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CHAPITRE m. — GAMMES TRIGÉNES

Telle est la raison pour laquelle l'intervalle musical a généralement l'air d'être formé d'un nombre rond de demi-tons tempérés (gétés); mais ce n'est là qu'une apparence, résultant uniquement de ce que ce soi-disant intervalle unitaire, le gété, est à peu près le plus grand commun diviseur des trois intervalles OctMe, Quinte et Tierce majeure, générateurs de notre tonalité Irigène.

609. L'emploi du seizain dans la composition pouvant paraître en contradiction avec ce qui a été dit antérieurement, ou va examiner ci-après les deux principales objections auxquelles cet emploi semble donner lieu.

Première objection. — Peut-on admettre dans une même gamme la coexistence de deux notes très voisines telles que doi et ré\f, puisqu'on a dit antérieurement qu'un son intermédiaire à do et /-e était interprété par l'oreille comme ré 7 plutôt que comme do ;?

Réponse. — Si, étant en do, on entend attaquer e.r abrupto, sans aucune indication préalable, un son intermédiaire à do et ré, on l'interprétera en principe comme ré\^

plutôt que comme do-i, parce que la première de ces notes a une formule -j plus simple que la seconde "; cela revient à dire qu'en l'absence de tout motif contraire, on assimilera le son entendu à une note du douzain, plutôt qu'à une note étrangère.

Il n'en serait pas de même si le son entendu se produisait au cours d'une oscillation dans l'un des tons étroitement alliés k do\ si le son apparaissait, par exemple, comme VP degré mineur dans une oscillation en fa, il serait encore considéré comme /-e ;; mais, s'il apparaissait comme 'VU" degré majeur dans une oscillation en ré, il serait interprété comme </o;, car c'est cette note, et non ré,^, qui figure dans le douzain fondé sur ré. On serait encore plus sûr de ne pas assimiler le do^ au rej; si, au lieu d'entendre un seul son intermédiaire à do et ré, on en entendait deux, comme cela a lieu dans la gamme de seize sons figurée plus haut {Jïg. 332, n" 007). Du moment que l'oreille est en mesure de discerner leur différence, de constater leur coexistence, il n'y a plus lieu de se demander à laquelle des deux notes, do^:. ou ré y, ils doivent être assimilés : ces notes existent toutes deux.

Deuxième objection. — On a dit plus haut que, si le genre enharmonique était rapidement tombé en désuétude, c'était vraisemblablement à cause de la trop faible valeur des intervalles dont il faisait usage. Peut-on admettre la coexistence dans une même gamme de notes telles que rfos et ré}, dont l'intervalle est de même ordre (jue ceux du genre enharmonique aujourd'hui abandonné"?

Réponse. — Les musiciens étant accoutumés aux sons du dizain qui suffisent à exprimer les diverses gammes ternaires, il n'y a aucune raison pour qu'ils ne fassent pas aussi usage du douzain, puis même du seizain, au fur et à mesure qu'ils deviennent aptes à s'en servir, c'est-à-dire à comprendre les rapports à la tonique des nouvelles notes dont ils eni'ichissent leur gamme.

Il y avait, au contraire, un grand inconvénient à régler les sons de la gamme comme dans le genre enharmonique des Grecs, car l'adoption d'intervalles conjoints très petits comportait nécessairement celle de notes représentant des rapports très complexes; et, même si les Grecs étaient en mesure de concevoir les rapports de ces notes à la tonique, leur emploi n'en était pas moins peu justifié : les Grecs, en effet, ne réalisaient jamais que sept sons distincts à l'aide de leurs deux tétcacordes conjoints; ils ne pouvaient donc introduire des sons complexes dans leur gamme qu'à condition de se priver d'un nombre égal de sons simples. En résumé, les septains enharmoniques présentaient avec le seizain cette différence fondamentale, qu'on n'y pouvait introduire le superflu sans en retirer le nécessaire.

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