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PLACE DE LA DISSONANCE

ABTICLE UNIQUE.

188. Les harmonistes enseignent que la dissonance se place au temps fort de la mesure. Pour justi&er cette toi, ils font observer que les œuvres des compositeurs de musique en contiennent d'innombrables applications. Mais ces œuvres violent aussi la loi en question; celle-ci parait être le résultat d'un malentendu consistant à confondre la cause avec Yejfet. et il semble qu'on doive dire, non pas : Tel accord se place au temps fort parce qu'il est dissonant, mais bien : Tel accord nous procure ta sensation de dissonance parce qu'ilest placé au temps fort.

La dissonance d'un accord n'est pas dune autre essence que celle d'une phrase mélodique, car, en mélodie comme en harmonie, la dissonance est toujours la conséquence du mélange de notes appartenant à des échelles différentes; on pourrait donc étudier simultanément la dissonance de la mélodie et celle de l'harmonie; toutefois, pour plus de clarté, noua les examinerons successivement.

189. Place de la dissonance en mélodie. — Dans le langage musical, de môme que dans le langage littéraire, tous les mots n'ont pas la même importance : certains sont principaux, les autres secondaires. Supposons que, dans une circonstance critique pour l'existence d'une nation, un orateur influent parle au peuple de la capitale, lui disant ce qu'il faut faire, et pourquoi il faut le faire; une heure après, la parole du fi^rand orateur aura été transmise aux quatre coins du pays; le résumé télégraphié pourra être dépourvu de toutes les beautés littéraires et de tous les mouvements d'éloquence du discours original; la pensée du grand orateur et les conseils qu'il donne à ses concitoyens n'en seront pas moins connus de tous : il existe donc des mots principaux (').

Il en va de même en dessin : tel paysage, formé de lignes innombrables, a été exécuté d'après une esquisse qui ne comportait qu'un petit nombre de lignes, et cependant rappelait déjà le site représenté : il y a donc des lignes principales.

De même, en musique, il existe des notes principales et des notes secondaires. Loi'sque ces notes principales (qui à elles seules formeraient pour ainsi dire l'esquisse du dessin musical) appartiennent à une même échelle, le dessin est consonant ; i! est dissonant dans le cas contraire. Quant aux notes secondaires, elles sont, à ce point de vue, sans aucune , influence.

190. A titre d'exemple, (Considérons les récitatifs A et B ci-dessous, composés presque

( ' ) Ceci ne HiTait pa» exact pour certaines ixuvrci litttirainia avpc chatoiement d'épithèlcs rnrea ot de riiDL<ti pricieuses, no pgqr eeplaincs œuvrns musicales avi'c «onorités savanlos ot (icritnre très tftudjéo-, uprkiincs protluclioiis ■lana lesquelles le souci de la fortiie a domina celui du fond, relèvent d'an art tout sp^jal, pmtiquâ seulement p»r ■(netques initiés, et se refuiont absolument à tout risnmd comme à toute ilërorniatiim nu ubréviation.

Mai) dès que l'n>uvrc, musicale ou littéraire, préssnlo un sons, il n'y trouve ili-s mate secondaires ot des inots principaux. '

UUATRIÛMB CARTIK. — DISSONANCE.

exactement des mêmes notes prises avec les miiines valeurs, mais profondémeni différents, malgré leur apparente similitude.

A mon â me ra . vL. e

tfAmtmr en i . né.

On peut considérer ces deux dessins comme ayant respectivement pour esquisse :

b{i<feir irr 1 1 r' i^f

Les récitatifs A et B sont écrits tous deux en do majeur, et la plupart de leurs notes appartiennent à l'échelle tonique ; ils comprennent aussi quelques notes étrangères à cette échelle et telles que le /a de « ravie » et le la de « enivrée », lesquels appartiennent à réchelle dominée. Mais, dans la version A, ces notes étrangères n'ont qu'un râle secondaire de liaison, elles n'existent pas dans l'esquisse a et la phrase est consonante.

Dans la version B, au contraire, ces notes étrangères à l'échelle du ton ont passé aux temps forts, elles sont devenues principales, et l'esquisse b réunit des notes provenant de deux échelles différentes T et A : d'où la dissonance. Ces notes principales, étrangères à l'échelle d'où proviennent la plupart des notes de la phrase musicale, sont dénommées, dans les Traités d'harmonie, tantôt note d'appogiatme, tantôt appogiature expressive, etc. Peut-être ces Ouvrages ne montrent-ils pas toujours bien nettement que ces notes ont, en mélodie, un rôle analogue à celui que jouent, en harmonie, les notes dissonantes des accords.

191. Place de la dissonance en harmonie. — Ce cas est absolument semblable au précédent.

Considérons encore les récitatifs A et B, et supposons qu'ils soient accompagnés uniformément par l'accord que forme l'échelle T, c'est-à-dire par l'accord tonique, complet ou incomplet, plaqué ou brisé, dans une position serrée ou large, et dans un état direct ou renversé.

Associé à cet accord, le/a du mot s ravie > fera dissonance, aussi bien dans l'exemple A que dans l'exemple B; mais, tandis que la dissonance de B, placée au temps fort, sera très sensible, celle de A, placée au temps faible, sera de faible effet et pourra être beaucoup moins remarquée. C'est ainsi que, si l'on joue successivement à un même auditeur, d'abord la version B, puis la version A; toutes deux accompagnées de l'accord rfo mi sol, l'auditeur ne pourra manquer de remarquer que la dissonance de la deuxième mesure de B n'existe plus dans la version A; tandis que si on lui joue, d'abord la version A, puis une version A' ne différant de A qu'en ce que le /a de a ravie » a été remplacé par l'une des notes do,

CHAPITHIi V. ~ PLACB DE LA DiaSO»ANCK. II9

mi. sol, il ne remarquera peut-être pas la disparitioQ de la dissonance : c'est qu'en effet A et A' admettent une même esquisse conaonante a, tandis que A et B correspondent à deux esquisses très différentes a et b, l'une consonante, l'autre dissonante (' ).

192. Ku résumé, comme le principal charme de la dissonance consiste à appeler la résolution qu'elle a rendue nécessaire, on peut dire que le compositeur place la disBonance au temps fort quand il se propose, instinctivement ou sciemment, de donner la sensation d'échelles mélangées, et par suite affaire désirer la note ou l'accord de résolution.

Dans les autres circonstances, les dissonances ont un rôle esthétique beaucoup moins important; souvent elles ne servent qu'à former transition en reliant entre elles les harmonies successives ; dans ce cas, le compositeur les conçoit et les place sur un temps quelconque de la mesure ; quant à l'auditeur, il les remarque peu ou point.

( ' ) C'est ainsi que, quand an examine avee gain certain» pansages dus s des compositeurs connus pour n'user que Tort peu de la dissonance, on Irnuvn parfns aux temps faibles certains accords dont on n'avait jamais roniarqnii la dissiiiiHDce, et qui, placés aux temps forts, enssent étd d'une dureté extrêmement sensible. Un des cas les plus fréquenta i«l celui où rbarmonie des parties basses réalise l'accord de scptièmo de dominante sol si ré /a, alors que le dessus chante la. gemme chromatique, produisant ainsi une série do heurts tels que si si>, ré rèi, fa fat, stc.

— DISSONANCE

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