CHAPITRE I. — MODULATIONS. 4oi
653. Quand la parenté entre les ions qui se succèdent est suffisamment étroite, on peut exécuter d'emblée la modulation, sans processus d'aucune sorte; il n'en est plus de même si la parenté est lointaine; alors, ou bien le compositeur passe de proche en proche du premier ton au second, en parcourant au moyen de modulations d'emblée la série des échelons de parenté intermédiaires, ou bien encore il passe directement de l'ancien ton au nouveau, en utilisant l'amphitonie d'un accord ou d'un dessin mélodique, c'est à-dire la propriété que possède ce groupe de notes d'appartenir à la fois à l'un et à l'autre des tons entre lesquels on module.
C'est ce groupe de notes qui sert de processus à la modulation, qui la suggère à l'esprit du compositeur, et aussi qui la rend intelligible pour l'auditeur, car, ainsi que nous l'avons déjà remarqué (Dissonance, renvoi du n° 186), l'accord parfait lui-même peut, comme l'accord dissonant, nécessiter parfois une préparation (').
654. Ainsi, la différence entre les deux types de modulations que nous allons examiner consiste en ce que les unes se produisent uniquement en raison de la parenté unissant les tons en présence, tandis que les autres s'exécutent à l'aide d'un processus fondé sur l'amphitonie d'un groupe de notes (accord ou dessin mélodique), lequel, après s'être présenté dans l'ancien ton, apparaît comme appartenant aussi au nouveau ton.
Nous allons étudier dans deux articles successifs ces deux types de modulations.
655. Mais, au préalable, nous définirons un symbole dont l'emploi est commode pour présenter abrévialivement les trois données caractéristiques des modulations d'un même type (c'est-à-dire de toutes les modulations ne différant les unes des autres que par des transpositions). Ces trois données caractéristiques sont : l'intervalle à franchir pour passer de l'ancien ton au nouveau, le mode de l'ancien ton, et enfin celui du nouveau. Ainsi, dans le type de modulation où l'on passe d'un ton mineur à son relatif majeur (par
exemple, de la mineur à do majeur), l'inlervalle franchi est d'une tierce mineure -
(pouvant aussi être représentée par son initiale t, ou par sa valeur en grades Ss^; quant aux modes successifs, ce sont évidemment le mineur, puis le majeur. Nous pourrons donc représenter les modulations de ce type par un symbole tel que l'un des suivants :
où l'intervalle à franchir est indiqué entre crochets, et où les modes du premier ton et du second sont désignés respectivement par l'indice du bas et par celui du haut.
De même, toute modulation d'un ton mineur à son corrélatif (par exemple, de la mineur à fa majeur) sera représentée par un symbole tel que l'un des suivants :
Dans ces derniers symboles, l'intei'valle à franchir est donné, soit comme sixte
mineure (- )> *oit comme son renversement, la tierce majeure (ï ou 4°''); mais, dans ce
second cas, il doit être parcouru en descendant, ce que le symbole spécifie en présentant l'intervalle à franchir précédé du signe moins (— ).
( ' ) Cette préparation, très iVéquemment nécessaire autrefois, est devenue de moins en moins utile au fur et à mosure que le musicien, s'étant familiarisé avec des parentés de plus en plus lointaines, n'a plus eu besoin qu'on les lui explique.
ARTICLE II. — Modulations par parenté.
656. Les modulations par parenté peuvent souvent s'exécuter d'emblée, sans aucun processus modulatoire. au moins lorsque la parenté existant entre l'ancien ton et le nouveau est suffisamment évidente (M.
Nous avons déjà indiqué {Contrepoint, n"'' 106 et suiv.) les parentés de ton les plus étroites; nous allons les rappeler rapidement ici (parentés du premier degré); nous signalerons ensuite quelques parentés un peu moins proches (parentés du second degré). Nous donnerons en même temps des exemples de modulations fondées sur ces diverses parentés.
PARENTÉS Ur PREMIER DEGRÉ.
657. Homotonie. — La parenté entre deux tons de même tonique et de même mode, mais de genres différents, est tellement étroite que le passage de l'un des deux tons à l'autre ne constitue pas une modulation; ainsi, dans le mode mineur, il arrive continuellement qu'on substitue la variante ornée ou la variante alternante à la gamme normale, et inversement, sans qu'il en résulte de sensation modulatoire. Pour que le passage d'une variante à l'autre constitue une modulation véritable, il faut que l'échelle tonique ellemême soit modifiée, c'est-à-dire qu'il y ait changement de mode.
Un ton étant donné, le ton de mode contraire sera, dans ce qui suit, désigné sous le nom de contreton ou, plus brièvement, de contre. Le symbole représentant le passage d'un ton majeur à son contre est :
Si le ton donné est mineur, la modulation vers le contre a pour symbole
Les modulations de ce genre sont si faciles, si fréquentes et si connues qu'il n'y a pas lieu d'en citer ici des exemples.
658. Voisinage. — Un ton étant donné, ses voisins sont les tons de même mode ayant leur tonique située à une quinte au-dessus (survoisin) ou au-dessous (sousvoisin) de celle du ton donné.
Selon ([ue le ton donné est majeur ou mineur, la modulation par survoisinage est représentée par
et la modulation par sousvoisinage est représentée par
Comme exemple de modulation par survoisinage, on peut citer le début d'une valse bien connue de Chopin (Opus 34, n° I ), qui oscille brusquement du ton établi lai^ (mesures i à '() à la dominante w/;? (mesures 5 à 8).
(') Il arrive parfois que le compositeur, très accnutumé à cette parenté, l'utilise sans y songer et module d'emblée, tandis que l'auditeur, moins familiarisé avec la parenté dont il s'agit, est surpris par le changement de ton auquel elle a donné lieu, et trouve, au moins à première audition, que la modulation n'est pas suffisamment préparée.
niAPITRE I.