XIV PRÉFACE
maudits^, a-t-elle jamais versé son sang en de plus généreuses entreprises, avec un plus surprenant dédain du bonheur, avec une foi plus entière dans les révélations de sa propre conscience et dans la grandeur idéale de sa vie d'ici-bas?
Regardons autour de nous. Assurément ce n'est pas le bonheur que poursuivent ainsi d'un même élan, dans notre Europe rajeunie, dans cette république chrétienne que la Révolution française a remuée jusqu'en ses fondements, les peuples, les nations, les races, les hommes inspirés de Dieu. La proscription, la ruine, les gibets, les cachots, le délire ou le suicide des espérances trompées, la Grèce, la Pologne, la Hongrie, l'Italie, la France, où tant de sang fume encore, ne permettent plus l'illu-
sion.
* Genêne, iv, 17.
DE LA NOUVELLE ÉDITION. xv
Vous connaissez le sort qui vous attend, Magnanimes, qui prenez la parole ou les armes dans la grande révolte du faible contre le fort, de T opprimé contre Toppresseur. Vous le savez, le repos, les biens, les honneurs, toutes les satisfactions, toutes les facilités de Texistence sont pour qui se résigne et se tait. C'est la liberté, la liberté principe et fin de votre activité généreuse, que nous enseignent toutes vos actions, qui s'exhale de votre vie et de votre mort, qui ressuscite avec vous de vos tombeaux, devenus, comme la pierre sépulcrale des premiers martyrs chrétiens, Tautel d'où monte au Dieu vivant l'encens du sacrifice.
Et, pendant que votre instinct véhément vous pousse au combat et vous incite à mourir pour des vérités obscures, voici que la vérité sereine et calme projette ses splendeurs dans les régions pacifiques de la