‹ Essai sur la guerre socialeChapitre 6 sur 29 · VIL · texte numérisé non relu

VIL

Au nord comme au midi, la campagne s'ouvrit à l'avantage des confédérés Sur les frontières des Marses, un chef italien nommé P. Presenteïus a surprit l'avant-garde de Rutilius, coin-

' Consulat de L. JulillS Caesar Strabo et de P. Rutilius Lupus. An de Rome 664 ; 91 et 90 avant J.C.

■ Ce nom, qui ne se trouve que dans Appieu Civ. I, 41, est peut-être corrompu. On ne peut s'expliquer autrement

l4H ISS Al SUR LA

mandée par Perperna et composée de 10,000 hommes. Il en tua 4,000, et le reste se dispersa en jetant ses armes. Le consul, pour faire un exemple, destitua son légat malheureux, et incorpora les débris de sa division dans celle de Marins.

Dans la Campanie, L. Cnesar s'avançait pour faire lever le l>locus d'Àcerrse assiégée parles Sainnites. Outre ses légions, il conduisait les dix mille Gaulois de Sertorius et une nombreuse cavalerie numide. La plupart de ces cavaliers avaient servi sous Jugurtha, et probablement son successeur, en les donnant aux Romains, avait saisi l'occasion de se débarrasser des hommes qui avaient montré le plus d'attachement à l'ennemi de sa famille. Papius Mutilus n'ignorait pas cette circonstance et sut en profiter. A Venusia, lorsque Judacilius avait chassé les Romains, il avait trouvé un fils de Jugurtha amené en Italie avecson père, mais épargné probablement en considération de sajeunesse ; suivant l'usage romain, on le gardait dans une ville de guerre. Ce jeune homme , nommé Oxintha, fut aussitôt envoyé au camp du , rusé Samnite. Là, Papius le revêt de la pourpre,

pourquoi dans le reste du récit il n'est plus question d'un chef aussi distingué. Son nom est orthographié ÎTpy,(i£VTaïoç, tandis qu'il devrait être écrit IIpxtsevTaïoç, qui serait la transcription régulière du latin Prœsentcius.

lui donne des armes magnifiques, et, l'accablant de caresses, l'exhorte à se montrer digne du sang dont il sortait. Dès qu'il parut avec son costume national devant les coureurs numides , ces cavaliers le reconnurent, et s'empressèrent de se réunir à celui qu'ils nommaient leur roi *. En peu de jours la désertion fît de tels progrès parmi ces Africains, que le consul fut obligé de les éloigner du théâtre de la guerre.

Enhardi par ce premier succès, Papius osa attaquer L. Caesar dans son camp. La valeur des Samnites allait triompher, et déjà ils avaient arraché les palissades des lignes romaines, lorsqu'une vigoureuse sortie de la cavalerie du consul les mit en désordre et les obligea de se retirer avec une perte considérable a . Toutefois l'armée romaine avait été également maltraitée; car Caesar, ne se croyant pas en mesure de repousser une nouvelle attaque, s'éloigna sans avoir rempli son but, qui était de secourir Acerrae. Pendant le peu de jours que les deux armées se trouvèrent en présence, Papius essaya encore, et avec succès, de débaucher ses auxiliaires gaulois; car bientôt nous verrons des soldats de cette nation parmi les troupes samnites 3 .

' App. Civ. I, 42.

a App. Civ. I, 47.

3 App. Civ. I, 5o.

I 5o ESSAI SUU LA

Après la défaite de Perpema , Marins conseillait à Rutilius de se tenir sur la défensive, et de ne pas hasarder ses jeunes légions dans une bataille contre les Marses , qui passaient pour les plus braves des Italiotes, et dont le courage était encore exalté par un premier succès. Il lui représentait qu'il fallait laisser le soldat s'habituer sous le drapeau, se faire à la discipline; que l'armée romaine fortement retranchée pouvait lasser l'ennemi en l'attendant dans ses lignes; enfin, qu'en traînant la guerre en longueur, il donnerait aux Marses le temps de se repentir de leur révolte, lorsqu'ils verraient les maux qu'elle attirait sur leur pays

