Leibmtz, Lettre à Wolf
est incontestable, c'est que Spinoza se rencontre sur •cette question d'accord avec Leibnitz, Kant avec Aristote : € Agir absolument par vertu, dit l'auteur «de VEthiquCf ce n'est autre chose que suivre la i*aison dans nos actions ^ » c De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, lisons-nous dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, •et même en général en dehors du monde, il n'y a •qu'une seule chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restriction, c*est une bonne volonté... La bonne volonté ne tire pas sa valeur de ses effets ou de ses j*ésultats, ni de son aptitude à atteindre tel ou tel i)ut proposé, mais seulement du vouloir, c'est-à-dire d'elle-même *. » Qu'est-ce donc que le bien? On croit généralement que la notion du bien est anté- •rieure à celle de la loi morale et lui sert de fonde- •ment; c'est tout le contraire : le bien, c'est ce que la loi morale nous commande de faire ^
1. Spinoza, Éthique, 4« part., prop. XXIV. — - Cf. Hegbl ; « l^ moralité consiste à n'être déterminé que par la seule raison, c'est-à-dire à délivrer l'âme de tout ce qui lui est étranger. »
2. « La bonne volonté seule est le bien suprême et absolu; elle est bonne sans restriction à tous égards, elle ne peut devenir mauvaise ni avoir un mauvais usage. » Kant, Fondements de la métaphysique desmœurs, i'® section, p. 13. — M. H. Spencer, dans un article que nous avons déjà cité (Revue philosophique^ juil- Jlet 1888), combat très vivement la théorie kantienne de la bonne volonté et la déclare inintelligible : « Une certaine fin étant impliquée dans le concept de volonté, la qualité de la •A'olonté est déterminée parla qualité de la fin poursuivie. Supprimez toute idée de but, et le concept de volonté disparait. »
3. iKant, Raison pratique, l'e partie, 1. I, ch. ii, p. 229. « Le concept du bien et du mal ne doit pas être déterminé antérieurement à la loi morale (à laquelle, suivant l'apparence, il devrait servir de. fondement), mais seulement (comme il arrive ici) £iprè£ cette loi et par cette loL »
Il ne faut donc pas donner du bien une définition matérielle et objective; il ne peut être déterminé que d'une manière formelle : le bien partout et toujours, c'est ce qui est conforme à la raison *.
1. Cette manière de voir est vivement combattue par M. Beaussire dans son livre sur les Principes de la morale : u Le bien, dit-il, n'est qu'une idée vide s'il n'exprime pas une chose utile, avantageuse à quelque être.... Bien faire, c'est faire quelque chose dont quelqu'un est appelé à profiter. » Sans doute, mais s'il est bien de faire telle action en faveur de telle personne, c'est toujours pour des raisons formelles et non pas objectives.