RELATIONS D'INFÉRIORITÉ
« Ce que les disciples doivent à leurs maîtres, c'est seulement une *orte de foi provisoire, une simple suspension de jugement; mais ils ne lui doivent jamais un entier renoncement à leur liberté, ni une perpétuelle servitude d'esprit. »
Bacon.
« Faites-vous semblables à l'un de ceux-là, » disait à ses disciples, en leur montrant les petits enfants pressés autour de lui, le doux révélateur qui mourut sur la croix. Une soumis-
sion reconnaissante, un amour intellectuel qui s'attache moins à l'individu qu'à la lumière de sa parole, une déférence qui n'a rien de servile parce qu'elle s'accorde à la dignité de l'âme et non aux dignités conventionnelles de la société, tel est à peu près le seul devoir des inférieurs envers les supérieurs dans le règne de la liberté. Et encore suppose-t-il au moins une vague conscience du bien et du mal. Sans cette conscience nul devoir. Le devoir naît de la connaissance et s'y proportionne : plus elle est étendue, plus il s'accroît. Pour les enfants, pour les hommes sans culture, pour les pauvres d'esprit en un mot, il est simple, facile, tout intérieur. On pourrait le réduire à la bonne volonté de connaître la justice, au respect de ceux qui l'enseignent et la pratiquent.
« \A ils le suivaient , » dit l'Evangile. Que pouvait faire de plus, en effet, la foule
ESSAI SUR LA LIBEIiTE. 91
ignorante et grossière, que de pressentir la vérité dans la bouche de Jésus et de s'attacher, attentive et pieuse, à ses pas pour la recueillir'.'
Mil