‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 12 sur 87 · Sourate^ III · texte numérisé non relu

Sourate^ III

que je ne succombe pas *. Le feu prend-il à une maison? De deux choses l'une : ou l'incendie la doit consumer, ou il doit s'éteindre ; dans Tune ou l'autre hypothèse, il est également insensé de combattre le fléau, car nous ne saurions obtenir un résultat qui ne doit pas se produire et rien n'empêchera ce qui doit arriver '. Il n'y a donc de fatalistes sincères et conséquents que les Orientaux. Mais leur quiétisme nous confond, leur inertie nous scandalise : qu'est-ce à dire, sinon que notre raison et notre conduite de chaque jour s'accordent pour infliger le démenti le plus catégorique aux théories fatalistes?

IV. — Les Grecs, nous l'avons dit, s'aperçurent enfin combien est insuffisante et inacceptable cette croyance que la volonté souveraine des dieux est une puissance arbitraire et capricieuse. Comme ils avaient au plus haut degré le sentiment de l'ordre et de l'harmonie, ils comprirent que la volonté des dieux est dirigée par une sagesse parfaite, que la justice règne en toutes choses et que le vrai nom de la Destinée est Providence. C'est ce qu'Hésiode

1. Origène a présenté cet argument sous une forme particulièrement piquante : « Ou bien votre femme, dit-il, aura nécessairement des enfants, ou bien fatalement elle n'en aura pas; il est donc inutile que vous cohabitiez avec elle. » — Cf. CicÉRON, de FalOy XIII, 30.

2. Mahomet avait bien compris que telle est la conséquence logique du fatalisme, et c'est ce qui lui en faisait rejeter le principe : « prophète, disaient quelques musulmans, puisque Dieu a marqué nos places d'avance, nous pouvons avoir confiance et négliger nos devoirs moraux et religieux. — Non, répondit Mahomet, car le bien et les récompenses sont pour ceux qui ont fait le bien, les châtiments et l'ignominie pour ceux qui ont fait le mal. » Sowr., X, 27, 28.

ou FATALISME il

exprime par une spirituelle allégorie : Jupiter, ditil *, eut pour première femme Métis (la Sagesse) et pour seconde femme Thémis (la Justice). De même, parmi les docteurs chrétiens, ceux qui mettent au rang des dogmes les plus essentiels la théorie de la prédestination et de la grâce, c'est-à-dire qui nient la liberté de l'homme et considèrent Dieu comme l'unique auteur de nos actions et de nos destinées, tout en déclarant que nul n'a le droit de demander compte à Dieu de ses décisions souveraines, reconnaissent la nécessité de légitimer ses arrêts en invoquant sa sagesse et sa justice : « profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu I Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables 'I :» « Dieu, dit saint Augustin, est juste sans contredit, même alors qu'il fait ce qui paraît injuste à Thomme, même alors qu'un homme en le faisant serait injuste *. » Au-dessus de la sagesse même de Dieu, d'autres théologiens mettent sa bonté infinie : c'est elle le principe mystérieux qui inspire et dirige sa volonté toute-puissante.

Quelque séduisante que puisse paraître la foi dans la bonté parfaife et souveraine de Dieu, la raison refuse de s'y soumettre. Si nous devons le remercier sans cesse des bienfaits dont il nous comble, ne devons-nous pas nous en prendre à lui de tous les maux qui nous accablent? Si nous lui sommes redevables de toutes nos qualités, de toutes nos vertus,

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