‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 73 sur 87 · V. Arrbn, Ann. de la fac, de PoitierSy fév · texte numérisé non relu

V. Arrbn, Ann. de la fac, de PoitierSy fév

2. Leibnitz, Nouv» Ess., liv. II, ch. xxi, 37 : « Rien ne serait plus fort que la vérité si l'on s'attachait à la bien connaître, et il y aurait moyen sans doute d'y porter fortement les hommes. *> — Bain, les Émotions et la Volonté : « Toute croyance se manifeste par une disposition à agir en conséquence.... Toute action est produite par une croyance.... La croyance est une force qui gouverne notre conduite. » (2® part., ch. xi.)

notre avis, de l'effet qu'elles produisent. On croit qu'elles nous entraînent à faire le mal après que nous avons bien jugé. Il n'en est rien, car nous agissons toujours conformément au jugement que iious avons porté : mais elles nous empêchent de bien juger.

Nos passions en effet ont une action puissante sur notre esprit. Le plaisir a pour nous beaucoup de charmes, nous ne pouvons nous empêcher de le trouver bon et de considérer comme bonnes toutes les choses qui nous procurent quelque plaisir. Tout plaisir donne naissance à une inclination qui prend chaque jour de nouvelles forces, jusqu'à ce qu'elle devienne une passion. Plus une chose nous apporte de plaisir, plus nous y remarquons de bien, plus notre esprit s'arrête et se complaît à en considérer les qualités, moins nous pouvons découvrir ce qu'il y a en elle de mauvais. Quant aux choses qui ne nous procurent aucun plaisir, qui ne nous touchent de nulle façon, comment pourrions-nous songar à les considérer attentivement? Enfin toutes les choses qui nous ont causé quelque douleur nous inspirent une violente aversion et nous ne pouvons nous douter de ce qu'elles renferment de bien ^ De

1. Descartes, Lettre à M. Chanut, t. X, p. 96 : « Lorsque l'âme juge qu'un objet est digne d'elle, cela dispose incontinent le cœur aux mouvements qui excitent la passion d'amour, et lorsque le cœur se trouve ainsi disposé par d'autres causes, cela fait que l'âme imagine des qualités aimables en des objets où elle ne verrait que des défauts en un autre temps. » — Cf. Lettre à Mme Elisabeth, IX, 226 : « La passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus désirables qu'elles ne sont, et le vrai office de la raison est d'examiner la juste

là vient que, comme captivés et enchaînés par un seul objet, nous ne faisons pas de comparaison et nous ne pouvons distinguer les choses qui sont réellement les meilleures. L'amour, comme l'explique Lucrèce et Molière après lui *, nous rend incapables de bien juger, et ceux qui sont asservis à de nombreuses passions ne peuvent jamais parvenir à la connaissance de la vérité. Voilà pourquoi il ne faut pas moins d'efforts pour persévérer dans la pratique de la vertu que pour s'y élever; les objets qui frappent nos sens apportent sans cesse de nouveaux renforts à nos passions : nous devons donc nous tenir sur nos gardes pour conserver la liberté et la lucidité de notre jugement.

Nous sentons souvent s'engager en nous de terribles luttes, mais nous n'observons jamais ce dont parle Aristote : ce Le désir, dit-il, peut être opposé ^u jugement, mais jamais au désir '. » C'est tout le contraire qui a lieu : à chacun de nos désirs s'opposent d'autres désirs, il peut y avoir divergence entre nos opinions, nos jugements ; jamais, à notre avis, il ne peut éclater de désaccord entre notre jugement et nos sentiments. Nous ne saurions donc souscrire aux vers si souvent approuvés d'Ovide :

valeur de tous les biens. » — Bossuet, Conn, de Dieu, ch. i, 18, 19. « Les causes principales qui nous portent au vice sont les passions qui nous empêchent de bien juger du vrai et du faux et nous préviennent trop violemment en faveur du bien sensible. »

1. Lucrèce, IV, 1146 sq. — Molière, Misanthrope, acte II, se. V, 708 sq.

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