Rutilius était, comme son parent, un soldat de fortune. Dans le poste élevé où l'avait porté la faveur populaire, il s'imaginait n'être entouré que d'envieux de sa gloire. Marius lui-même lui était suspect ; s'il lui conseillait la temporisation, c'était, dans la pensée de Rutilius, pour se rendre nécessaire, se faire donner un septième consulat, et terminer une guerrefacile.il n'eut donc garde de suivre ces sages conseils , et marcha rapidement contre les Marses qui l'attendaient sur les bords du Liris, commandés par Vettius Scaton 2 .

• Cfr. Dion Cas*s. frag. CXII. Oros. V, 18.

* App. C.iv. I, lut tou Ài'ptoç. — • Tolcmis Fluvkis , Oros. V, 18.

GUERRE SOCIALE. lUi

La plus grande indiscipline régnait dans l'armée romaine. Les soldats , qui aimaient leur général parce qu'il sortait des rangs du peuple, détestaient leurs officiers parce qu'ils étaient patriciens, et Rutilius, qui partageait leurs préjugés, les encourageait à la désobéissance. Telle était l'incurie qu'il mettait à se garder, que chaque jour les espions des Marses entraient dans son camp, observaient toutes ses dispositions, et en rendaient compte à leur général; le consul, cependant, loin de soupçonner la vérité, écrivait au sénat, que les jeunes nobles qu'on lui avait donnés pour tribuns le trahissaient, et livraient ses plans de campagne à Scaton

Ainsi commandée, l'armée romaine s'avança vers le Liris a , et jeta deux ponts sur cette rivière sans que l'ennemi cherchâtà s'y opposer. Rutilius avait divisé ses forces. Son corps principal, sous son commandement immédiat, campait devant le pont, en amont du Liris : Marins, avec le reste de ses troupes, devant l'autre pont, assez éloigné du premier. Sur la rive opposée, Scaton avait le gros tle ses troupes en face de Marius, et faisait

1 Dio Cass. frag. CXI.

1 Probablement au-dessous de Céprano, car plus haut le Garigliano pourrait facilement être passé à gué. On doit supposer que le but de Rutilius était de débloquer Aesernia.

observer l'armée du consul par un faible détachement. Informé du moment où Rutilius se disposait à passer la rivière, il quitte son camp de nuit, et n'y laissant qu'une garde suffisante pour masquer son mouvement, il se dirige sur le premier pont. Arrivé à la pointe du jour, le 4 des ides de juin ', il trouve le consul sur la rive gauche avec une partie de ses légions, s'avançanten toute assurance, comme celui qui ne comptait avoir affaire qu'aux troupes peu nombreuses qu'il avait reconnues la veille. Scaton profitant du désordre des Romains les attaque brusquement, les culbute dans la rivière et les met dans une déroute complète. Le Liris engloutit un grand nombre de fuyards, et, des soldats qui avaient passé le pont , bien peu parvinrent à s'échapper. Rutilius, blessé à la tète et perdant tout son sang, fut sauvé à grand'peine, et alla expirer à quelques milles du champ de bataille.

Marins se tenait immobile dans son camp, lorsque les cadavres et les armes romaines qu'entraînait la rivière, lui apprirent le désastre des siens. 11 jugea que Scaton l'avait trompé et sur-le-champ prit son parti avec la décision d'un vieux capitaine. Traversant à son tour le Liris, il attaqua les

1 Ovid. Fasi. VI, 564. L« 1 1 mai 9°- Voy. l'Art de vérifier les Haies.

GUERKE SOCIALE. I 53

Marses, et emporta leur camp sur le faible détachement qui le défendait. Lorsque Scaton en fut instruit, Marins était établi en force sur la rive gauche ; l'armée italienne dut se replier 1 . Cependant , tout l'honneur de la journée était pour les Marses. Ils avaient battu l'année consulaire, et leur perte était médiocre en comparaison de celle de l'ennemi. D'ailleurs, en se retirant, ils trouvaient derrière le Liris une ligne de montagnes, où ils pouvaient prendre une position inexpugnable. De fait, le passage du Liris par Marins ne fut qu'une démonstration hardie pour cacher la honte de l'armée consulaire. Les Marses, réunis aux Vestins , reprirent bientôt l'offensive, et insultèrent le camp de Q. Ca?pion , qui avait rallié les troupes de Rutilius a .

