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CHAPITRE II. ANALYSE MUSICALE

raccord est A -+- 6", ce qui correspond à la dénomination : échelle du IV° degré avec sixte, ou, pour imiter l'expression précédente : accord de sixte du IV' degré.

Il faut d'ailleurs reconnaître que, selon le cas, ce même accord peut avoir un grand nombre d'autres genèses tout à fait ditférentes (voir Dissonance, n" 167).

On sait que les harmonistes englobent les deux accords que nous venons d'étudier sous la dénomination unique d'accord de septième du second degré; sans être matériellement fausse, cette dénomination n'en est pas moins un peu dangereuse comme pouvant donner lieu à des malentendus; elle semble en effet signifier : réunion de l'échelle et de la septième fondées sur le II' degré; or, si l'accord considéré a parfois cette origine dans le mode majeur, il ne l'a jamais dans le mode mineur (').

782. De même que pour la gamme majeure, les mesures 9, 10, 11 et 12 constituent une oscillation dans le ton de la dominante (^), et l'harmonie de la mesure 10 est l'accord de septième de dominante de cette dominante; mais ici, il apparaît avec altération, puisque le véritable accord de septième de dominante de dominante serait

si rt'i Jij^ la,

tandis que l'harmonie analysée est

si rc^ fa i la.

Cet accord est altéré, puisqu'il est formé de notes provenant de deux gammes dilférentes, savoir : si ré^ la, accord (incomplet) de septième de dominante de mi. fait par les parties hautes, et /«a, sixième degré de la {^), chanté par la basse.

783. De même que la précédente, cette règle d'octave est agréable, mais elle est loin d'être une harmonie type, la plus simple de toutes, puisqu'elle contient notamment une oscillation hors du ton établi, et un accord altéré, c'est-à-dire une harmonie qui ne peut pas se produire naturellement dans la gamme de la dont il s'agit.

784. Non seulement les règles d'octave précédentes ne sont pas simples, mais encore il n'est pas facile de les contremoder pour les faire entendre dans les divers homotoniques des deux tons choisis {do et la).

Pour trouver une règle d'octave remplissant ces conditions, nous procéderons de la façon suivante : conservant le même nombre de parties que dans les solutions précédentes, nous ferons chanter la gamme elle-même aux deux parties extrêmes; quant aux parties intermédiaires, elles chanteront exclusivement des notes appartenant à la même échelle constitutive que les parties extrêmes; enfin, en ce qui concerne les degrés I et V, dont chacun est commun à deux échelles, on les considérera toujours, par raison de siiu-

(') L'oxprossion lïaccord de septième du second degré ayant éié jugéo boiiiic. dans le luoik' majeur, au moins pour certains cas, il est possible que son emploi ait ensuite été étendu à l'autre nu>de. par une généralisation injustifiée (voir Contrepointy premier renvoi du n" lUi).

Pour les accords dont il s'agit, la formule \ -k- 6'" et la dénomination A'accord du IV' degré avec sixte eussent été d'un usage plus général.

(-) D'abord en mi mineur, 'puis en mi majeur, lequel se substitue au piécédent, soit par liomotonic, soit par rampliilonie de l'accord de septième de dominante (si majeur avec septième) commun aux deux tons de Fiii majeur et de mi mineur.

(^) On peut aussi interpréter cet accord altéré en disant qu'il est l'accord de septième de dominante de la gamme de mi, celle-ci étant prise, non dans une espèce naturelle, mais dans une espèce primaltéréc (altérée par abaissement du second degré de la gamme). En aucun cas il ne pourrait être considéré comme un accord naturel, car, ayant pour formule en grades si réx fa la = lii'^. il ne peut se rencontrer à l'état naturel que dans les deux champs alternants sSiîstlifCtil. {si réi mis ta. et .«i hm't /a /a), c'est-à-dire dans les tons alternants de rfoii majeur et de /as mineur, ainsi que de sol majeur et de do mineur : or il ne s'agit évidemment ici d'aucun de ces quatre tons.

plicité, comme appartenant à l'échelle tonique elle-même :

Fig. 4oô.

Régie d'octave naturelle de DO majeui' normal

kM

')' ci p f

L'harmonie ainsi obtenue peut se jouer dans l'un quelconque des huit homotoniques de do, c'est-à-dire avec les armures suivantes

Modes

majeuv mineur

Genres. si. mi. la. si. mi. la.

Normal » ■> » 7 -• ->

Orné :: : ■> s 1 y

Allernant [7 i b i- \> »

Pseiidique * i » » ■. -• »

et, dans ces huit cas, elle résume avec netteté et brièveté les qualités ou les défauts propres aux huit types de gamme existant en tonalité ternaire naturelle (').

k. — RÈGLE d'octave CHROMATIQIE.

