Spinoza, Éthique, 3" part., XXXIX, Scolie
chose parce qu'elle nous parait bonne, et ce n'est pas parce que nous la désirons qu'elle nous parait telle *. :» Dès que nous avons remarqué quelque bien dans une chose, nous ne pouvons pas ne pâs l'aimer, et la seule raison pour laquelle nous aimons tels ou tels objets, c'est que nous les croyons bons; enfin nous aimons plus ou moins les objets selon qu'à notre jugement il y a en eux plus ou moins de bien. Sans doute nous aimons des hommes qui, nous ne l'ignorons pas, présentent de graves défauts ; mais nous sommes persuadés qu'ils possèdeot plus encore de qualités. Il ne peut jamais se faire que nous jugions une chose meilleure et que nous en aimions mieux une autre, et nous ne désirons jamais rien plus que ce que nous jugeons le meilleur. Mais, ne l'oublions pas, tandis que tous les hommes sans exception connaissent familièrement les plaisirs du corps, beaucoup n'ont aucune idée des plaisirs de l'esprit : on en peut trouver aossi qui ne connaissent pas par expérience le plaisir qu'il y a à faire le bien, de sorte qu'ils n'ont jamais fait la comparaison entre celui-là et les autres.
L'amour naît de ce jugement même par lequel nous reconnaissons et nous prononçons qu'une chose est bonne. Ainsi que le dit Aristote, « immobile, le bien meut le désir par l'irrésistible attrait de sa beauté ».
Dès que nous jugeons qu'une action est la meilleure, nous sommes très fortement inclinés et pous-