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SUPÉRIORITÉ DES GAMMKS TERNAIRES

594. Nous avons défini plus haut (Genèse, n° 92) la gamme comme un groupe de notes formant avec l'une d'entre elles des rapports assez simples pour que l'intelligence les saisisse facilement; donc, tout groupe de notes choisies dans la collection des rapports simples constituera une gamme et permettra d'écrire de la mélodie.

Mais, si la gamme que l'on constitue doit se prêter à l'emploi de l'harmonie, il faut tenir compte de ce fait, établi antérieurement (Genèse, n" 66), qu'il n'e.xiste que deu.x combinaisons de sons absolument consonantes, l'échelle majeure et l'échelle mineure. Donc, si la gamme doit être employée en harmonie, il est bon de choisir ses degrés, non pas au hasard, mais par groupes de trois susceptibles d'être associés en échelles ; ces échelles formeront précisément les accords consonants fondamentaux de la tonalité ainsi constituée ( ' ).

Les huit gammes ternaires, étant formées des notes de trois échelles voisines, ne sont donc pas seulement mélodiques, elles sont aussi harmoniques.

595. Elles ont, en outre, une autre qualité qu'on pourrait exprimer en disant qu'elles sont naturelles, c'est-à-dire indépendantes de toute convention, en ce sens que l'ensemble de leurs degrés rattache naturellement à la tonique. On sait qu'il n'en est pas toujours ainsi; reportons-nous, par exemple, à la figure 3i8 {n° ool); on a vu que le schéma n" i est commun aux gammes de do majeur normal et de mi mitype. et que le schéma n° 2 est commun aux gammes de la mineur normal et de fa fatype; mais les rattachements naturels de ces deux schémas se font respectivement vers do et /<? et non vers mi et fa; par suite, les gammes ternaires de do et de la sont plus naturelles que celles de //;/ et de fa.

596. Les gammes ternaires possèdent donc de très grandes (lualités musicales ; et parmi elles, celle qui les possède au plus haut degré, c'est la plus simple de toutes, la gamme majeure normale, caractérisée par la série de nombres déjà souvent rencontrée :

N : 2/,/27/3o/32/3G/.io/45/4S.

Il semble donc que celte gamme est celle que les .\ncieus auraient dii découvrir tout d'abord; or, en réalité, ils ont, au contraire, commencé par des tonalités mineures. S'il en est ainsi, c'est apparemment qu'ils étaient guidés par des théories contestables.

( ' ) Lu iviininn des noies .ippai'lcn.iiit (IhsoiiaiiCc.

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ciivi'uni; m. — (iA.MMKs tuigk.nks. i-i

Mais, la nature ne perdant jamais ses droits, le sens esthétique des artistes et le bon sens de la masse ont fini par vulgariser l'emploi du mode majeur, de même qu'ils ont imposé aux théoriciens l'abandon des harmonies, dites savantes, de la quinte et de la quarle (symphonie et diaphonie), et leur remplacement par celle de tierce et quinte (échelles).

En définitive, la mélodie et l'harmonie les plus conformes à notre nature ont fini par prévaloir sur ce qu'on avait lenlé de fonder sur de faux systèmes scientifiques.

Mais quels pouvaient être ces faux systèmes?

597. Il est évidemment impossible de deviner quelle fut exactement l'idée théorique du musicien qui conçut le premier, il y a tant de siècles, les gammes appelées ci-dessus palétypes: toutefois, on peut faire à ce sujet les remarques suivantes :

Les Anciens ne connaissaient aucun instrument permettant, comme la sirène des physiciens modernes, de mesurer les Ndes sons; mais ils employaient le sonomètre i[ui fournil leurs L; ils devaient donc fonder leurs théories, non sur les N, mais sur les L.

Cherchons donc ce que représente, quand on l'interprète en L, la série précédente, préalablement prise en sens inv&i-se de façon qu'elle corresponde encore à une gamme ascendante.

