CALDÉRON
Si toutefois cet honneur pqtijK^it être disputé à Schakespear, FEspagne le réclameroit pour le plus célèbre des poètes nationaux, Caldéron de la Barca '. Dans ce pays , plus qu'en aucune autre contrée de l'Europe , s'étoit conservé, à la suite des longues guerres qui précédèrent l'entière expulsion des Maures , ce génie religieux et chevaleresque , trait distinctif du moyen âge. Caldéron, imbu de ces sentimens, sembloit, comme le Tasse, destiné par la nature à en reproduire, dans un ordre différent de compositions , la vive et brillante expression. Sa vie tout entière leur fut consacrée. Après avoir passé sa jeunesse dans les camps , il quitta l'état militaire
' Le fond de cette notice sur Calâéron est en entîer emprunte au Cours de Littératufe dramatique de M. W. ScUegel, tom. 3.
pour la profi^ioiLttdésiia&tiquft où l'entraî-» noit FasceuLdautd^ses idées religieuses. Bans ces deux étgts, il publia des compositions théâtrales presque sans nombre, cadre toujours nouveau où son talent se plaisoitàgra»
ver l'empreinte d^ sentimens qui remplissoient son âme. Tel est le nombre de ses ou-> vrages^ qu'on auroit quelque peine à croire que la vie d'un hoinme ait pu suffîre. à tant de travaux, si l'analogie qu'on' y remarque n'obligeoit à leur reconnoître un méoie au-* teur ; mais Fextréme fécondité , éciieil prdi-' naire de la médipcrité , fut dans Caldéron ^ le vrai cachet du géifie. '
I>eux genres p^cipaux de composition se sont partagé l'exeriâce de son talent, la comédie sérieuse , ^et ceUe à laquelle ses com* patriotes ont donné, d'après lui, le nom de pièces sacrées ( ^(t^^ sacramentules ). La co* médie sérieuse de Caldéron a, en général, pour objet la peinture des tnœui^ nationales ; m^s Iqs t^leaux qu/il en présente, embellis par il'ixnaginatpjo;! du, p.oët[e > eihprewts d'un charme idéaj[, et; Êmtastique , rejettent loin d'eux la sécheresse* et la monotonie, insé^
parablei d'une description exacte de la vie privée. Les ressorts de Tacticm sont pris dans les plus nobles sentimens qu'offrit an poète le génie de sa nation, l'honneur et Tamour.
A leur haute appréciation se rattachent les grands effets de sa poésie ; Thontieur est peint, dans ses compositions, sous ces traits élevés que lui prête Ifhiagination des mo* demes, cottitne une puissance absolue qui juge le principe des actions, sans égard pour leurs conséquences , inflexible comme le devoir , et toujours accompagné de cette susceptibilité morale qui craint le soupçon comme le crime méme.^ et 19e voit nul inter* médiaire entre la pureté parfaite et Fextréme souillure : et Pour peindi^é la délicatesse de » ce sentiment dans les pièces de Caldéron » (dit l'auteur auquel nous empruntons cette » analyse) , je ne puis trottvfer d'autre image » que celle de l'hermine , qui , suivant une » ancienne tradition , poursuivie par des » chasseurs , se résigne à la mort, plutôt que 3» de traverser un marais où elle tachei^oitsa » blanche fourrure. » Mêlé' au seiitimeiit de Tamour, Fhonneur en rehausse * le tâiractéte;
et comme il proscrit dans les hoimnes toute pensée douteuse, toute nction dont il ne puisse avouer le prmcipe , de même il cou* sîste pour les feinmesà n'aimer qu'un bonupaê irréprochable, à l'anas^r constamnii^ntets^ns partage , à ne rien souffrir dans les sentimens ni dans les relations qui blesse la pureté de cette affection. Nul ressort étranger ne; CQm* pliqne les fils de l'actipQ ; nulle pasfion inolgaire ne trouve rbavmonie de ces. t^les^ux.; la jalousie même, dai)9 les pièces de Caldé^ ron , n'est plus ce vice fondé sur; l'jégçp^e , qui n'a que la possesiiân pour but, et dégrade toujours celle qui en est l'objet ; n^ais. ust amoif r plus susceptible^ qui ^'attache aux pensées autant qu'aux action$^» et boi^ore du moips celle qui Texdte par le ppxqu'il m^c^t à ses qualités les plus relevées- 1^ pf9>piiép>du poète seinble créer un moude plu§ r^v;éj qnen^atteignent po^înt les p^s^ipo^ grp^ièr^ du monde réel , comme, les exhal^ispi^ impures de k^ terre ne s'élèveQt ppiftt/a^'^Ç^U^ de sa surface* ï
Quelque chaïqpie qu'o£&e»jt ç;çs^ br^jaf^tqs compositions , leur mérite est , dit-on , sur-
passé par celles où Caldéron a consigné Tex* pression de ses séntimens religiéuxMJiipen* chant irrésistible Tentraînôit vers cette peinture, et la religion sembloit' pour lui un premier besoin de l'âme , ime continuelle émanation dé la nature. Tout ce que la 'foi chrétièniae offlre def sentim^s et d'ixnagès semble avoir été épuiiâé par la niùse d^e'Cal- / déron : la pompe de 1 expression , la bei^ùté du rhyèhmé' lé disputent (ïans sfes vers >à la nol^le^sè dés' pensées ; et rallégorie même, si froide aîllenrs , y devient une soiïrcè cons* tante de vives émotions. C'est à ce genre de compositions (}ue ce poëte lui-même attachoit sa plus grande gloire , et c'e$t par elles aussi ^u'il excitoit le plus d'enthousiasme pai^i ses «bntemporains. L'Espagne , après ce grand homme , n'a rien produit qui puisse hii^être comparé; et comme son > talent lais* i^oit ses iiiiitatétirs sans espoir de l'atteindre ^ les poètes qui lui ont succédé ont mieux aimé chercher dans un genre différent, des effets qui ne les missent point en concuriienceaveo ceux proàûits par la imise ^ Caldéfda. ^ '