RÉSOLUTION DE LA DISSONANCE
ARTICLE I. Règle de I'£c«le.
198. La règle de l'École relative à la résolution des dissonances était autrefois très stricte; la note dissonante, ou note à marche contrainte, devait se résoudre en descendant d'un degré.
Dans les Traités plus modernes, colle règle a perdu de sa rigueur. C'est ainsi que Rebcr {Traité d'harmonie, p. 73 et suiv,), tout en qualifiant les résolutions de naturelles ou d'exceptionnelles suivant que la note dissonante descend d'un degré ou suit une autre marche, reconnaît que ces dénominations « peuvent parfois paraître impropres ou contestables en ce que, dans certains cas, certaines résolutions exceptionnelles sont plus usitées que la résolution naturelle elle-même ».
Les exceptions que prévoit Reber consistent en ce que la note dissonante, au lieu de descendre d'un degré, peut monter ou descendre chromatiquemânt, ou encore rester sur place, soit telle quelle, soit en se transformant enharmoniquement; enfin Reber signale la possibilité de mai-ches autres que les précédentes, et les désigne sous le nom de licences. Parmi les marches par degrés conjoints, la seule que Reber ne classe pas expressément au nombre des exceptions prévues (et qui, par suite, doit être rangée dans la catégorie des licences), c'est celle qui consisterait à faire monter la note dissonante d'un degré comme dans l'exemple suivant 1
Fig. n3.
On voit que cette marche, bien que diamétralement opposée à la marche dite naturelle, n'a rien qui choque l'oreille.
Il n'exisle donc pas de notes dont la marche soit contrainte, et les résolutions ne peuvent ôtre soumises à aucune règle explicite ( ' ).
( ' ) Un harmoniste qui voudrait indiquer aux musiciens la marche à taire xulvre à Is note disionante, eommellreil ta même erreur qu'un grammairieii traitant d'uue question quelconque, par exemple de la ponctualion, et qui prétcadmll indiquer aux littérateurs comment, après une virgule, ils doivent poursuivre leur pbrase : cette question ne concerne pas le gramm^rien. Le musicien, comme le littdrftteur, ne doit prendre la plume que s'il a quelque pens^ à exprimer, ut la façon dont il finit sa [^rase, ou dont il r<îsout sa dissonance, dépend surtout de ce qu'il a à dire nu de co qnp j'inspiretion lui suggère. Cependant les musiciens ont parfois consenti à mudiricr l'expreBiilon do leur pensée, lorsqu'i-llp n'était pas conforme A la râglc de l'Ecole. Voyez, par exemple, Fétib, Traité d'Harmonie, p, ^9. accord toltt ré fa : lorsque les quatre voix ne se présentent pas dans des conditions pcrmaltanl d'appliquer la rèdclc, l'auteur du Tmilé conseille de renoncer purement et simplement à faire entpndre la note ré.
CHAPITBK VI. - IIKSOLUTION DE L\ Dl.SgONANCR. IJI
194. Si les résolalions sont réellement libres, on doit pouvtiir vérifier qu'un même accord, sol si ré fa par exemple ('), peut résoudre sur une ôchslle quelconque; ou bien encore les douze accords présentant la même série d'intervalles que sol si ré fa, et ayant pour base, soit sol, soil toute autre note de la gamme chromatique, doivent pouvoir résoudre tous sur un même accord parfait, par exemple sur celui de do majeur.
Or, ces deux vérifications, équivalentes l'une à l'autre, réussissent également. La seconde (qui peut s'écrire avec moins d'accidents que la première) est donnée ci-après (voir Enharmonie, fig. i^y du n" 369).
ARTICLE II- — Théorie propoBàe.
195. Cependant les sensations que procurent les résolutions présentent entre elles une assez grande analogie, qui ne peut être purement fortuite. Ces phénomènes musicaux, que nous nommons résolutions, doivent donc satisfaire à une condition uniforme motivant leur analogie.
Pour trouver ce qui fait le caractère commun à toutes les résolutions, écoutons celles que le hasard nous suggère au cours de la composition; nous remarquerons que leur analogie tient à la cause suivante, facile ;\ deviner, après les explications déjà données dans ce qui précède. Le musicien aime à la fois la variété el Vanité tonale; quand l'amour de la variété l'a conduit à la dissonance, le besoin d'unité et d'ordre tonal se faisant sentir à son tour, provoque la résolution.
Pendant la consonance, on employait les notes par échelles successives, et non en les fusionnant; la dissonance troublant ce bel ordre, mélange au contraire les échelles, et c'est d'elle qu'on pourrait dire à bon droit :
Chez elle un beau désordre est un effet de l'art.