En même temps qu'on recevait à Rome la nouvelle de la retraite de L. Grcsar, un long convoi de blessés arrivait de l'armée du Nord. Venait ensuite une litière ensanglantée, entourée de licteurs tenant leurs faisceaux renversés : c'était le corps du consul qu'on rapportait à sa famille. Une foule d'esclaves suivaient chargés de brancards où l'on voyait les cadavres des sénateurs et des chevaliers tués sur les bords du Liris. Depuis

1 Cfr. App. Civ. I, 43. — Oros. V, 18.

■ Liv. Epit. lib. LXXIII.

la seconde guerre punique , jamais si triste pompe n'avait traversé les rues de Rome. Les plus illustres maisons étaient plongées dans le deuil; l'inquiétude et l'abattement se peignaient sur tous les visages. Dès le début de cette guerre, la fleur de la jeunesse avait été moissonnée à trois journées de Rome. En voyant les. blessures encore saignantes de leurs proches, les sénateurs reconnaissaient les coups du glaive espagnol ou du terrible pilum , ces armes romaines qui avaient cessé d'être la possession exclusive des Romains. Ils en avaient trop bien appris l'usage à leurs ennemis, et l'orgueil national n'avait jamais été jusqu'à croire que les Marses leur cédassent en courage. Fendant que la ville retentissait des cris et des sanglots des femmes, que partout s'allumaient des bûchers funèbres , quelques vieillards se demandaient avec effroi si les jours néfastes d' Allia et de Cannes étaient revenus , et si le Capitole n'était pas condamné à tomber sous les coups de ceux qui l'avaient paré de tant de dépouilles étrangères.

Au milieu de la consternation générale, le sénat sut montrer du calme et de l'impassibilité.

II voulut éviter le retour de ces scènes de douleur, et, comme s'il se fût résigné sans crainte à de nouvelles pertes, il ordonna qu'à l'avenir les généraux qui mourraient les armes à la main

seraient ensevelis an lien où ils auraient succombé ». De leur côté, les alliés adoptèrent le même usage; il semblait que de part et d'autre on se préparât à une guerre d'extermination.

On ne pouvait donner un successeur au consul mort, sans rappeler à Rome son collègue, pour y présider les comices; mais, dans les circonstances présentes, on sentit qu'il ne pouvait sans danger quitter un instant le commandement de son armée. Rutilius ne fut donc point remplacé.

L'armée du Nord resta sans chef suprême :

Marius continua à manœuvrer séparément du corps de Gepion , montrant une grande prudence, et évitant avec soin toute affaire décisive. Son collègue, au contraire, semblait avoir hérité de la témérité de Rutilius. Fier d'un succès léger qu'il venait d'obtenir, il se crut un grand général, et pressa avec vigueur les Marses qui se retiraient, déterminé à engager au plus tôt une action générale.

Jusqu'alors, Q. Pompaedius n'avait point paru sur les champs de bataille. Retenu probablement à Corfinium pour l'installation de la diète 3 , il

» App. Civ. I, 43.

