‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 61 sur 87 · A. Fouillée, loc^ cit., p · texte numérisé non relu

A. Fouillée, loc^ cit., p

quents, où Thomme fait le mal : il est impossible de ne pas être frappé de ce fait, que sa décision ne présente plus du tout les mêmes caractères que quand il fait le bien. La résolution est volontaire, on n'en saurait douter; mais est-elle véritablement libre? L'agent s*est-il déterminé de lui-même et par un usage entièrement indépendant de sa propre activité? Qui ne voit au contraire que la cause de Tacte mauvais est toujours le triomphe de Tune des influences que nous avons énumérées et qui sont les antagonistes de la spontanéité morale? Soumettez à une analyse rigoureuse une violation quelle qu'elle soit de la loi morale : vous reconnaîtrez toujours qu'elle a pour principe ou la passion, ou l'intérêt, ou l'action complexe du milieu, ou l'habitude. La cause du bien que nous faisons est en nous, la cause du mal est hors de nous ; si nous l'accomplissons, c'est que nous sommes entraînés par une force extérieure, nous subissons une loi que nous n'avons pas faite, nous sommes hétéronomes. S'insurger contre la loi morale, ce n'est pas assurer son indépendance, c'est se donner un maître *.

Comment se fait-il donc qu'un être intelligent tel que l'homme se laisse emporter à manquer à son devoir? Ne s'aperçoit-il pas que ce qu'il fait est mal? La raison ne proteste-t*elle pas contre le parti qu'il veut prendre? Eh non, c'est précisément

1. Des idées analogues ont été développées en Allemagne au commencement de ce siècle, par F. Baader : pour lui, le bien seul est libre ; le mal, c'est l'esclavage. Le libre arbitre est la faculté de choisir entre la liberté et la servitude.

pour cela qu'il fait le mal. Les sentiments, les passions, les habitudes n'ont prise sur la volonté que parce qu'ils déterminent tout d'abord l'intelligence; le premier efifet de ces influences est d'imprimer une certaine direction à nos pensées. Il y a toujours conformité entre le jugement et la détermination : l'action que nous nous décidons à faire ^ celle que nous estimons la meilleure. Comme le soutient M. Bain, toute croyance se manifeste par une tendance à agir en conséquence; toute action est produite par une croyance ; la croyance est une force qui gouverne notre conduite et nous dirige efficacement vers le bien ou vers le mal *. Si l'homme viole la loi morale, c'est qu'une cause extérieure a tout d'abord faussé son esprit. Il est impossible que nous fassions volontairement ce que nous savons être mal. La connaissance du bien n'est pas seulement la condition nécessaire de la pratique de la vertu, c'en est la condition suffisante. La cause immédiate du péché est toujours un jugement faux, a: peccatum omne ab errore ».

III. — Mais alors est-il possible de parler de responsabilité morale? Nous ne nous trompons pas, nous sommes trompés. Est-il donc en notre pouvoir d'éviter l'ignorance et Terreur? Dépend-il de nous de bien juger? Gardons-nous avant tout de mal poser la question, ce qui naturellement la rendrait insoluble : il ne nous est certes pas possible d'affirmer ou de nier à notre gré, de prendre telle ou

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