598. Puisque la série N : 24/27/3o/32/36/4o/45/48 représente une gamme majeure normale authentique ascendante, la série

■l'il -i- 1 io/ j'./ :i(>/ ,'i<>/ 4J/ 48

représente (voir Contrepoint, n"^ 122 et suiv.) une gamme mineure normale plagienne descendante, et, en raison de la relation connue NL — i, il en est de même pour la série

d'où il suit que la formule

représente une gamme mineure noi-male plagienne ascendante.

Donc, si l'on interprète les nombres en L, la première gamme (fue l'on rencontre dans la théorie, celle qui correspond à la série de nombres la plus simple, c'est celle que nous avons appelée plus haut mineure normale plagienne et qui peut être exprimée par les notes

//;/, /(■/, sol, ki^ si. do, rr, mi.

Pour réaliser celte gamme comme le faisaient les tîrecs, au moyen de deux fétracordes embrassant chacun une étendue de quarte i et disjoints d'une seconde ^. il suffit d'employer les tétracordes suivants :

Nfa

do r

Nous avons fait remanjuer plus haut {Genèse, n" ill) çombiim cette gamme, fondée sur l'échelle la, est à la fois semblable et dissemblable à deux autres gammes de mi, savoir : wu'anliplagien derfo, fondé sur l'échelle do, et «i« phrygien, fondé sur l'échelle mi; mais, pour ces deux dernières gammes, le tétracorde n" 2 indiqué ci-dessus aurait sa troisième

Sji IIIITIK.ME PARTIE. — GAMMES DIVERSES.

corde (ré) trop basse d'un comma '—, et devrait être remplacé par le suivant

N" 2 l'is.

dont les intervalles sont identi([ues à ceux du tétracorde n" 1.

En définitive, un théoricien raisonnant en L (et en tonalité trigène) rencontre, comme première gamme, la gamme mineure de mi, plagien de la ; et, s'il ne remarque pas la différence entre les tétracordes n°= 1 et 2, ou si, l'ayant remarquée, il remplace arbitrairement le tétracorde n° 2 par le tétracorde n° 2 bis, avec lequel la gamme se compose de deux moitiés exactement pareilles, la gamme se présentant comme la plus simple peut être interprétée comme celle de /»t phrygien ou celle de mi, antiplagien de do majeur.

599. Mais ce qui vient d'être dit s'applique au cas d'un théoricien raisonnant dans la tonalité trigène qui fait l'objet du présent Chapitre. S'il raisonnait en tonalité digène, il rencontrerait encore une gamme mineure, mais ce serait celle de ré.

En effet, considérons une gamme digène en L, et, pour plus de simplicité, prenons-la sous la forme de gamme par quintes; elle est représentée d'une façon générale par une

progression géométrique de sept termes ayant pour raison la quinte ^; de ces séries, la

plus simple est celle dans laquelle le terme médian est pris pour tenue de référence et

vaut -; cette gamme par ([uintes est

(I)' iïf (l) 0) (î) (ÏÏ (ff

fa (lo sol rr lu mi si

C'est donc une gamme de /■(-.

600. En résumé, on'voit (jue c'est seulement si l'on calcule en N et en tonalité trigène que la théorie se li-ouve d'accord avec le sentiment musical pour indi(juer comme gamme la plus simple celle du type

(II) rc mi ja sol la si do.

Si, au contraire, on calcule en L. la gamme la plus simple ([ue l'on rencontrera sera, savoir : en tonalité digène

rr mi ja sol la si i/o rr,

et en tonalité trigène

mi ja sol la si do rr mi.

DÉSLÉTIDK DE CliRTAI.NS SEl'TAINS.

601. Nous venons de voir (jue les nmsiciens, guidés par des théories discutables, ont d'abord pratiqué des gammes dont quelques-unes étaient semblables aux gammes appelées plus haut gammes ternaires anciennes (genres normaux et pseudiques), tandis ([ue quebiues autres différaient des précédentes par l'abaissement du II" degré (gamme mitype) ou par l'élévation du IV° (gamme fatype).

Ces altérations rendaient les ganunos moins simples, et l'on sait que, plus une gamine est complexe, moins il est naturel et facile de s'y accoutumer et de la goûter. Aussi les musiciens n'ont-ils pas tardé à bémoliser le IV° degré de la ganmie fatype, comme, plus

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