* Les alliés faisaient à Corfinium de grands travaux pour changer rette petite ville de province en une seconde Rome-

avait dirigé de loin les opérations de ses lieutenants. Mais lorsque Cœpion s'avança sur le ter-

Ils y construisirent une vaste curie, un immense forum, oyopiv eùjA£Yéto). Diod. Sic. XXXVII, 538 et suiv.— Ce détail est des plus curieux. Il jettera quelque jour, en effet, sur la forme de gouvernement adopté par la ligue. Que les Italiotes aient bâti un palais pour leur sénat, c'est-à-dire pour les députés des villes italiennes, rien de plus simple. Mais un vaste forum, ce n'était point pour l'usage seul des Corfiniens qu'ils le construisirent. Ce devait être le forum de la ligue. Quelle était sa destination? Dans leur fureur de copier leurs anciens maîtres, les Italiens n'auraient-ils pas emprunté à Rome des usages qui auraient dû répugner à leur nouvelle situation politique? Tout le système des élections chez les Romains était fondé, comme on sait, sur une idée religieuse, à savoir, qu'on ne pouvait nommer des magistrats que dans un certain lieu consacré, sur lequel, apparemment, à l'exclusion de tout autre, descendaient les inspirations des dieux. Eu Tannée 706, la majorité du sénat romain réunie dans le camp de Pompée n'osa point créer de nouveaux consuls, ni même faire des sénat us-consul tes. L'herbe pure du Capitole leur manquait. Or, il semble que les alliés aient voulu, eux aussi, avoir un terrain consacré, pour y faire leurs élections, y tenir leurs comices. En un mot, ils auraient décidé que les populations se déplaceraient et feraient de longs voyages lorsqu'elles voudraient jouir de leurs droits politiques. Quand toute l'Italie eut obtenu le droit de suffrage, les comices se tinrent toujours exclusivement à Rome. On voit que le système d'élections adopté dans tous les gouvernements constitutionnels est un perfectionnement qui, de même que beaucoup d'idées simples, ne se rencontre pas du premier coup.

ritoire inarse, il prit une résolution qui, si elle n'annonce pas sa loyauté,- prouve du moins sa hardiesse et son courage.

Caepion avait déjà poussé l'ennemi au pied de ses montagnes, lorsque arrive aux portes de son camp un transfuge, accompagné de deux jeunes enfants revêtus de robes prétextes et portant la bnlle d'or, signe distinctif des jeunes gens de condition. Des mulets les suivaient, chargés de lingots d'or. Introduit dans la tente du général romain, le transfuge jette le manteau qui le couvre! — « Je suis, dit-il, Q. Pompaxlius Silon, « le préteur des Marses. Voici mes deux fils ; « voici ma fortune. C'est moi qui ai soulevé 11- « talie contre Rome, moi qui ai réuni sous un « même drapeau vingt nations autrefois rivales. « Pour prix de mes efforts, ce sénat italiote, qui « me doit tout, m'ôte le commandement suprême « qui m'était dû. Il me proscrit. Je renonce à « une injuste patrie, et je veux mériter les bien- « faits de ta république. Vois, si tu veux émit ployer un soldat qui a déjà servi Rome, et qui « brûle de punir des ingrats. Je te remets ces en- « fants et cet or; ils t'assureront de ma fidélité. »

Ces enfants qu'il livrait comme les siens à Cav pion, c'étaient deux jeunes esclaves. Par un dévouement dont on trouve dans leur condition plus d'un exemple à cette époque, ils s'étaient

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associés à son entreprise audacieuse. Les lingots d'or n étaient que du plomb doré.

La ruse, toute grossière qu'elle était, trompa complètement le général romain. Persuadé que la connaissance qu'avait Pompaedius du pays et des plans des alliés lui assurerait une victoire facile, il s'empresse d'accueillir ses offres, et écoute sans méfiance les rapports mensongers que Pompaedius lui fait sur la situation et les projets de l'ennemi. Bientôt, sous sa conduite, l'armée romaine s'engage dans les montagnes.

Caepion marchait à l'avant-garde avec son guide qui lui faisait remarquer le désordre qui régnait dans l'armée ennemie, surprise, comme il semblait, par cette attaque inopinée. La victoire semblait devoir être le prix de la course, et les Romains gardaient à peine leurs rangs, persuadés qu'ils n'auraient qu'à ramasser le butin. Tout à coup Pompœdius se dérobe à son escorte et s'élance sur un tertre élevé. Il pousse un cri de guerre aussitôt répété par dix mille voix. De tous côtés paraissent des armes et des enseignes italiennes. Chez les Romains, une terreur panique succède à une confiance aveugle. Ils se débandent et jettent leurs armes. En vain Caepion essaye de les rallier, il tombe percé de coups. La déroute est générale et les Marses se rassasient de carnage.

