Leibnitz, Tkéod., III® part
l'expose Bayle, on ne trouve pas trace de cet argument dans les œuvres qui nous sont restées de Buridan. Était-ce un exemple qu'il se plaisait à développer dans son enseignement oral? et dans ce cas quel usage en faisait-il? en quels termes aimaitil à le présenter? Car il ne faut pas oublier que Buridan est un adversaire non seulement de l'indifférence, mais même du libre arbitre. Est-ce, selon la conjecture de Tennemann, une parodie imaginée par ses adversaires pour se moquer de ses procédés de discussion? ou bien encore l'âne de Buridan, comme Bayle incline à le croire, n'est-il qu'une expression proverbiale, telle que le pont aux ânes, à la fornae de laquelle il ne faut pas attacher trop d'importance? D'un autre côté, Schopenhauer fait remarquer que Buridan n'a pas le premier médité sur ce genre d'incertitude. Avant lui, l'auteur de la Divine Comédie commencé ainsi le IV® livre du Paradis : « Entre deux mets placés à pareille distance, tous deux d'égal attrait, l'homme libre balance, mourant de faim avant de mordre à l'un des deux. » Aristote lui-même avait examiné la question et s'était prononcé dans le même sens : «Il en est comme d'un homme ayant très faim et très soif, mais se trouvant à une égale distance d'un aliment et d'une boisson : nécessairement il restera immobile *. » Il semble donc .que de bonne heure on ait dans les écoles envisagé cette éventualité et discuté sur l'issue qu'elle pourrait avoir.