785. Proposons-nous maintenant de chercher ce que pourrait être la règle d'octave relative à la gamme chromatique de do majeur normal.

Dans le cas du septain précédent, il existait une certaine indétermination pour l'harmonie du X" degré qui peut être entendu, soit dans l'échelle T, soit dans l'échelle D.

Dans le cas du douzain dont il s'agit ici, l'indétermination est plus prononcée, car les cinq notes accidentées peuvent s'introduire au milieu de celles du septain par des procédés très divers (^).

Examinons donc avant tout les principales façons dont ces notes peuvent intervenir.

786. Tout d'abord, les cinq notes accidentées peuvent s'introduire à titre de rapports simples, puisque, jointes aux sept notes non accidentées, elles constituent le rectangle chromatique de do, c'est-à-dii'e la collection des sons formant avec do les rapports les plus simples ; mais ce mode d'introduction n'est cité ici que pour mémoire, car, en se présentant ainsi à titre de rapports isolés et non comme faisant partie de certains groupes de sons, les notes accidentées n'évoqueraient pas des harmonies spéciales à leurs origines.

787. Les notes accidentées apparaissent toutes si, ayant oscillé dans les équiarmés, on emploie ceux-ci en changeant leur genre (mais non leur mode), et en faisant notamment usage de leur accord neutre qui appartient au genre orné; ces oscillations ne sont généralement pas prises en considération par les harmonistes, puisque, quand ils passent par

(') En modifiant convenalilement l'armure, on peut encore utiliser cette mtjmo formule comme règle d'octave ou gamme liarmoniquc des trente-deux gammes diatoniques ( naturelles ou altérées ) fondées sur la note do ( voir 8* Partie, Gammes diverses, n" 535).

(-) Si divers, que ces cinq notes peuvent se présenter, non seulement avec des rôles difTércnls, mais même avec des intonations un peu variables (commas) dépendant de leur origine.

CHAPITRK 11.

ANALYSE MUSICALE

exemple de do majeur à ré ou ;i sol pseudiqiies ou encore à la mineur, ils se bornent à dire qu'ils font usage des de;,'rés II, V ou VI; quant aux uiodifications liomotoniques apportées aux équiarmés, elles n'altèrent pas la tonalité d'une façon sensible, si, comme on vient de le supposer, elles ne portent que sur le genre et non sur le mode.

Dans ces conditions, c'est-à-dire sans que la tonalité ait paru cbanger, les accortls neutres s'introduisent tous trois avec facilité, et font apparaître avec eux toutes les notes accidentées. Il suffit, pour s'en assurer, de se reporter à la figure 69 donnée plus haut {Contrepoint, n" 112).

D'après les idées régnantes, l'air que présente cette figure peut être joué avec ou sans ses quatre mesures bis{^), sans que le ton établi paraisse abandonné; or, ces mesures contiennent précisément les neutres de do. de la. de ré et de sol: les deux premiers sont gétophones, et il reste, en définitive, les trois accords distincts, savoir : les neutres par si ré fa, par mi sol et par la do, lesquels contiennent tous les accidents.

788. Ueux-ci peuvent également s'introduire sans oscillation dans les équiarmés, el . par exemple, comme notes d'ornement des degrés du septain conçus uniquement dans les tons des trois échelles constitutives /a, do, sol. Considérons, par exemple, la figure cidessous :

Fig. .',o(i.

i "* J.J "U JJ ^^WïyJtijiUj • C^'^i^ ■' l^'^i^ ' iVr ■' I

Les cinq croches accidentées que contient cette figure peuvent riolannnent être interprétées de la façon suivante :

Mesure 2. — La note ré, ornée par do::, est conçue dans le ton de soloii la dominante est ré; l'ornement peut être considéré comme appartenant au neutre de cette dominante (neutre de ré), lequel est gétophone du neutre de/«.

Mesure 3. — La note mi, ornée par /»(;, appartient au ton de do, et l'ornement fait partie du neutre de la dominante sol.

Mesure h. — La note sol est ornée par/»;; celui-ci appartient au neutre de sol; donc, si l'on entend sol dans l'échelle do, l'ornement apparaît dans le neutre de la dominante, de même que dans les trois cas précédents; et, si l'on entend sol dans l'échelle sol, l'ornement apparaît dans le neutre du ton lui-même.

Mesure (i. — La note la, provenant de l'échelle fa, est ornée par la\f qui appartient au neutre de do, c'est-à-dire au neutre de la dominante de fa : ici encore, le neutre est celui de la dominante du ton traversé.

Mesure 7. — Ce cas est tout semblable à celui du premier accident, car la note si (échelle sol) est ornée par la note si\y qui appartient au neutre de ré, dominante de.îo/('^).

