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CHAPITRE m. — THAITKS 11 JUUMONTE. .jgg

conduisant à des conséquences inacceplables; 2" (jii'elle lui a été suggérée par les mots de notre langage musical. Etablissons successivement ces deux points.

881. La convention précédenle ne peut sembler plausible que dans le mode majeur; d:uis le mode mineur, en effet, on est continuellement conduit à liausser d'un grade (demi-ton) le YII' et parfois le VI'' degré; dés lors, il serait presque impossible de trouver une tonalité mineure naturelle. Si le lecteur n'est pas frappé par la contradiction qui vient d'être signalée, parce que, l'ayant continuellement lenconlrée, il a fini ])ar s'y accoutumer, il pourra facilement trouver des contradictions nouvelles plus probantes en considérant les autres gammes appelées plus haut paléiypes {Gammes diverses, n"" 5i(i et suiv.), notamment la gamme mitype et la gamme falype; ces gammes s'exprimant exclusivement à l'aide des sept notes dites naturelles, la musique qu'elles permettent d'écrire devrait être naturelle ; or il n'en est rien ; pour s'en assurer, il suffit de considérer un air moderne écrit eu mi mineur ou en fa majeur, et de le jouer en ayant soin de n'exécuter aucun des accidents indiqués : la tonalité ainsi réalisée nous donnera sûrement la sensation d'une altération indiscutable, et cependant elle sera e.xclusivement exprimée à l'aide de notes dites naturelles.

882. Il est facile maintenant de reconnaître que la convention précédente nous a été suggérée par les expressions mêmes de notes naturelles et notes altérées au moyen desquelles nous avons coutume de désigner respectivement les notes telles que do, ré, etc., ou telles que do::, réy, etc. Cette convention ne se serait pas présentée à notre esprit si, au lieu des deux expressions précédentes, notre langage eût comporté les dénominations équivalentes de notes simples et notes composées, ou encore notes primitives et notes dérivées, ou tout autre couple de dénominations que le lecteur pourra imaginer, à condition qu'elles n'évoquent aucune idée de naturel ou d'altération.

883. Si, renonçant à la convenlinn qui vient d'être critiquée, on adopte celle qui avait été proposée antérieurement in" 878), on se trouvera conduit à appeler naturels tous les intervalles existant dans les gammes naturelles et à ne tenir pour altérés que les intervalles se rencontrant exclusivement dans les gammes altérées.

884. Reportons-nous au Tableau donne plus haut (Intervalles, second Talileau du n" VOI ) pour montrer les différentes valeurs que peut présenter un même intervalle dans les gammes ternaii-es naturelles : nous voyons que, selon le cas, ces valeurs sont au nombre de deux ou de trois ('). Pour les distinguer entre elles, il suffit d'appliquer systématiquement les qualificatifs de majeur et de mineur aux deux valeurs extrêmes, et celui de médiane à la valeur intermédiaire, lorsqu'elle existe; on peut aussi obtenir des dénominations abrégées en remplaçant les trois adjectifs

nifijeiire médiane mineure

par les trois préfixes

constitués par des voyelles rappelant les trois adjectifs correspondants. Dans ces conditions, les noms des intervalles seraient conformes à ce qu'indique le Tableau suivant :

{') (",cs valeurs seraioiit notablement plus nomhieuses s'il s'agissait dos valeurs exactes (voir Intervalles. Talil.:m (lu 11° 405); mais il n'est quostiou ici que des valeurs approximatives exprimées en grades ou en gétés.

NEUVIÈME PAKTIE. — .VI'PLICATIOXS MlSir.VLES.

aleuis

Kxom on do.

plos 011 la.

Donomiuatiiins

en

usage.

Désigniiti

ons iirrijiosées.

en rades.

Xoiiis.

Abi-ovialiiins.

