RÉSOLUTION DE LA DISSONANCE
ARTICLE I
Règle de l'Ecole.
193. La règle de l'École relative à la résolution des dissonances était autrefois très stricte; la note dissonante, ou note à marche contrainte, devait se résoudre en descendant d'un degré.
Dans les Traités plus modernes, cette règle a perdu de sa rigueui-. C'est ainsi que Reber {Traité d'harmonie, p. 72 et suiv.), tout en qualifiant les résolutions de naturelles ou A'e.vceptionnelles suivant que la note dissonante descend d'un degré ou suit une autre marche, reconnaît que ces dénominations « peuvent parfois paraître impropres ou contestables en ce que, dans certains cas, certaines résolutions exceptionnelles sont plus usitées que la résolution naturelle elle-même ».
Les ejcceptions que prévoit Reber consistent en ce que la note dissonante, au lieu de descendre d'un degré, peut monter ou descendre chromatiquement, ou encore rester sur place, soit telle quelle, soit en se transformant enharmoniquement; enfin Reber signale la possibilité de marches autres que les précédentes, et les désigne sous le nom de licences. Parmi les marches par degrés conjoints, la seule que Reber ne classe pas expressément au nombre des exceptions prévues (et qui, par suite, doit être rangée dans la catégorie des licences), c'est celle qui consisterait à faire monter la note dissonante d'un degré comme dans l'exemple suivant :
Fis. 123.
Un voit que cette marclus birn ([ue diamétralemi'nt opposée à la marche dite naturelle, n'a rien qui choque l'oreille.
11 n'existe donc pas de notes dont la marche soit contrainte, et les résolutions ne peuvent être soumises à aucune règle explicite < ' i.
( ' ) Un harmoniste qui voudrait indiquer aux musiciuns la niarclie à faire suivre à la note dissonante, commettrait la même erreur qu'un grammairien traitant d'une question quelconque, par i-xi'mple de la ponctuation, et qui prétendrait indiquer aux littérateurs comment, après une virgule, ils iloiveut poursuivre leur phrase : cette question ne concerne pas 1(! gi-immairien. Le musicien, comme le littérateur, ue doit prendre la plume que s'il a quelque pensée à exprimer, et la façon dont il finit sa phrase, ou dont il résout sa dissonance, dépend surtout de ce qu'il a à dire ou de ce que l'inspiration lui suggère. Cependant les musiciens ont parfois consenti à modilier l'expression de leur pensée, lorsqu'elle n'était pas conforme à la règle de l'École. 'Voyez, par exemple, FÉxis, Traité il' Harmnnie, p, 3g. accord sol si ré fa : lors(|ue les quatre voix ne se présent("nt pas dans di'S conditions permettant irap)illi|iicr la n'frle. l'auteur du Trailé conseille de renoncer purement et simplement à faire entendre la note ré.
CHM'ITRU VI. r.lSdI.I TION 1)1-: l.\ IIISSO.NANCE. I il
194. Si les résolutions sont réellement libres, on doit pouvoir vérifier qu'un même accord, so/ «■/■(? /r/ par exemple (' ), i)eut résoudre sur une échelle quelconque; ou bien encore les douze accords présentant la même série d'intervalles que sol xi ré fa, et ayant pour base, soit sol, soit toute autre note de la gamme chromatique, doivent pouvoir résoudre tous sur un même accord parfait, par exemple sur celui de do majeur.
Or, ces deux vérifications, équivalentes l'une à l'autre, réussissent également. La srcomle (qui peut s'écrire avec moins d'accidents que la première) est donnée ci-après (voir Enharmonie, Jig. 2^7 du n" 369).
ARTICLE II. Théorie proposée.
195. Cependant les sensations que procurent les résolutions présentent entre elles une assez grande analogie, qui ne peut être purement fortuite. Ces phénomènes musicaux, que nous nommons résolutions, doivent donc satisfaire à une condition uniforme motivant leur analogie.
Pour trouver ce qui fait le caractère commun à toutes les résolutions, écoutons celles que le hasard nous suggère au cours de la composition ; nous remarquerons que leur analogie tient à la cause suivante, facile à deviner, après les explications déjà données dans ce qui précède. Le musicien aime à la fois la variété et Vanité tonale: quand l'amour de la variété l'a conduit à la dissonance, le besoin d'unité et d'ordre tonal se faisant sentir à son tour, provoque la résolution.
Pendant la consonance, on employait les notes par échelles successives, et non en les fusionnant: la dissonance troublant ce bel ordre, mélange au contraire les échelles, et c'est d'elle qu'on pourrait dire à bon droit :
('.liez elle un Ijcau «lésonlre csl un ell'ot do l'nri.
La sensation caractéristique de la dissonance résulte de celle complexité apportée à l'édifice harmonique. La résolution met fin à cette sensation de mélange, et procure au contraire une sensation d'ordre remis dans le « beau désordre » que constituait la dissonance; elle consiste donc en un reclassement des notes par échelles. Si cette remise en ordre est faite d'un seul coup, la résolution est complète; si elle est faite en plusieurs fois, chacune des successions qui ne rétablit l'ordre que partiellement pourrait être dénommée résolution partielle. Ainsi, dans la figure suivante, supposée écrite en do, la résolution
i J iiVj ^J
n° I remplace un accord trissonant par un accord bissonanl, et la résolution n" 2 remplace un accord altéré par un accord dissonant naturel : ces résolutions ne sont donc que partielles, puisqu'elles ne reclassent pas les sons par échelles, et se bornent à diminuer l'ordre de complexité de la dissonance. .4u contraire, les n"' 3 et 4 sont des résolutions complètes, car, dans ces deux cas, l'accord dissonant forme du mélange des échelles dominante et dominée se résout totalement, savoir : an n" 3 sur l'échelle dominante, et au n° 4 sur l'échelle tonique.
(') Ktant spécilîé, Ijioii oiiteiulii, (luil s'a^i' 'i^'i ""ii pas unu]u>'iii('iit do sol si id fa accnnl i\k septième de ilominanti; du ton de do. mais aussi de tous ses accords };etopliones, c'ost-à-dii'o formés de sons sensiblement identiques. Nous verrons d'ailleurs plus loin {Enharmonie. n° 388) que, d'une façon générale, toute combinaison de sons dissonants est snsei'plililc/ di' ri'sundi-e snr nn i|iiilc(in(|ni' dos •>4 accords parfails existant on musique tempérée.