p. Janet, Revue des Deux Mondes, 15 oct
PREUVES DE LA LIBERTÉ iil
grands moralistes qui par leurs enseignements et leur caractère font honneur à l'humanité? N'est-ce pas une seule et même morale qu'enseignent Moïse, Gonfucius et Aristote, Jésus, Spinoza et Kant? Ce qu'explique l'influence du milieu, ce dont rendent compte l'hérédité et l'action des institutions sociales, c'est la diversité des jugements, c'est la foule des préjugés et des passions. Dans la mesure au contraire où l'homme parvient à se dégager de ces entraves, il manifeste sa nature propre ; il faut qu'il reste sourd à tous les ordres venus du dehors pour entendre la voix de sa conscience. Mais cette voix, que quelques hommes écoutent avec recueillement, ne peut être complètement étoufifée; c'est elle qui partout et toujours dicte les jugements moraux, c'est elle qui chez tous les hommes entretient le sentiment de la responsabihté, c'est-à-dire de la liberté ^
1. On peut sans doute observer des hommes qui ne manifestent aucun sens moral; ils sont, selon la remarque de Herbart, semblables à ceux qui n'ont point d'oreille en matière de musique : chez les uns comme chez les autres, le développement et le fonctionnement normal des facultés ont été empêchés par quelque obstacle ; mais l'existence de ces anomalies ne doit pas nous faire méconnaître ce fait que la morale, comme la musique, repose sur des principes fixes et universels ; le progrès de la science peut les éclaircir, mais non pas les ébranler.