Nutalio

. la si y

facwl

seconde mineure

seconde mineure

isecoiide

In si

ja sol

secoiulî majeure

seconde médiane

cseconde

la 1 si

fa sol:

secoiulo aui;inentée

seconde majeure

asecoiide

. fa la.

ini sol

tierce m neure

tierce mineure

ilierce

III

. fa la

mi sol::

lierce majeurj

tierce majeure

atierce

ini la •)

sol':, do

quarle diminuéî

quarte mineure

iquarle

IV

)iii la

.■iol do

quarte juste

(|uarte médiane

équarte

mil la

sol doC

quarte augmentée '

quarle majeure

aquarte

IV

la mi -r

do: sol

i|uinte (iiniiniiée **

quinte mineure

iquiiile

do sol

(juinte juste

([uinle médiane

cquinle

lit mi

do sol:

(juiute augiiietUée

quinte majeure

aquinte

. la fi

sol: m;

sixte mineure

sixte mineure

isixic

VI

. la \ fa

sol mi

sixte mijeiire

sixte majeure

asixle

VI

. si la-,

sol: fa

septième diminuée

septième mineure

iseplième

VII

. si la

sol fa

septième mineure

septième médiane

éseptième

vile

. si. la

sol fa :

septième majeure

septième majeure

aseptième

vil-,

* 1 u fausse quarto. ** ou fausse qiiiiito.

•885. Comparons entre eux les noms actaellement en usage et ceux qui viennent d'être proposés. Les expressions telles que celles de quarte juste ou fausse et de quarte augmentée ou diminuée dont nous nous servons aujourd'hui ne sont pas tout à fait cori-ectes, car, ;ï proprement parler, tous les intervalles dont il s'agit sont justes; aucun ■d'eux n'est ni faux, ni diminué, ni augmenté, puisque chacun est tel que le fournissent les gammes naturelles, sans altération d'aucune sorte.

La terminologie actuelle présente donc une certaine impropriété ('); mais c'est là son moindre défaut; son véritable inconvénient est d'exposer à des confusions continuelles, parce qu'elle englobe sous le même nom des intervalles naturels et des intervalles altérés, ■qui peuvent se ressembler en ce qui concerne leur grandeur matérielle, mais qui n'en iont pas moins des significations tonales très ditTérentes: telles seront, par exemple (ton <le do), les tierces suivantes : dune part, la tierce mineure /« /«(?, valant trois grades et ■se présentant naturellement dans la tonalité ternaire, et, d'autre part, la tierce majeure diminuée faU '«, valant aussi trois grades, mais ne pouvant se rencontrer que dans les !j;ainmes altérées.

886. En ce qui concerne les intervalles altérés, la façon logique de les dénommer «lécoule avec évidence de ce que l'on vient de dire. On a vu que, des gaiumes naturelles ifondées sur la tonique do, on passe aux gammes primaltérées en bémolisant ré, aux ^'animes sécaltérées en dtésant/a, et aux gammes bisaltérées en pratiquant à la fois les <leux altérations précitées (voir Gammes diverses. Tableau du n" 333).

En conséquence, les intervalles ayant pour base le degré II ou pour soiumet le degré IV rseront augmentés quand on passera d'une gamme naturelle à une gamme où le degré

1^ ') La terminologie proposée évite évidemment cet inconvénient.

•On remarquera ii ce propos que l'emploi simultané des deux terminologies comparées p:iurrait donner lieu, dans le •cas des intervalles de seconde et de septiome. à une petite difficulté spéciale qu'il est facile d'éviter. La dénomination ■<le seconde majeure représente en effet la seconde di' i grades dans la terminologie actuelle, et la seconde de 3 grades dans la terminologie proposée; cette dénomination pourrait donc donner lieu à malentendus entre musiciens ■ cmplnyant concurremment les deux terminologies. Mais, dans les cas particuliers où des nialentondus de ce genre |iar.iitraionl h craindre, il serait facile de les éviter en employant, non plus les dénominations nouvelles elles-mêmes, mais leurs abréviations dont l'usage no peut évidemment donner lieu à aucune confusion.

CllAlMTllli III. — ritMTKS 1) lUKMOME.

dont il s'agit a subi une altération ; quant à la tierce formée par les degrés II et IV\ laquelle participe des deux caractères précédents, elle sei'abisaugtnentée dans les gammes ijisaltérées. De même, les intervalles ayant le degré II pour sommet ou le degré IV pour base seront diminués dans certaines gammes, tandis que la sixte formée par les degrés IV et II sera bidiminuée dans les gammes bisaUérées. Exemples (ton de do) :

En gamme sécaltérée, la tierce majeure fa la devient la tierce majeure diminuée/aQ /a, à peu prés de même grandeur que la tierce mineure naturelle fa la }, mais ayant un. caractère tonal bien ditTérent.