GUERRE SOCIALE. I 5o,

Ce qui échappa à cette sanglante défaite fut recueilli par Marius, et le sénat, appréciant un peu tard la circonspection du vieux capitaine, lui conféra le commandement supérieur de l'armée du Nord

Dans la Campanie, les armes romaines essuyaient un autre revers. L. Ca i sar, malade, et porté en litière, s'aventurait dans des défdés où sa nombreuse cavalerie, fort redoutée des Samnites, ne pouvait lui être d'aucune utilité. Surpris par Marius Egnatius dans sa marche sur Aesernia a , il perdit beaucoup de monde, et ne se dégagea qu'avec peine. Sa retraite fut encore plus malheureuse. An passage du Yulturne, sur lequel il avait eu l'imprudence de n'établir qu'un seul pont, les Samnites taillèrent en pièces toute son arrière-garde, et de trente-cinq mille hommes qu'il avait amenés , la moitié seulement parvint à trouver un abri derrière les remparts de Teanum 3 . L'histoire se tait sur l'origine du vainqueur de Cœsar, mais, d'après la conformité des

1 App. Civ. I, 44.

* Je présume que L. Caesar , partant de Capoue, passa le Vnlturne au-dessus d'Alifae , afin d'arriver sur Aesernia du côté du midi, par une route dans les montagnes des Samnites Pentriens, parallèle à la partie de la voie latine qui mène de Teanum à Capoue. Oros. V, 18.

3 App. Civ. I, 45.

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noms, j'éprouve quelque plaisir à supposer que ce Marins lignatius était un fils du préteur de Teanum, battu de verges trente ans auparavant sous les yeux de ses concitoyens. La Providence permet quelquefois ces tardives et terribles réparations.

A la nouvelle des premiers succès obtenus par les confédérés, tout le sud de l'Italie se déclara pour eux, et des soulèvements partiels eurent lieu dans l'Étrurie, qui jusqu'alors avait paru indifférente à ce grand mouvement. L'Ombrie, excitée sans doute par les chefs des Picentes, adhéra à la ligue de Corfinium et s'insurgea. 11 ne paraît pas toutefois que la révolte de ces peuples ait eu le caractère effrayant de celle des Samnites et des Marses; car, pour les contenir, il suffit de quelques corps détachés. Un lieutenant de Cn. Pompée, A. Plotius, marcha contre les Ombriens, et un préteur, L. Porcins Caton, fut détaché contre les Étrusques. Cependant l'armée de réserve, organisée par Cn. Pompée, se trouvait prête à entrer en campagne. Elle fut dirigée contre le Picenum, et envahit cette province du coté du nord, probablement après avoir traversé l'Ombrie; ce qui donnerait lieu de croire qu'elle ne rencontra pas de grands obstacles de ce coté. Firmum devint le centre des opérations de Cn. Pompée; position avantageuse, qui sépa-

GUERRE SOCIALE. 1 G î

fait les Picentes des Ombriens, et les empêchait île se porter mutuellement secours. Trois chefs des confédérés se réunirent contre lui i Judacilius avec les Picentes, Vettius Scaton 1 avec une division marse, et T. Lafrenius, à la tête d'un corps de Latins ou d'Italiotes. Une bataille fut livrée auprès du mont Fiscellus , sur la limite du Picenum i delà Sabine et de FOmbrie; les alliés furent vainqueurs et obligèrent Pompée à se renfermer dans Firmum. Lafrenius demeura pour assiéger ou plutôt pour bloquer cette place. Vettius Scaton rejoignit la grande armée des Marses, et Judacilius se dirigea suivant toute apparence sur FOmbrie a .

