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CHAPITRE VI. — hksolution db la dissonance

ARTICLE ni. - Origina probable de la règle de l'École.

199. On a vu plus haut que, d'après la règle de l'École, la noie dissonaiile devrait résoudre en descendant d'un degré. Beaucoup de théoriciens énoncent aussi une seconde règle, également avancée sans démonsti'ation , et d'après laquelle la sous-tonique monterait dans certains cas à la tonique.

Ces lois sont certainement fausses, puisque, comme on l'a vu plus haut, on peut les violer sans offenser le goût; cependant elles ont été réputées vraies par un grand nombre d'esprits distingués. Cette contradiction nous montre qu'il doit exister dans le problème une donnée dont il n'a pas encore été tenu compte.

300. II en est d'ailleurs souvent ainsi, et quand un esprit juste tire de faits exacts des conclusions fausses, cela tient généralement à ce que le problème comporte certaines données qui lui sont inconnues.

Ainsi, de ce que le Soleil semble décrire une courbe dans le ciel, les anciens concluaient qu'il tourne autour de la Terre : c'est qu'ils ignoraient le mouvement de rotation propre à notre globe. Be même l'enrant qui aperçoit l'image de la Lune dans l'eau d'un baquet se figure que la Lune est dans le baquet : c'est qu'il ignore la rëDexion des ondes lumineuses.

Donc, philosophiquement, il y a toujours intérêt à chercher la cause des erreurs que l'on remarque, et, pratiquement, l'intérêt est également très grand, car, pour convaincre quelqu'un de son erreur, il ne suffit pas toujours de la lui signaler; il faut souvent lui expliquer pourquoi et comment il a été conduit à la commettre; ainsi, dans le cas de l'exemple que nous citions plus haut, si l'enfant qui a. vu la Lune dans un baquet supplie son père de la lui donner, il ne suffira pas que le père réponde que la Lune n'est pas dans le baquet; l'enfant considérerait cette réponse comme un artifice purement dilatoire et ne serait nullement convaincu : il sait bien que la Lune est dans le baquet puisqu'il l'y voit 1 Pour convaincre son fils, le père devra, par exemple, prendre la peine d'interposer son chapeau sur le trajet des rayons lumineux, et de montrer à l'enfant que tout écran fait disparaître la Lune du baquet; ou encore il enflammera une allumette, et l'enfant verra que celle-ci, bien qu'étant, à n'en pas douter, dans la main de son père, parait, comme la Lune, être au fond du baquet.

201. Dans le cas des résolutions, le phénomène dont il semble que les théoriciens n'aient pas tenu compte, est celui qui sera défini et étudié ci-aprés (5° Partie) sous le nom de rattachement. Pour chercher les lois des résolutions, il faut étudier les dissonants tels qu'ils se produisent dans le mouvement musical de la composition; or il arrive souvent qu'au lieu d'opérer ainsi, le théoricien prend un dissonant, au repos pour ainsi dire, et isolé de toute idée musicale; examinant cet accord dans le silence du cabinet, il est tout naturellement sollicité â le faire suivre de ce que nous avons appelé plus haut (voir le renvoi du n" 196) une rcsolulio/t ionique, et cette résolution lui parait être la résolution par excellence, puisque le passage du dissonant à l'accord parfait tonique lui procure la double sensation d'ordre succédant au désordre (retour à la consonance) et de repos succédant k l'agitation (cadence finale sur l'accord tonique).

Mais, ainsi que nous le dirons plus loin ('), ce que le théoricien exécute ainsi, ce n'est pas une résolution, c'est un rattachement.

Tel est vraisemblablement le malentendu par suite duquel a été formulée la régie de l'École. Or cette régie, que les harmonistes d'ailleurs présentent, non comme une règle logique, susceptible d'une démonstration rigoureuse, mais bien comme une loi empirique révélée par l'observation, cette pseudo-loi qu'on peut si facilement éluder dans les résolutions, c'est précisément la loi même suivant laquelle se font les rattachements; et,

(') Voir s* Partie, Hatlachemenls, n- 318 et «uiv.

l34 VVATftléHE PAHTIL, ~ DISSONANCE.

considérée comme telle, ce n'est plus une simple règle empirique, c'est une loi logique dont la démonstration rationnelle sera donnée plus loin.