En gamme bisaltérée, la sixte majeure fa ré devient la sixte majeure bidiminuéefaU réQ, à peu près égale à la quinte do sol, mais produisant un effet d'harmonie absolument dissemblable.

En gamme primaltérée, la tierce mineure ré fa devient la tierce mineure augmentée réQ fa; en gamme bisaltérée, ce même intervalle devient la tierce mineure bisaugmentée /•e'p faU\ ces deux intervalles sont respectivement égaux, savoir réofa à do mi (exactement) et réDfaU à do fa (approximativement); mais, de même que précédemment, malgré la similitude de leurs valeurs matérielles, les intervalles naturels et les intervalles?altérés ont des significations musicales toutes différentes.

887. On a déjà critiqué plus haut ( 4° Partie, Di.isonaitce)la, théorie actuelle des accords;: on ne reviendra donc ici que sommairement sur cette question.

D'après les idées les plus répandues, tout accord serait engendré par des tierces, ci» nombre plus ou moins grand, s'agrégeant successivement les unes aux autres, et, par suite, les notes constituant un accord devraient toujours être, soit échelonnées par tierces- (comme pour l'accord do mi sol), soit susceptibles d'être échelonnées à cet intervalle- (comme pour l'accord sol mi do).

Les accords seraient consonants ou dissonants suivant que le nombre des tierces constitutives serait égal ou supérieur à deux.

Enfin, les accords altérés seraient ceux dont la tierce est majeure et dont la ijuinte n'esti pas « juste ».

888. Nous avons vu que ces définitions s'accordent mal avec les faits; pour les faire cadrer avec la réalité, il faut avoir soin de les corriger à l'aide d'un certain nombre d'exceptions choisies dans ce but précis, et aussi complètement dépoui-vues de toute démonstration rationnelle que la régie principale elle-même.

.\insi, la combinaison /a sol si ne devrait pas être réputée accord, puisqu'elle est forméed'une seconde et d'une tierce conjointes : or elle nous procure bien plus la sensatiork « accord » que la combinaison do mi sol:;, formée de tierces. Celte dernière devrait même être réputée consonante, puisque les tierces constitutives sont au nombre de deux seulement; or il est évident qu'au point de vue de la consonance, la combinaison do mi sol '^ ne saurait être rangée dans la même catégorie que l'accord parfait do mi sol. Eniin, l:t définition de l'accord altéré conduit à des conséquences inacceptables; ainsi, l'accord fa% la\^donii\} est indiscutablement altéi-é, puisque ses notes constitutives ne peuvent serencontrer réunies dans aucune de nos gammes naturelles; néanmoins il n'est pas conforme à la définition précédente; au contraire, l'accord do mi soin si est conforme à celledéfinition, et cependant il n'y a pas lieu de le qualifier d'altéré, puisqu'on le trouve tel quel dans une gamme naturelle {la mineur).

889. Il est d'ailleurs impossible d'établir de bonnes définitions si on les fonde unitjui^ ment sur la considération des valeurs matérielles des intervalles séparant les notes constitutives de l'accord, car ce qu'il faut définir est indépendant de ces valeurs; ainsi, l'ensemble harmonique que l'on realise en frappant sinudtam'ment les touches mi, sol, aï

502 NElVIKMi; PAHTIK. — APPLICATIONS MISICALES.

d'un piano peut, selon le cas, procurer une sensation de consonance, ou de dissonance, ou d'altt'ration (voir Dissonance, n° 177).