Cependant C. Marius, en présence de la principale armée des Marses , se tenait prudemment

1 Correction proposée par Schweighaeuser au lieu de OùevTtStoç , inconnu.

» Cfr. Èpit. 74. — Oros. V, 18. — App. Civ. I, 47-49.— Une grande obscurité règne sur ces opérations. J'ai indiqué la marche probable de Pompée, sur ce seul fait, qu'après la bataille du mont Fiscellus, il se replia sur Firmum. Or, c'est un principe qu'une armée battue reprend le chemin par lequel elle est venue pour livrer bataille. Il me paraît impossible que Pompée, pour arriver à Firmum, ait suivi la route de la Sabine, car il eût prêté te flanc aux Marses et aurait été arrêté par les Picentes dans les défilés des montagnes. Enfin , les eût-il passés, il se serait trouvé devant Asculum , centre des ressources du Picenum.

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renfermé dans ses lignes, s'efforçant de rétablir le moral de ses troupes, fort ébranlé par deux défaites successives. Pompaxlius, de son côté, redoutant le vainqueur des Cimbres, n osait l'attaquer dans les fortes positions qu'il occupait ; de part et d'autre on évitait avec soin d'en venir à une action générale. Un jour les deux armées se trouvèrent si rapprochées, qu'une bataille semblait inévitable, lorsque, par une de ces terreurs paniques si fréquentes à la guerre, l'une et l'autre se retirèrent sans lancer un trait, et coururent s'enfermer dans leurs camps. « Je ne sais, disait Marius à cette occasion, qui sont les plus lâches, nos ennemis ou nous-mêmes. Ils n'osent nous regarder le dos; nous n'osons leur regarder la nuque 1 . » Quelquefois Pompœdius essayait de l'attirer au combat lorsqu'il se croyait le plus fort. « Si tu es un si grand capitaine, faisait-il dire à Marius par son héraut, pourquoi refuses-tu la bataille 2 ? » « Et toi, répondait le Romain, toi qui te dis si habile, force -moi à combattre. » Une fausse manœuvre des Marses, ou peut-être l'absence momentanée de Ponipaedius, offrit enfin à Marius l'occasion qu'il avait attendue avec tant de patience. Attaquant l'en-

1 Plut. Mar. Î3.

» Plut, lbid

nemi à l'improviste, il le mit en déroute dans une action fort vive, où périt un des chefs de la ligue, Herius Asinius, préteur des Marrucins E . Les Marses, dans le plus grand désordre, furent rejetés sur les montagnes du Samnium, où ils trouvèrent pour les achever la division de L. Sylla, qui probablement dirigeait alors l'extrême gauche de l'armée du Midi. Tout Fhonneur de la journée fut pour Sylla, qui, tombant sur un ennemi déjà vaincu, lui tua six mille hommes et fit un butin considérable a . On ne tint point compte à Marius de ses sages lenteurs, ni des difficultés qu'il avait eues à réorganiser les armées battues de ses collègues en présence d'un ennemi victorieux. Il semblait que ce fût le destin de Sylla de recueillir le fruit des travaux de Marius. Lieutenant de ce dernier dans la campagne de Numidie, il avait eu l'honneur de terminer la guerre en enlevant Jugurtha. En Italie, il lui ravissait la gloire de vaincre les Marses, qui se vantaient que jamais général romain n'avait triomphé d'eux, ni triomphé sans eux 3 .

Après sa victoire, Sylla, avec vingt-quatre

1 Je pense que cette bataille eut lieu près du Liiïs, aux environs de Sora. Epit. 7H. — App. Civ. 1, 46. — Cfr. Plut. Mar. 13. — Oros. V, 18.

' App. Civ. I, 4fi.

i App. Civ. I, 46.

