‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 66 sur 87 · LEiBNitz, passim · texte numérisé non relu

LEiBNitz, passim

2. Qu'est-ce que le mal? sinon le manque de bien. (S. Augustin. C. Jul. pel., I, IX, 44.) — Le mal comme tel n'est pas l'objet du désir; aucun être ne le veut qu'à cause du bien qui lui est uni.... Le mal n'est pas un être, une substance, une nature. Qu'est-il donc? Il est une certaine absence du bien dans les êtres. S. Thomas, Somme, If® part., quest. XIX, 9, et quest. XL VIII, 1. — S. Denys l'Aréopagitb, des Noms divins, ch. iv. « On ne doit pas attribuer au mal une existence propre, indépendante, ni un principe où il trouve sa raison d'être.... Il est une privation, une défectuosité, une faiblesse.... Le mal n'existe pas sans quelque mélange de bien. Le mal est une déchéance du bien, et nul être ne saurait totalement déchoir du bien. »

3. BossuET, Traité du libre arbitre, ch. xi. « Le- plaisir que nous recherchons et qui nous fait faire tant de mal est bon de soi, et il est donné à la créature pour un bon usage. Ne vouloir manquer de rien, ne vouloir avoir aucun mal, ni rien par conséquent qui nous nuise, tout cela est bon visiblement

Quand nous agissons mal, c'est que nous jugeons meilleur ce qui, en réalité, est pire, ce que nous reconnaîtrons pire plus tard, lorsque nous serons revenus à une plus exacte appréciation des choses *. Notre jugement n'est pas d'accord avec la réalité, nous sommes dupes d'une erreur. Souvent l'homme fait ce qui est et ce qu'il sait moralement mauvais; cela tient à ce qu'auparavant il a jugé que le sacrifice d'un plaisir, de la richesse, de la vie serait un mal plus grand que la violation du devoir, c'est-àdire qu'il a porté un faux jugement sur la valeur des différents biens.

C'est nier la liberté, dit-on souvent, que soutenir que nous ne pouvons pas préférer volontairement le mal au bien. « Comment pouvez-vous prétendre que nous sommes volontairement et librement bons, si vous n'avouez pas en même temps que nous pouvons être volontairement et librement méchants *? » Ceux qui défendent cette opinion avec le plus de chaleur sont ceux qui pourtant, sans s'apercevoir de la contradiction où ils tombent, enseignent que Dieu est libre et ajoutent qu'il lui est absolument impossible de vouloir le mal '. La faculté de faire le

et fait partie de la félicité pour laquelle nous sommes nés; mais ce bien recherché mal à propos est la cause qui nous pousse à la vengeance et à mille autres excès. Si l'on maltraite un homme, si on le tue, cette action peut être commandée par la justice et par conséquent peut être bonne. Commander est bon, être riche est bon ; et ces bonnes choses, mal prises ^t mal désirées, font néanmoins tout le mal du monde. »

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