‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 43 sur 87 · Mâcaire, HomiL XV · texte numérisé non relu

Mâcaire, HomiL XV

Kant, comprenant toute la force de ce raisonnement, s'est appliqué â en préciser et à en dégager les termes. « La réalité de la liberté, dit-il, est établie par une loi apodiotique de la raison pratique et forme la clef de voûte du système de la raison pratique ^ » La loi morale, que la conscience impose à chacun de nous, est un impératif catégorique : elle commande ou défend purement et simplement l'action, quelles que puissent en être les conséquences, agréables ou désagréables, fâcheuses ou avantageuses : donc la décision dépend de nous. Si notre conduite était toujours déterminée par l'influence des circonstances où nous nous trouvons, elle serait tantôt d'accord, tantôt en désaccord avec les jugements de la conscience : dans le premier cas, il serait inutile de nous commander une action que nous ne pourrions pas ne pas faire ; dans le second, il serait absurde de nous défendre ce que nous serions dans l'impossibilité d'éviter. Nul ne songe à ordonner à une pierre abandonnée à elle-même de tomber à terre et surtout à le lui interdire. Si nous nous sentons absolument obligés, c'est que nous devons agir et que nous pouvons nous y refuser. Le fait d'un ordre absolu et sans réplique suppose nécessairement la possibilité d'y obéir; dire à un être : « Tu dois faire telle action », c'est proclamer hautement qu'il le peut. L'existence d'une loi obligatoire n'est possible que par rapport

1. Kant, CHtique de la raison pratique, liv. I, chap. i, trad. Barni, p. 194; préface, p. 130. — - Cf. Fondements de la métaphysique des mœurs, 3° section, 2, p. 98.

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à une volonté libre, autrement elle serait un nonsens; c'est l'existence de cette loi qui révèle la liberté de la volonté : la liberté est la ratio essendi (comme disaient les scolastiques) de la loi morale ; celle-ci est la ratio cognoscendi de la liberté ^

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