FAISSKTÉ ET NÉCESSITÉ DE LA GAMME TEMPÉHÉR
953. Bien que la gamme chromatique de 12 demi-tons égaux par octave ne soit qu'une échelle approximative imaginée par le musicien, c'est une erreur assez répandue que d*,' lui attribuer une existence propre et de croire à sa réalité objective. Nous avons vu plu? haut (8'= Partie. Gammes dU-erses, n° (508) les particularités qui ont pu contribuer à étal)lir ce préjugé.
Les considérations contenues dans les deux Chapitres précédents permettent de le comlialtre, même chez ceux qui se laissent peu influencer par les arguments théoriques; en effet, non seulement elles montrent les inexactitudes du tempérament actuel, mais encore elles prouvent que ce tempérament n"a rien de nécessaire et d'inéluctable, puisqu'elles donnent le moyen d'imaginer d'autres tempéraments plus précis.
954. Une autre erreur, de sens contraire à la précédente, consiste à dire que, la gamme tempérée étant inexacte, on devrait l'abandonner et revenir à la gamme juste.
Nous avons vu (n" 901) que, pour donner des sons justes, bien qu'en se prêtant à toutes les modulations possibles, un instrument à sons fixes devrait permettre de réaliser un nombre de sons illimité: on ne peut donc pas éviter l'emploi du tempérament: sa nécessité est corrélative de la possibilité de moduler.
955. Mais c'est le principe même du tempérament qui seul est inévitable, et le tempérament 12 peut facilement être remplacé par des solutions plus précises, telles que les tempéraments 3i, 34 ou 53, et notamment par ce dernier, qui est musicalement parfait puisque ses erreurs sont beaucoup trop faibles pour être perceptibles.
Son emploi, il est vrai, serait pratiquement impossible si chacun des sons de l'orgue ou (lu piano, ... etc., devait être commandé par une touche spéciale; mais nous avons montré qu'il est facile de combiner la construction des instruments de façon à ne pas modifier le clavier actuellement en usage.
VARIABILITÉ DE l'inTO.NATION DES .NOTES.
956. Vn autre préjugé fort répandu consiste à se figurer que, quand la hauteur du lu normal a été fixée, l'intonation des autres notes se trouve, de ce fait, déterminée d'une façon invariable. Il en serait ainsi si le nom d'une note changeait chaque fois que change sa parenté avec le la normal; mais l'usage est de confondre sous un même nom les notes qui occupent des positions à peu près semblables; ainsi on dénomme ré. aussi bien hdegré IV de la ganune de la que le degré II de la gamme de do, relative de celle de /« (')•
L'erreur commise en confondant ces deux sons est faible, et l'on peut même se figurer qu'elle est nulle si l'on croit à l'existence de la gamme tempérée; mais elle n'en existe pas moins, et les erreurs de ce genre deviennent fort sensibles lorsqu'on les accumula ainsi qu'on l'a fait plus haut dans certains exemples {InterKalles, n°^ i60 et suiv.). Donc, ce qui est invariable quand la hauteur de l'un des sons de la gamme a été fixée, ce sont les intonations des autres notes de la même gamme ; mais, s'il y a modulation (ou oscillation), on peut rencontrer des notes portant le même nom et comportant des intonations différentes, variant avec le processus qui les a amenées.
En résumé, la variabilité des intonations est corrélative de leur justesse; ou encore, la fixité des intonations ne peut s'obtenir qu'en chantant faux.
Ce fait, qu'il n'est pas possible de prouver expérimentalement avec un piano ou un orgue ordinaire, serait au contraire facile à démontrer avec un cétépiano.
( ' ) Cotte confusion n'existe pas seulement dans le langage mais aussi dans l'écriture, car. ainsi qu'on l'a vu plus haut {Jnten'alles. n" V28), les signes de la notation musicale n'expriment que deux des trois éléments ;, h, x composant les notes : les éléments z indiqués par les degrés de la portée, et les éléments u indiqués par les accidents.