Il suit de là qu'au point de vue envisagé dans le présent numéro, la façon la plus naturelle d'écrire l'harmonie de la figure 4o6 serait la suivante :

Pour chaque note dite naturelle, l'accompagner au moyen de l'échelle T. D ou A, selon celle de ces échelles dont elle fait partie (en admettant, comme plus haut, que io/ appartient à l'échelle T). Pour chaque accident ornant une note naturelle, lui faire iiarmonie avec le

( ' ) Musuies 3 bis, - bis, 1 1 bis ut

(•) Cette analyse peut se résum'pr

est ornée par l'accident conjoint inlc

au ton (le réeliclle contenant la note

(n° 70(i) que ce fait est d'ordi'o gé

1 j bis

,•11 di^

dont le lecli'ur

: éli! invite à ne pas tenir compte jusqu'ici. n lie nalnirlli' taisant partie d'une certaine échelle K I, snil an neulro de E, c'est-à-dire au neutre allèrent née. soit au neutre afférent à la doniinaiilc de ce ton. Nous venvins plus li in •rai et so produit avec une gamine lernair.' iiuelccinifue, aussi Men ipiavee la

gannnc majeure normale, G.

eule examinée dans les numéros qui précèdent.

neutre de la dojninante du ton T, D ou A, suivant que la note ornée elle-même appartient à l'une ou à l'autre des trois échelles T, D ou A ( ' ).

789. Mais il n'est pas nécessaire de considérer des combinaisons dissonantes pour expliquer l'intervention en do des cinq notes accidentées. Du moment que l'on oscille dans les équiarmés, ces cinq notes peuvent apparaître dans des harmonies consonantes; il est évident, en effet, qu'en respectant le mode des équiarmés, et en n'agissant, comme il a été dit plus haut, que sur le genre, on fait apparaître très facilement les trois premiers dièses et les trois premiers bémols, c'est-à-dire tous les accidents; ainsi, les deux pseudiques du champ {sol et ré), si on les fait passer au genre normal, fournissent /a S et si\^\ de même, les deux majeurs du champ {sol et do), passant au genre orné, fournissent leurs degrés VI bémolisés (/«/|7 et /«?); enfin, les deux mineurs {ré et la), passant également au genre orné, fournissent leurs degrés \'II diésés (rfo; et soli).

790. On trouverait encore beaucoup d'autres façons d'introduire les cinq notes accidentées dans des combinaisons consonantes, notamment en oscillant dans les connexes (relatifs et corrélatifs), contreconnexes, etc.; mais il faut bien reconnaître que, de tous ces procédés, les plus fréquemment employés sont ceux qui ont été indiqués plus haut dans les numéros 787 et 788.

Tout se passe, en etTet, comme si l'accord neutre était le principal agent d'introduction de l'altération, et, au cas où le lecteur ne l'aurait pas déjà remarqué, il s'en convaincra aisément en observant que, quand un thème musical comporte une note accidentée à laquelle on veut faire harmonie, l'accord neutre est très fréquemment celui, ou l'un de ceux qui se présentent le plus naturellement à l'esprit.

791. 11 résulte de cette analyse que les trois accords neutres sont ceux qu'il est plus naturel d'introduire dans la règle d'octave, pour faire harmonie aux notes accidentées de la gamme chromatique; en les employant, on obtient le résultat suivant (-) :

Bèg'le d'ocfai^e chromcrtiç^ie de 1)0 majeur norffud

i itl^i

é tfg i^

s-fi^

793. Il ne faut pas perdre de vue que, comme on l'a dit au début de ce Paragraphe, l'harmonie précédente se rapporte au cas de do majeur normal, et non aux cas des sept autres gammes homotoniques; avec ces dernières, on aurait obtenu des harmonies différentes : par exemple, si l'on avait voulu compléter chromatiquement la gamme de do majeur orné, la note la se serait trouvée appuyée d'un accord neutre, et la note la'\^ d'un accord d'échelle, tandis que, dans la figure précédente, c'est précisément l'inverse qui a lieu.

(') Dans ces ciiuj cas, si la note onnie avait pour harninnii! l'accoid d'ccliello fait à l'état din-ct, de sa base à l'oclavo do cotte base, la note d'ornement pourrait avoir pour harmonie l'accord neutre obtenu en conservant les deux notes extrêmes dn l'accord précédent, mais en remplaçant les notes intermédiaires par une série de sons s'échelonnant do 3 en .'5 grades (accord neutre).

C) Pour conserver p.irtout quatre parties seulement, et continuer de faire chanter comme précédemment les notes de la gamme par les deux parties extrêmes, on n'a réalisé, dans chaque accord neutre, que trois de ses quatre notes distinctes; on a choisi, \m\\y la supprimer, ci'lle di' ses quatre! notes qui l'ait partie de l'haimonio ccinsonantc suivant immédiatement.

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