‹ Essai sur la liberté moraleChapitre 80 sur 87 · V. BROaiARD, de l'Erreur, p · texte numérisé non relu

V. BROaiARD, de l'Erreur, p

I. — « La liberté, dit M. Cousin, est Tattribut essentiel et toujours subsistant de la volonté. » Nous ne sommes pas de cet avis. Si nous nous examinons avec impartialité, nous avouerons qu'il est impossible de voir dans la plupart de nos actes la manifestation d'une volonté libre : nous avons été en réalité déterminés par quelque influence à laquelle nous n'avons pas résisté. Quand nous exerçons notre liberté, nous faisons une action raisonnable et bonne ; si nous faisons le mal, la cause en est toujours hors de nous ; nous sommes néanmoins coupables, nous aurions pu et nous aurions dû être libres et non hétéronomes.

Les déterministes, nous l'avons vu, considèrent comme décisif et irréfutable l'argument qu'ils fondent sur les données de la statistique. Cet argument, à notre avis, ne prouve rien, car tous les exemples qu'ils invoquent sont ceux de crimes ou bien d'actes d'étourderie ; sur tous ces cas, nous sommes d'accord avec nos adversaires; nous déclarons, nous aussi, que toutes ces actions sont produites par des causes extérieures et soumises aux lois du déterminisme

universel; ce n'est pas de ce côté que nous cherchons les preuves et les manifestations de la liberté. L'homme n'est donc libre que s'il le veut et quand il le veut. Étant données les conditions dans lesquelles nous sommes placés et les influences auxquelles nous sommes soumis, en face de cette spontanéité autonome qui constitue le fond de notre être, un nombre considérable de tendances naissent et se développent en nous, qui impriment à notre conduite une direction contraire. Nous trouvons donc en nous deux éléments opposés, l'un personnel, l'autre impersonnel; une lutte s'engage entre eux, à laquelle nous ne sommes pas réduits à assister en spectateurs anxieux, puisque notre sort dépend de l'issue du conflit; mais nous pouvons, si nous le voulons, intervenir efficacement et assurer le triomphe de notre activité personnelle *. Cette lutte, la plupart des hommes ne l'entreprennent pas ou ne la soutiennent pas avec une énergie suffisante : ils s'abandonnent à la domination de leurs sentiments et de leurs habitudes. Nous n'hésitons pas à le déclarer, il s'en faut de beaucoup que tous les hommes soient libres. C'est pour cette raison qu*il ne faut pas admettre parmi les preuves de la liberté le témoignage direct et immédiat de la conscience, le sentiment vif interne ; cet argument n'a pas une portée universelle. Il est beaucoup d'hommes à qui leur conscience n'a jamais rendu un

Page 1