C'est ce qu'exprime l'ange Raphaël dans Milton (Paradise
lest, V, 538) :
Freely me serve, Because we freely love, as in our will To love or not; in this we stand or falU
3. Malebrahchb, Traité de morale, III, 16, et Traité de la nature
violence qu'exerce sur nous l'attrait du plaisir et cet amouT de choix que fait naître la lumière intellectuelle, de sorte que nous nous portons de nousmêmes à faire ce que nous reconnaissons être le bien. Ainsi le développement normal de notre personnalité n'implique pas la subordination d'un élément de notre être à un autre : l'activité de notre âme étant une et simple, elle est asservie ou affranchie tout entière.
Il en résulte que, toutes les fois que nous prenons une décision véritablemeut personnelle et libre, notre action ne peut être que raisonnable et bonne; en d'autres termes, nous ne pouvons attribuer à la liberté que celles de nos actions qui sont conformes à la raison et au devoir. L'homme est véritablement né pour faire le bien, comme pour connaître la vérité; il n'a pas besoin d'y être stimulé par quelque motif extérieur; son activité s'y porte naturellement et spontanément. Toutes les fois que rien ne s'oppose à l'exercice de notre raison, à la manifestation de notre liberté, à la générosité de notre cœur, nous portons un jugement droit et nous accomplissons le bien avec joie ; seul l'accomplissement du bien peut remplir et rassasier notre cœur, seule la pratique de la vertu peut nous assurer le bonheur, c'est-à-dire un plaisir sans mélange et sans inquiétude. Lorsque nous faisons le mal, c'est que nous sommes dominés par quelque influence du dehors.
L'action libre n'est donc pas, comme on l'a sou-
et de la grâce, art. XXVIII-XXXI. — Cf. Kant, Fondements de la métaph. des mœurs, 1'® section, p. 23.
16 i ESSAI SUR LA UBERTÊ MORALE
vent répété, un phénomène sans cause; elle n'est pas, comme le prétendait M. Vallier dans son li\Te de Vlntention morale^ un mystère inintelligible et absurde; elle n'est pas Teffet d'un caprice, d'une décision arbitraire; elle ne constitue pas une infirao tion aux lois de la nature, elle n'y introduit pas de désordre ; elle résulte, comme tous les phénomènes, de Tapplication d'une loi dont rien n'a empêché la manifestation. « La liberté, dit M. Fouillée, est déterminée à se déterminer elle-même *. » Que fautil entendre par là? Nous ne saurions accepter la formule que propose le même auteur : « La forme essentielle de la liberté, c'est de vouloir pour vouloir, de se déterminer par soi-même pour se déterminer par soi-même *. » La forme essentielle de la liberté, à notre avis, c'est de vouloir une chose parce que la raison la commande; se déterminer par soi-même, c'est se déterminer conformément à la raison. Vouloir pour vouloir nous paraît une forme sans matière, c'est-à-dire quelque chose d'inconcevable. De plus, cette définition semble donner à entendre que nous pouvons choisir indifféremment le mode de manifestation de notre indépendance, et rindifférence ne peut jamais exister pour une volonté libre.
IL — Mais il s'en faut de beaucoup que notre <5onduite soit toujours raisonnable et bonne. Considérons donc les cas, malheureusement trop fré-
1. A. Fouillée, Liberté et Détei^minisme, 2® part, 1. III, ch. u, .3, p. 262.