d'ailleurs ne serait pas possible dans le cas d'accords trissonants, tels que ceux des exemples cités plus haut (voir T'a- "*8 et 109, n" 165), si l'on voulait s'astreindre à la réaliser en faisant entendre préalablement la note dissonante dans un accord réellement consonant (échelle); en effet, l'accord trissonant ayant deux notes dissonantes provenant de deux échelles différentes, sa préparation ne pouiTait être faite avec une seule échelle (').

Il est vrai que, le plus souvent, la trissonance, ou bien est de durée brève, ou placée sur un temps faible, ou bien est formée par un accord peu dissonant, s'agrégeant une note étrangère qui a pu être préparée : c'est ainsi que, dans l'exemple de la figure 108 (n" 165), contenant l'accord trissonant

loi fa «■ mi,

l'accord de septième de dominante s'agrège la note mi préparée par toute la mesure précédente; aussi l'accord, bien que trissonant, ne cause-t-il aucune sensation de dureté.

186. En somme, la théorie de la préparation de la dissonance se réduit à ceci :

Le plaisir que la musique cause à l'homme paraît résulter de ce que son esprit apprécie les rapports plus ou moins simples que piésentententreeux les sous associés. Ces rapports doivent être préalablement expliqués à l'auditeur s'il y a lieu, c'est-à-dire si l'auditeur n'est pas habitué à la dissonance ( cas des premières œuvres exécutées en harmonie dissonante par les maîtres qui ont fondé cette forme de l'art), ou si les rapports dont il s'agit sont très difficiles à saisir (cas de certaines dissonances très dures qu'emploient parfois les maîtres modernes).

Celte explication préalable, qui est la préparation ('), s'exécutera par exemple en faisant entendre d'abord, chacune dans son échelle (accord consonant), ou dans des accords très peu dissonants (tels que la fausse échelle), les notes dont la réunion va former dissonance; pour les accords altérés, ils pourront être précédés de la même harmonie non altérée, ou encore des deu-i accords naturels dont la fusion fournit l'accord altéré.

187. Il va de soi que, quand le compositeur semble se conformer à ces règles, il se borne, en réalité, h suivre son inspiration : la dissonance, en effet, au moins lorsqu'elle est dure,

(') Rigonrouscment parlanl, co qui procède iinppaaeniil {[ua les premiers compasiteura employaient uniquement Iva six écliellei parfoitcs du chiuap, et non l> fausse iSchella qui » pour luiso le VII* Avgri du modo majeur, ou le 11° iegré du mndc mineur.

Mais Ift busse échelle présente anc étroite annlogio d'aspect avec les six échelles parfiiitcB, or elle est Tannée, elle auisi, par une luperpesilinn de deux tierces; sa dissonance est d'ailleurs fort douce, puisque, comme on l'a dit plus haut {voir a- 152), beaucoup ds Ibéoriciens ont cru pouvoir la classer dans la mâmu catégorie que li'S accords réellement consonants; il est dune naturel que, dès la début do rharmonie, à l'époque où la musique était encnripresque eiclusivemonl consonanic, la fausse échelle ait pu être employée il peu près aussi facilement que les échelles v,tri tables.

(-) Celle explication est celle que visait le renvoi du n* 1G5.

(') Ce n'est pas seulement dans la dissonance que ces préparations peuvent être nécessaires; peur r|Ue la musiquu plaise, il laitt que l'esprit puisse toujours couiprondro sans difficulté tes rapports numériques ou parentés niusicnles i|ul existent entre les harmonies successives. C'est ainsi que l'accord parfait lui.méme doit étm préparé dans certains cax. lorsque son intruduction comporte une moilulntion. et le processus par lequel on module n'est, on somme, que lu préparation d'une tonalité nouvelle.

I,i6 QUATHIBNE PARTIE. — UIESONANCE.

ne se piésenie pas d'emblée it son esprit, mais se développe par agré^'alions successives, suivant un processus qui est précisément ce que les théoriciens appellent la préparation.

Quant à l'auditeur, du moment que le développemeot progressif de la dissonance explique à son esprit comment s'établit la parenté entre les sons associés, son oreille accepte avec plaisir l'accord résultant de leur combinaison, alors que ce même accord, frappé cr abrupto, lui aurait peut-être semblé absolument intolérable.

Les considérations qui précèdent s'appliquent surtout aux dissonances véritables, plutôt qu'aux dissonances des temps faibles {voir l'article ci-après), La fa^on de les appliquer dépend aussi du sujet sur lequel on écrit : ,iinsi dans Medjé (Gounod, Chanson arabe), l'Arabe criant sa passion à sa maîtresse peut user de dissonances plus vives ou moins préparées que s'il chantait les louanges d'Allah.

- PLACE DE LA OIseONAIfCB.

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