‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 51 sur 87 · Cicéron, de Officiis, I, zxxi · texte numérisé non relu

Cicéron, de Officiis, I, zxxi

2. Cette opinion avait été soutenue avec éloquence par V. Cousin dans son cours de 1818 sur le Bien; mais il eut soin lui-même, dans l'édition de 1841 et dans les suivantes, d'altérer considérablement le caractère primitif de son enseignement, de sorte que c'est seulement par le livre si intéressant de M. Janet que les lecteurs de notre génération ont pu connaître le texte de ces leçons : le professeur y oppose continuellement la lettre et l'esprit de la loi.

rement que nous devons la faire; voilà pourquoi nous reconnaissons que le bien est obligatoire *.

Le bien est donc ce qui est conforme à la raison et notre devoir est de faire toujours ce que commande la raison. Cette définition nous permet d'expliquer la distinction si importante établie par tous les moralistes entre les actions absolument bonnes et les actions moralement bonnes. Notre conduite est absolument bonne quand nous avons reconnu quelle action était propre à satisfaire aux exigences de la raison, et que nous l'avons accomplie ; mais cela ne nous est pas toujours possible : il arrive parfois que notre intelligence n'est pas assez puissante ou pas assez éclairée pour résoudre le problème qui lui est proposé, ou bien, sous Tempire de préjugés invincibles, nous portons un jugement faux et prenons pour bon ce qui ne l'est pas; d'autres fois, des obstacles insurmontables s'opposent à l'exécution de notre dessein *. Mais si nous avons

1. « Nous ne connaissons qu'un facteur dans l'esprit auquel il soit particulier de s'attribuer un pouvoir législatif inconditionnel et de réagir négativement contre ce qui lui résiste : c'est la Raison. La raison exige absolument que tout soit raisonnable et se retourne contre tout ce qui est contraire à la raison, soit pour le rendre raisonnable, soit, si cela est impossible, pour lui ravir l'être. » Hartmann, Phénoménologie de la conscience morale, p. 318. — Cf. Rbnouvier.« Toutes les fois que la raison envisage une fin comme devant être atteinte en vertu de ses lois, elle l'envisage en même temps comme devant être recherchée par l'application de la volonté. » Science de la morale, p. 26.

.2. « La loi formelle de la morale est celle-ci : Agis toujours conformément à la conviction de ton devoir. Cette règle en comprend deux autres : Cherche d'abord à te convaincre de ce qui est ton devoir dans chaque circonstance ; une fois en pos-

fait tout ce qui dépend de nous, si nous avons sérieusement réfléchi, si nous avons cherché avec impartialité ce que nous prescrivait la raison, si nous nous sommes arrêtés à l'action que nous avons jugée la meilleure et si nous nous sommes efforcés de l'accomplir, l'ignorance, l'erreur ou l'impossibilité étant involontaires, notre action est moralement bonne, tandis qu'il s'en faut de beaucoup qu'elle le soit absolument; nous allons même souvent jusqu'à approuver la conduite d'hommes dont les actions nous font horreur *.

Le bien ainsi déterminé est quelque chose qui est toujours en notre pouvoir et qu'il dépend de nous de réaliser, car cette réflexion attentive et cet effort volontaire ne sont jamais hors de notre portée. Il est véritablement universel, car les principes de notre raison étant universellement vrais, la solution qu'ils imposent est universellement bonne. La seule maxime que notre volonté puisse universaliser est celle d'obéir toujours à la raison.

Est-il besoin de montrer à quel point cette doctrine est d'accord avec la pensée de» tous les grands philosophes? « Que l'on doive agir toujours conformément à la raison, c'est, dit Aristote, un principe universellement admis *... Agir bien, c'est agir lorssession de ce que tu crois ton devoir, fais-le par cette seule raison que tu es convaincu que c'est ton devoir... II n'y a pas de conscience erronée : elle ne peut jamais se tromper... Elle décide en dernière instance et sans appel. » Fichte.

1. « Brutus, en tuant César, commit peut-être un crime contre les lois de la société; mais dans l'âme de Brutus cette action était sans doute conforme à l'ordre éternel. Hemsterhuts.

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