Lettre au P. Mersenne, t. VI, p
lorsque je ne suis pas emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune raison est le plus bas degré de la liberté et fait plutôt paraître un défaut dans la connaissance qu'une perfection dans la volonté; car si je connaissais toujours clairement ce qui est vrai et ce qui est beau, je ne serais jamais en peine de délibérer quel jugement et quel choix je devrais faire; et ainsi je serais entièrement libre, sans jamais être indifférent *. » Et ailleurs : « Voyant très clairement ce qu'il faut faire, on le fait infailliblement et sans aucune indifférence ^. » Quant à Malebranche ' et à Leibnitz, ils condamnent formellement cette doctrine : « C'est une fausse idée qui n'a pas laissé de plaire à quelques scolastiques, gens qui s'embarrassent souvent dans leurs subtilités et prennent la paille des termes pour le grain des choses ''... L'indifférence naît de l'ignorance, et plus on est sage, plus on est déterminé à ce qu'il y a de plus parfait. »
III. — Jamais le problème n'a été posé en termes plus clairs et plus précis que par l'argument connu sous le nom de l'âne de Buridan. Jusqu'à quel point cette dénomination est-elle légitime? Quelle est au juste l'origine historique de ce raisonnement? la question ne paraît pas facile à résoudre. Ainsi que