890. Los dilTicultés que rencontrent les harmonistes résultent donc de ce qu'ils se bornent à envisager l'apparence extérieure des choses; si l'on s'en réfère à leur nature intime, il est aisé de trouver des définitions formant un système à la fois cohérent et conforme au.K idées que les musiciens et les artistes se font intuitivement des choses. Celles qui ont été proposées plus haut pourraient se résumer ainsi :

L'accord est l'émission simultanée de plusieurs notes distinctes ('); il est consonant ou dissonant suivant que ses notes appartiennent à une seule échelle ou à plusieurs ; l'accord dissonant est dit naturel ou altère (') suivant qu'il existe dans les gammes naturelles ou qu'il se rencontre seulement en totanité altérée (ou chromatique).

ABRÊVUriOXS.

891. Nous avons vu que les gammes de l'espèce lapins employée (gammes ternaires naturelles) étaient formées de trois échelles que nous avons dénommées tonique, dominante, dominée (T, D et A) d'après leurs rôles et leurs situations respectives.

Chaque échelle constitutive pouvant affecter l'un ou l'autre mode, il s'ensuit que les combinaisons distinctes formées par ces trois échelles T, D et A sont au nombre de huit. On n'a donc pu échapper à la nécessité de donner des noms à ces huit variantes, car Je langage eût été presque impossible si, pour désigner par exemple la gamme alternante, il avait fallu employer une périphrase telle que « gamme dont les échelles extrêmes sont de mode contraire à celui de Léchelle tonique ».

892. Mais les trois échelles constitutives ne sont pas les seules qui se présentent lorsqu'on analyse une harmonie; on y rencontre aussi continuellement les échelles liées à l'échelle tonique par les parentés les plus proches, homotonie, voisinage, connexion, équiarmure; une nécessité toute semblable à la précédente a donc conduit à donner des noms à ces échelles, et c'est ainsi qu'on a été amené à considérer l'échelle homotonique, les échelles voisines (la survoisine et la sousvoisine), les échelles connexes (la relative et la corrélative), et enfin l'échelle équipseudique.

893. Il est évident que la création de ces mots nouveaux a l'inconvénient de compliquer le langage et de charger davantage la mémoire du musicien; toutefois, le langage est plutôt complété que compliqué, et la surcharge imposée à la mémoire est un peu modéréi; par cette circonstance que la plupart des mots nouveaux ont une origine assez mnémonique. Quoi qu'il en soit, l'inconvénient résultant de l'adoption de mots nouveaux est inévitable si l'on se résout à envisager un certain nombre de faits que les harnioniste> ont coutume de passer sous silence, car. sans l'emploi de termes nouveaux, le langage serait continuellement alourdi par des périphrases de longueur inadmissible.

894. Mais, si les mots proposés simplifient le discours, ils sont susceptibles d'être euxmêmes simplifiés lorsqu'il s'agit de notations telles que celles dont on peut faire usage pour écrire abréviativement sur une partition l'analyse des harmonies qu'elle renferme. Dans ce cas, le mot qui remplaçait toute une périphrase sera représenté lui-même par

( ') Quant il la v.ilcur pstliétique *• racrnnl, i-ll.' ist plus ou moins grande, selon que ses notes constitutives s'accordent plus nu inoins bieii i^ntre ellus au point où on les fait culeudrc coiiLUneniiuint ; mais c'est là une ([uestion tout il fuit inili'peiidanle des délinitions dont il s'agit ici.

(') Celle délinition de l'accord altéré no tUlK-i-u iju.' par la tonne île ci-llc .[ui a il.' priiposic [.lus liant (Dissonance, n° \'H).

IIAl'ITHi: III.

lUVITKS U HAHMOMK.

.îo3

une lettre unique, qui sera souvent sa propre initiale. Voici, à titre d'exemple, queltiuesunes des ahréviations qu'il est souvent commode d'employer :

Modes

Genres

Ecliellcs constitutivos

ICchelles alliées

majeur

mineur

normal

orne

alternant

pseudique

loni(|ue

dominante

dominée

liomotoniqne

relative

corrélative

équipseudique

895. .'Vo<rt. — Le grec et le latin étant d'un usage universel, le lecteur, quelle que soit sa langue maternelle, retient toujours avec une facilité particulière la signification des termes techniques tirés des deux langues mortes précitées. C'est pourquoi l'on s'est astreint, dans le choi.x des dénominations nouvelles introduites au cours de cet Essai, à n'adopter que des mots dérivant directement du grec ou du latin.

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