‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 27 sur 87 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DE LA LIBERTÉ d'iNDIFFÉRENCE

I. — Contre le système des déterministes qui refusent à Tâme toute activité, toute indépendance, qui l'asservissent à l'influence des motifs et à la domination du motif le plus fort, la conscience, nous l'avons vu, proteste avec vivacité; il n'est donc pas étonnant que quelques philosophes, croyant lui donner satisfaction, se soient laissés entraîner à l'extrémité opposée.

Si nous soutenons que l'homme est libre, disentils, c'est que notre expérience nous apprend que souvent nous agissons sans y avoir été poussés par aucun motif; d'autres fois, les motifs qui nous sollicitent en sens différents se font exactement équilibre et c'est nous qui tranchons la question par notre décision; enfin dans les cas, incontestablement beaucoup plus nombreux, où des motifs plus puissants nous inclinent d'un certain côté, il nous est encore possible de n'en tenir aucun compte, si nous le voulons, et de faire l'action opposée. Le caractère

essentiel de la liberté, c'est l'égale possibilité des contraires; quand l'agent libre prend un parti, il peut aussi bien s'arrêter à tout autre. La liberté n'existe pas ou bien elle est le pouvoir de se déterminer en l'absence de tout motif ou contrairement aux motifs les plus nombreux et les plus forts : n'y a-t-il pas contradiction à appeler libre une décision dictée par un motif, quel qu'il soit?

Chez les Grecs, Epicure avait senti ce qu'il y a de choquant dans le fatalisme dogmatique des stoïciens et dans la violence qu'il fait à nos sentiments les plus intimes : « Il vaudrait mieux, dit-il, croire toutes les fables que les poètes nous racontent des Dieux et du Styx que se soumettre au Destin des Stoïciens * ». Chacun de nous sent en lui une volonté propre, indépendante, soustraite à l'empire de la nécessité, qui se meut elle-même et met le corps en mouvement en des lieux, à des moments qu'il est impossible de déterminer d'avance. Comment ce pouvoir peut-il appartenir à l'âme humaine ^ ? Epicure ne sépare pas l'homme de l'ensemble de l'univers. La plupart des philosophes sont disposés à admettre que, dans le monde matériel, les phénomènes sont régis par des lois nécessaires et fatales,

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