La sensation caractéristique de la dissonance résulte de celte complexité apportée à l'édifice harmonique. La résolution met fin à cette sensation de mélange, et procure au contraire une sensation d'ordre remis dans le « beau désordre n que constituait la dissonance; elle consiste donc en un reclassement des notes par échelles. Si cette remise en ordre est faite d'un seul coup, la résolution est complète; si elle est faite en plusieurs fois, chacune des successions qui ne rétablit l'ordre que partiellement pourrait être dénommée résolution partielle. Ainsi, dans la figure suivante, supposée écrite en tio, la résolution
n° I remplace un accord trissonant par un accord bissonant, et la résolution n" a remplace un accord altéré par un accord dissonant naturel : ces résolutions ne sont donc que partielles, puisqu'elles ne reclassent pas les sons par échelles, et se bornent à diminuer l'ordre de complexité de la dissonance. Au contraire, les n" 3 et 4 sont des résolutions complètes, car, dans ces deux cas, l'accord dissonant formé du mélange des échelles dominante et dominée se résout totalement, savoir : au n" 3 sur l'échelle dominante, et au n" 4 sur l'échelle tonique.
( ' ) Étant spécihé, liirn ciiIpiicIu, qu'il s'aRit ici, non pas iini<[ucuicut tli' toi ai ré fa occoni ilu soplicme ilo cloiiiî-nuiilo du ton de do. mais aussi do tous ses nceords (tL'lflphonPs, c'cst-à-din' fornida Jo sons sonsiblcmont identiques. NnnH verrons d'aillears pius ioiii [Enharmonie, n* .T88) que, d'une fivçon gi-néralo, touio combinaison de sons dlsBOn«nls est snsecptiblo de rdsmidpc sur un quelconque des î4 accord» parfails exislant en musique tempérée.
llC! QUATRIËUE PARTIE. — DISSONAKCB.
19ft. Remarques sur les résolutions complètes. — Les exemples n** 3 et 4 de la figure précédente se rapportent aux cas les plus fréquents comme aussi les plus simples : résolutions complètes de bissonants. Les schémas ci-après, analogues à ceux qui ont déjà été expliqués (n" 18(»), représentent respectivement, pour ces deux cas, les trois phases successives du phénomène. Au point de vue du mécanisme de la résolution, la différence
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entre les cas 3 et 4 consiste en ce que, dans le cas n* 3, la résolution se fait sur l'une des deux échelles A et B ayant servi à constituer le dissonant, tandis que, dans le cas n" 4, elle se fait sur une troisième échelle C ( ' ).
197. Remarque sur les résolutions incomplètes. -^ Quand l'accoi-d dissonant est très complexe, les sons dont il se compose ne se reclassent pas toujoui'S d'un seul coup, et, avant de revenir h la consonance, on peut ne pratiquer tout d'abord qu'une résolution incomplète. Par exemple, entre un accord altéré et sa résolution définitive, on fera parfois entendre l'accord redressé, c'est-à-dire le dissonant naturel d'où l'accord à résoudre dérive par altération. Si l'on fait usage de l'accord redressé, ce n'est point parce que la présence de la note altérée rendrait la résolution difficile ; celte note, en effet, est généralement introduite par un accord de septième diminuée ou accord neutre, et l'on verra plus loin {Enharmonie, a" 355} que les accords de ce type sont susceptibles de résoudre de toutes les façons possibles : la note altérée ne peut donc donner lieu à aucune difficulté. Mais l'accord redressé, employé comme intermédiaire, peut être utile pour établir une parenté suffisamment évidente entre les dilîérenls assemblages harmoniques qui se succèdent (*).
198. jVota. — Les Traités d'harmonie citent souvent, pour un même accord dissonant, diverses résolutions dont il est susceptible. Ces citations sont généralement fort incomplètes. Le lecteur trouvera facilement toutes les solutions possibles <?n procédant méthodiquement ainsi qu'il est indiqué dans le présent Essai pour certains cas particuliers (voir Enharmonie, Étude de l'accord 343, n" 339; de l'accord 333, n° 351; et de l'accord 44, n" 375 ; ou bien voir ci-après, article IV, Remarques sur la résolution de l'accord de septième de dominante, n" 205).
( ' ) Cnni|inniii1 ces clum résolutions ontpi- pIIp», on reinnri[in.'rn i[no. la prciiiiùri! conduit à la Jorainanle, Bar laquplln on no pont fairo qu'une rudenco {ou repos | provisoire, avec obligation do repartir liientflt, tandis qua U secnndo ronduit A la toniquo, sur laqucllo on peut Fairo une cudeneo dûBnitive. La résolntion n* 4 présente done es caractère particulier de procurer non seulement la scnsalion d'ordre sncctldant au desordre, mais aussi cella de repo* succédant an mouvement. Lea résolutions de ce genre, qu'on pourrait appeler résoluliont toniques, sont celle* que l'on exécute quand on fait ce que nous étudicrens plus loin sous le nom de rattachement»; et nous verrons qnc, en raison d.> leur double caractère, ollos ont dû étiti considérées comme les résoluCioni par excellence par li» preoiicr* ir la matière ( voir Jiatlachemenls, a" 318 et suiv. ).