Cette question ne pourra être traitée complètement qu'après l'étude des rattachementH ; mais il était intéressant de signaler dès à présent que les deux pseudo-lois, bien que non justifiées, doivent conduire souvent au même résultat que la règle véritable, notamment dans le cas le plus important, celui des résolutions toniques qui ont lieu si fréquemment aux cadences terminant les phrases musicales.

Il esiste, il est vrai, dans l'œuvre des maîtres, beaucoup d'exemples de résolutions incontestablement belles, bien que nullement conformes aux deux pseudo-lois. Mais les théoriciens, ayant imaginé de les dénommer résolutions exceptionnelles, ont pu ainsi les classer à part et reconnaître leur existence sans avoir à en pénétrer le mécanisme.

ARTICU IT. — Remarqnet tnr la réiolntion de l'accord de Mptléme de dominante.

202. On sait que quand un corps élastique, tel qu'une corde de violon ou la colonne d'air occupant l'intérieur d'une flûte, entre en vibration, ce corps est susceptible d'émettre simultanément plusieurs sons. Le plus grave de tous, appelé son fondamental, est celui que produit le corps élastique vibrant dans son entier; mais, si en même temps le corps vibre en se subdivisant en deux moitiés, chaque moitié vibre deux fois plus vite et donne par suite l'octave du son fondamental; s'il se subdivise aussi en trois tiers, ou en quatre quarts, ou . .. etc., chaque tiers, ou quart, ou ...etc. vibre respectivement trois, ou quatre, ou . . . etc. fois plus vite, et donne par conséquent la quinte octaviée du son fondamental, ou sa double octave, ou ... etc. En résumé, si la fréquence du son fondamental est représentée par K ^= I , les fréquences des sons concomitants, appelés sons harmoniques, sont représentées par

N = a, N = 3, N = 4, N = 5, N = fi, N = -, K = 8,

Toutes ces notes provenant de vibrations simultanées forment des accords tels par exemple que l'accord

et ces accords peuvent être dits naturels, en ce sens qu'ils se produisent naturellement, conformément aux lois mécaniques de l'élasticité. D'autre 'part, il est facile de voir que tout accord de septième de dominante, tel que

répond à la formule

Négligeant la différence entre cette formule et la précédente, certains théoriciens ont cru pouvoir atBrmer que l'accord de septième de dominante n'était autre que l'accord

que, par suite, il existait par lui-même au môme titre que l'accord parfait

puisqu'il se ti-ouve lui aussi dans la nature, étant fourni, de même que l'accord parfait, par la vibration naturelle des corps sonores; et c'est à cette origine remarquable qu'ils ont attribué le rôle important que joue en harmonie l'accord de septième de dominante, et la propriété qu'il possède de pouvoir être attaqué sans préparation.

203. Il est intéressant de remarquer, non seulement que ces opinions sont erronées, mais même que, si le point de départ accepté par ces théoriciens avait été exact, ils eussent dû aboutir à des conclusions toutes différentes de celles qu'on admet généralement.

ciiAPtrim VI. ^ KESOLUTiON de la U est bien vrai que l'accord de septième de dominante est au nombre des dissonants qui n'exigent pas de préparation, mais c'est aux motifs indiqués plus haut (n** 1S4), et non à son origine soi-disant naturelle, que l'accord en question doit cette propriété. S'il était vrai que l'accord de septième de dominante eût pour formule NT 4/5/6/7

et nous fût fourni par le corps sonore, ce ne serait point une raison pour que cet accord eût un rôle prépondérant en harmonie.

Tout corps élastique effectuant des oscillations régies par les lois de la Mécanique peut exécuter simultanément de nombreuses vibrations concomitantes. Celles-ci forment des groupes de simplicité décroissante, dont les premiers seuls correspondent à des combinaisons usitées en musique ; et il ne sufBt pas qu'une combinaison soit possible mécaniquement pour qu'elle soit belle musicalement; par exemple, le corps élastique forme, entre autres combinaisons, celle des vibrations 7, n et i3 fois plus rapides que la vibration fondamentale; cependant l'accoi-d

bien qu'étant lui aussi dans la nature, n'a aucun rôle en harmonie.

Au surplus, il est facile de s'assurer, à l'aide d'un instrument tel qu'un violon ou un violoncelle, que l'accord de septième de dominante a pour formule non pas

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