Critique philosophique, 10 mars
2. Rekouvier, Essais de critique générale. Logique, t. Il, p. 392, 393.
VI. — Le fatalisme de Spinoza n'est pas sans analogie avec celui des stoïciens. Il commence lui aussi par poser comme un principe indiscutable que tout l'univers est soumis à une nécessité absolue : « Tout ce que Dieu fait suit nécessairement de sa nature, comme l'égalité des trois angles à deux
droits de la nature du triangle La volonté de
Dieu ne peut être autre qu'elle n'est (c'est une suite très évidente de la perfection divine), donc les choses ne peuvent être autres qu'elles ne sont *... » Il ne saurait se produire d'événement contingent ^, il n'y a pas de place dans la nature pour une volonté libre : « L'indépendance d'un seul être détruirait tout, en rendant tout inexplicable. » La croyance au libre arbitre est donc une illusion d'enfant ou d'homme ivre, qui prête à rire ou fait pitié : l'homme s'imagine être libre, parce qu'il a conscience de sa décision sans se rendre compte des motifs qui l'ont déterminée et de la série des événements qui l'ont rendue nécessaire ^.
1. « Pour moi, je crois avoir assez clairement montré que de la souveraine puissance de Dieu, ou de sa nature infinie, une infinité de choses infiniment modifiées, c'est-à-dire toutes choses, ont découlé nécessairement ou découlent sans cesse avec une égale nécessité, de la même façon que de la nature du triangle il résulte de toute éternité que ses trois angles égalent deux droits. Spinoza, Éthique, 1'° partie, prop. XVII, scol.