‹ Essai sur la gammeChapitre 253 sur 266 · EXPÉRIENCES A FAIRE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES A FAIRE

964. Le piano est réputé à bon droit pour être un instrument assez faux: modifiés comme il a été expliqué plus haut, les instruments à clavier deviendraient d'une justesse extrême, et pourraient être employés dans les classes de musique pour convaincre expérimentalement les élèves dont la théorie n'aurait pas suffi à fixer l'opinion.

Parmi les expériences auxquelles on pourrait employer un orgue ou un piano (^) réglé au tempérament .53, on citera les suivantes :

a. Prouver que la gamme obtenue en divisant l'octave en douze parties égales n'a pas d'existence réelle, puisqu'elle n'est qu'une approximation parfois assez grossière ; faire entendre les différences entre la gamme juste, la gamme tempérée et la gamme de Pythagore.

b. Montrer que l'intonation d'une même note ne reste fixe que dans la même gamme, mais peut varier en cas de modulation ou d'oscillation.

c. Faire remarquer l'intérêt qu'il y a, quand on écrit pour orchestre observant le tempérament 12, à placer le pivot des modulations enharmoniques de façon à éviter aux chanteurs certains effets de fausseté assez déplaisants, dont on trouve parfois des exemples dans l'exécution la plus soignée de plusieurs opéras modernes.

(') Encore cet écart d'un cétci ne se priHluirait-il que si on omettait d'utiliser les propriétés de l'ajusteur; si on les utilise, au contraire, il est évident que l'écart entre les sons d'une voix juste et ceux d'un cétépiano peut toujours être ramené à une valeur (positive ou négative) au plus égale à -j cété. soit environ J de gété ou -,', de ton tompcM'é.

{') Voir le renvoi précédent.

( ' ) Il va de soi que le cétépiano devrait être construit avec des soins particuliers, car la nécessité de conserver suflisainraent l'accord serait encore bien plus impérieuse pour un cétépiano que pour nos pianos ordinaires.

965. De la lecture de ce qui précède, le lecteur aura sans doute tiré cette conclusion, que la théorie des faits musicaux est très simple puisqu'elle est la conséquence immédiate d'un principe unique et puisque, dans toute tonalité, les lois de l'harmonie résultenl immédiatement de la loi même de formation de la gamme correspondante.

Aussi l'e.^posé de la théorie précédente eût-il pu être incomparablement plus court, si l'on n'avait pas été forcé à tout instant de justifier les différences entre cette théorie nouvelle et la théorie classique, de discuter cette dernière et de répondre aux objections qui devaient se présenter en foule à l'esprit du lecteur imbu des idées ayant cours (').

966. Quels que soient les mérites respectifs de l'ancienne théorie et de la nouvelle, et même si le lecteur préfère nettement cette dernière, il ne devra pas en conclure que la théorie classique est à la veille d'être abandonnée.

Ce livre, en effet, sera peu lu par les personnes dont l'opinion fait autorité : trop souvent déjà elles ont été trompées par les préfaces fallacieuses d'auteurs annonçant la solution tant attendue du vieux problème de la tonalité; aussi accueillent-elles avec un prudent scepticisme l'apparition de tout nouvel ouvrage traitant de cette question; au surplus, leurs occupations professionnelles absorbent parfois toutes leurs facultés de travail et ne leur laissent aucun loisir.

987. Mais il se pourrait (jne la lliédrir jiroposi'e fût appréciée par les « jeunes >:, (jui entreprennent plus volontiers une étude nouvelle, et qui n'ont pas encore pris leur parti de l'imperfection des théories actuelles; ces imperfections n'ont pu manquer de les frapper vivement, et plusieurs d'entre eux sans donte sont déjà arrivés par devers eux à des conclusions semblables à celles qui sont exposées dans l'Essai qui précède.

Mais ce n'est pas l'opinion des jeunes qui fait loi, et, s'il devait se jjroduireplus tard un revirement dans les idées ayant cours, il faudrait attendre, pour le voir se dessiner, que le nombre des jeunes lecteurs eut eu le temps de croître, et que ceux-ci, avançant en âge, eussent pu, soit par leurs productions musicales, soit par leurs situations officielles, ac(juérir une certaine autorité et se trouver en mesure d'influer sur l'opinion.

(') L'exposé qui précède a aussi été souvent gêné par l'imperfection de la terminologie actuelle; il fallait liii'n, sous peine de n'être pas compris, se servir du langage employé par les liarmonistes ; cependant ce langage i^sl souvent assez impropre, et parfois même très insuflisant, car il ne donuc aucun nom à divers faits ou clioscs dont \ra théoriciens ne s'occupent guère, il est vrai, mais qu'il est néanmoins impossible de passer sous silence, si l'on veut édilier une théorie vraiment complète.

544 RKSl'MK ET CONT.I.ISION.

968. Si le présent ouvrage s'adresse surtout « aux jeunes », il s'adresse même un peu aussi aux « tout jeunes », à ceux qui commencent seulement Tétude de la musique, et dont l'âge encore « tleuronne en sa plus verte nouveauté ».

Ignorant profondément la théorie classique de riiai'monie, ils n'ont que faire des discussions qui s'y rapportent: mais ils peuvent être curieux de savoir en quoi consiste la musique, et sur ijuoi repose cet art merveilleux dont ils ont déjà senti sans doute le charme puissant. C'est surtout en vue de ces très jeunes lecteurs qu'a été écrit le Résumé suivant; certaines parties, et notamment ce qui a trait à la façon d'harmoniser un chant donné, ont été rédigées tout spécialement à leur usage, avec un luxe de détails et une minutie d'explications qui eussent été parfaitement inutiles pour deslecteui's connaissant déjà l'harmonie.

Ce résumé, il est vrai, ne contient aucune démonstration; il est même parfois extrêmement écourté: mais, en se guidant sur l'analogie entre les titres du résumé et ceux du texte principal, le jeune lecteur pourra toujours aisément se reporter à ce texte, et y chercher, s'il le désire, soit une démonstration rigoureuse, soit des détails plus circonstanciés.

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