I G4 KSSAl SUR LA

cohortes, se porta rapidement sur Aesernia, et perçant au travers de l'armée samnite, il ravitailla la place, réduite alors aux dernières extrémités, puis il se replia sur ses premières positions

Cette pointe hardie eut encore un autre résultat; ce fut de diviser l'attention et les forces de l'ennemi, et de fournir à L. Caesar l'occasion de prendre sa revanche. De Teanum , où il avait rassemblé ses réserves et rétabli la discipline dans ses troupes, le consul s'était avancé vers Acerrae, toujours assiégée par les Samnites et les Lucaniens. Après s'être longtemps observées, les deux armées en vinrent aux mains. Il paraît que les confédérés se laissèrent surprendre au moment où ils se disposaient à changer de camp. Ils perdirent huit mille hommes, et le reste de leur armée se dispersa en jetant ses armes \ Il ne semble pas que les Samnites fussent en ce moment commandés par Papius Mutilus. Au moment où une partie de leurs forces était battue en Campaniepar L. Caesar, un autre corps samnite faisait une attaque décisive

• Oros. V, 18.

a App. Civ. I, 48. — Epit. 73. — Oros. loe. cir. — Appien suppose que cette bataille eut lieu l'année suivante. L'F.pitome le contredit formellement. Il est évident qu'aulieu de rapt to w A<txAov, il faut lire irepi Àyép^otç. V. sur ce point la note de Schweighaeuser.

GUEItRE SOCIALE.

contre Aesernia dont il se rendait maître. La garnison romaine, avec son commandant M. Marcellus, légat de Caesar, demeurait prisonnière *. On croit démêler ici, de la part des Samnites, la même manœuvre que celle de Vettius Scaton sur les bords du Liris. Il y a lieu de supposer qu'ils portèrent le gros de leurs forces sur Aesernia, point éloigné du corps principal de l'ennemi; qu'ils ne purent lui dérober la connaissance de ce mouvement, et que le détachement qu'ils laissaient dans leur ancienne position fut accablé par le nombre en l'absence de leur général en chef.

Quoi qu'il en soit, cette victoire assura aux Romains une supériorité décisive dans la Campanie. L. Caesar fut salué par ses soldats du titre d'Imperator; l'espérance rentra dans le cœur des Romains et redoubla leur énergie. A la nouvelle de ce succès, ils déposèrent le sagum % comme si déjà l'issue de la guerre n'était plus douteuse.

Partout, en effet, les armes romaines reprenaient leur ancienne supériorité. On a vu qu'après leur victoire près du mont Fiscellus, les généraux alliés qui avaient battu Pompée, s'étaient séparés, laissant Lafrenius devant Firmum. Cependant une nouvelle armée romaine se por-

1 Epi t. 7^.

' Oi ns. V, 18. - Kpir. :

i (36 essai sur r.\

tait , sous les ordres de Sulpicius , au secours de cette place. Tandis que ce dernier attaquait par derrière le camp des confédérés, Cn. Pompée faisait une vigoureuse sortie et les plaçai t entre un double danger. Lafrenius, coupable de s'être laissé surprendre, se fit tuer en combattant avec courage ; mais son camp fut pris et son armée détruite. Les Picentes ne pouvaient plus tenir la campagne, et, d'assiégé qu'il était naguère, Pompée put alors investir Asculum ». Cet heureux retour de fortune fit reprendre aux magistrats de Rome leurs robes prétextes et les autres insignes de leurs dignités, qu'ils avaient déposés en signe de deuil au commencement de la campagne 2 .

Sur d'autres points encore elle se termina à l'avantage des Romains. Le préteur L. Porcius Gaton arrêta la prise d'armes des paysans étrusques, et l'insurrection plus sérieuse de l'Ombrie fut également comprimée par A. Plotius 3 . Entre

Marius et les Marses un nouveau combat eut

1 A pp. Civ. I, 47.

" Epit. 74. — Oros. V, 18.

3 Cfr. Epit. 74 — Oros.V, 18. — App. civ.1, 49. On lit dans I Epi tome : • A. Plotius legatus Umbros, Lucius Porcius pra-tor Marsos , cum uterquc populus def crisse t , prœïio virent n t. » Il n'est pas douteux qu'an lieu de Marsos on ne doive lire Etrus- <OA,eai ecmot dcfccisset m* peut s'appliquer qu'aux Étrusques.

lieu, mais sans résultats décisifs; et de chaque côté l'on s'attribua la victoire. Tels furent les principaux événements militaires de l'année 664.

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