‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 8 sur 87 · Eschyle, SuppL · texte numérisé non relu

Eschyle, SuppL

les interpréter est-il en grand honneur. Sans doute J upiter est souvent appelé l'arbitre des destins, mais s'il est le dieu suprême, les divinités intérieures ont aussi leurs prérogatives et leur volonté propre. Nous ne trouvons pas chez les Romains l'idée d'une destinée universelle, embrassant tout l'ensemble harmonieux des choses : chaque individu, chaque ville a son destin distinct et indépendant . On n'éprouve pas non plus le besoin de chercher à en pénétrer le mystère : si l'on respecte les dieux, on les craint plus encore ; le culte consiste surtout en supplications timides et en expiations rigoureuses *. Sur tous ces points, les hommes les plus distingués ne pensent pas autrement que le vulgaire. VÉnéide est une épopée fataliste : le destin est le principal ou, pour parler plus exactement, l'unique acteur du poème; tous les autres sont réduits à un rôle passif, Énée surtout '. Tite Live, l'historien national par excellence, Tacite lui-même voient sans cesse dans le cours des événements la manifestation d'une fatalité invincible à la fois et inexplicable ^

Le fatalisme oriental présente les mêmes caractères. On l'appelle généralement, à l'exemple de Leibnitz, destin à la turque, fatum Mahometanum, Ce dernier nom n'est pas tout à fait juste. Sans doute un grand nombre de versets du Coran nous présentent l'expression la plus nette et la plus précise du

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