‹ Essai sur la liberté considérée comme pricipe et fi de l'activité humaineChapitre 5 sur 33 · I PRÉFACE · texte numérisé non relu

I PRÉFACE

science el Je l'art; voici que, dans le plus beau langage qui se puisse parler aux hommes, la formule est prononcée qui réconcilie à jamais, dans ce qu'elles ont de plus myslérieux à la fois et de plus sensible, la liberté spontanée de Tâme humaine et la nécessité permanente de Tordre divin, a La clarté des étoiles nous réjouit et nous inspire, et pourtant tout se meut à la voûte du ciel en courbes mathématiques, » écrit celui en qui s'est en quelque sorte personnifiée la science du dix-neuvième siècle ^ « Plus de lumière! » murmure le poète mourant, qui entrevoit le seuil de cette éternité dont il avait dit dans le plus admirable de ses ouvrages que c< la trace de ses jours terrestres n'y disparaîtrait jamais*. »

A. de llumboldt, Cosmos.

Goellie, Faust.

DE LA MJIVELLK ÉDIiKi.N. wii

«Plus de lumière! «c'est-à-dire plus de liberté!

Oui, par un merveilleux accord de Tinslinct et de la raison, du sentiment et de la connaissance, qui se révèle k nous de plus en plus, en même temps que tout parait plus nécessaire, tout aussi devient plus libre dans le monde des réalités et dans le monde idéal.

Resté inachevé, le projet de ce grand esprit qui, le premier, rompit avec le dog^ matisme ancien et proclama Tidentité de la pensée et de Texistence humaines, ce projet d'une c< science générale qui puisse élever notre nature à son plus haut degré de perfection S » est repris et partiellement exécuté déjà, dans les travaux des hommes de ce siètle*; nous y voyons, avec l'unité et la

* Descartes.

* Serait-il besoin de rappeler des noms tels que cenx-ci : Condorcet, Ampère, Auguste Comte, Blumcnbacii, Geoffroy Saint-Ifilaire, Goethe, Serres, Darwin, ctc , etc.?

xvin PHÉFACE

solidarité du genre humain, le développement ascendant d'un pouvoir intellectuel et d'une raison collective qui préparent un milieu social de plus en plus parfait.

Dans ce milieu, Tesprit de Thomme, que tant d'accidents contraires et de faux en* seignements ont retenu ou repoussé d'âge en âge dans l'erreur et la servitude, se sentira libre enfin, c'est-à-dire capable de contempler la loi d'une vue claire et complète, de telle sorte que le désir de l'accomplir se produise en lui simultanément avec une force invincible.

Toutcequi est contingence, arbitraire, privilège, tout ce qui semblait être, aux temps d'ignorance, signe de libre arbitre divin ou humain : suspension des lois célestes ou terrestres, miracles, prédestination, réprobation éternelle ou temporelle, tout cela déplaît et répugne à la conscience moderne*

DE LA NOUVELLE ÉDITION xix

Elle i*ejette avec dédain cette existence prétendue libre, c< contraire à Dieu, ennuyeuse à elle-mémeS » dont elle a trop longtemps caressé la fatigante illusion. Elle abolit sans hésiter ces théologies qui veulent le genre humain libre à leur manière, c'est- ' à-dire prévaricateur, goûtant en frayeur et • en remords le fruit défendu de la science.

Elle abjure cette croyance funeste qui suppose rhomme, créature finie, capable d'un mal infini, et qui sépare dans le sein de Dieu Tamour el la justice.

Sa croyance, à elle, son désir, sa béatitude, en deçà et au delà du mystère de la mort qui n'est plus à ses yeux qu'une forme de la vie, c'est la liberté qui vient de Dieu et qui retourne à Dieu c< dans la grande mer de l'Être. »

Job.

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