KLOPSTOCK
Klopstock, le premier des trois, dès son début dans la carrière , s'est associé , par son poëme du Messie, à la gloire littéraire de Milton. La nature sembloit l'avoir exprès doué des qualités qu'un tel sujet commandoit. Klopstock n'en avoit pas reçu une grande fécondité d'imagination ; mais un génie patient
éiméditaitîf se joîgnoit en lui à une élëvatîon habituelle d'idées et à cette disposition k Penthbusiasme , caractère ordinaire des écri- ▼ains de sa nation , et qui tient à l'esprit religieux par des rapports si iiitimes. Son poème est trop connu . en France , depuis lés écrits de ' madame de Staël , pour ^u'il soit nécés* saire d'insister ici €iur àon analyse. On a repi^>ché à KJopstock de n*en avoir pas assez resserré lés parties ; d'avoir, dans ses conceptiohs austères, trop négligé les jouissances de Fimagination ; enfin, de n'avoir pas toujours évité, dans les hautes régions où il s'élève , le contact des subtilités théologiques. Mais ces défauts , qui ne spnt que l'exagératidn même des beautés de son ouvrage, n'éni*pèchent point d'y admirer la ôonnoissance profonde de Fesprit du christianismle , le sentiment religieux étudié sous toutes ses formes , lé langage poétique le plus dégagé,pour isdnsi dire , des conditions matérielles de l'existence. Klopstock n'est tombé dans lé cours de son loiig ^ëmè , dans aucun des défauts que nous avons reprochés^ à Miltori. Ce n'est pas qu'il ïùt un pîtis gk*and pôête, ni
même qu'il eut regu de la nature un esprit plus vigoureux; mais il écrivoit un siècle plus tard, et, dans Fintervalle, les idées s'étoient rectifiées; l'antiquité, mieux jugéç, avpit perdu son prestige , l'esprit philosophique ayoit achevé de dégager la religion des fausses notions dont l'ignorance Tavoit d'abord en* tourée» Aussi laMessia^e, moins variée que le poëme de Miltpn , n'en semble pas moins, par l'unité de l'inspiration , par la hauteur soutenue des idées, le plus bel homip^ge peut-être que la poésie moderne ait encore offert au christianisme*
Klopstock n'a pas obtenu moins de succès dans la 'poésie lyrique; et ici même il s'est montré plus original encore. Les beautés du Messie on^ pu lui être inspirées par la lecture de J^filt^n ; mais sespdes lui sont entier remeat propres, et pour la forme et pour le fond. L'un des premiers il a introduit l'usage des vers métriques, fondés sur l'barYnpnie prosodique de la laqgue allemande; souvent imité dfspuis dans ce genre 4^ cconppsition, il en a laissé le$ pluç beau^ modèles- S^ odes peuvent se diviser m trois <ja$j$es : le$ un^
$o|it 4e8tmées, comme sa poésie épique, à cél^rer la grandeur de la création ou les mystères du christianisilie , et elles sont telles qu'on pouYoit les attendre de l'auteur du Messie; d'autres contiafment l'expression profondément sentie des beautés de la nature, ou les acoens de l'amour, passion terrestre il est vrai, mais qui, dans l'âme mé* lancolique du poète, acquiert ce caractèi^ noble et profond qui associe presque son culte au culte même de l'amour divin. Il en est enfin qui , montrant plus particulièrement encore le génie romantique de l'auteur, ont pour objet de rendre à sa nation cette estime de soi-même , qu'elle sembloit avoir perdue , de réveiller dans l'âme des contemporains le goût des souvenirs indigènes et d'une littérature basée sur les traditions particulières k la patrie. Nous avons déjà dit que l'Allemagne presque entière se précipitoit à cette époque vers l'imitation des formes classiques dont la France lui fqurnissoit les modèles.
Kiopstock combattoit >ce<te direction <)es esprits, qui paralysbit à la fois les progrès 'de la littérature et ceux de l'esprit national. H
yantoit à ses concitoyens la ricbesse des sources indigènes dans lesquelles ils dévoient puiser, et l'ascendant d'une poésie conforme à l'opinion et au caractère de lanati<m. Tan* tôt il célèbre dans ses odes la force et Fharnionié dé cette langue allemande , qui , seule entre lés langues d'Occident, n'a point été souillée par le mélange d^un idiome étranger ; tantôt il rappelle les souvenirs de l'ancienne patrie; il évoque les ombres de ses bardes et leur fait chanter les louanges des guer* riers , qui , conduits par Herman ', illustrèrent les forets du Weser par la d^aite de Yarus. Il oppose les dieux. dé l'ancienne Germanie à ]a mythologie des peuples du Midi^ les accords de la harpe d'Ossian aux chants deja. Muse des Grecs. Toujours son^ talent poétique est soutenu par la réfleacioiï
et vivifié par l'enthousiasme national?: pd
* L'Armînias de Tacite. ' • '
• M** de Staël , dans son admirable TaUeau de la Uttàrature aHemainde, a offert la traduction 'de plusieurs pde$4é Klopstpck. Nous allons «^ôutér quelques strophes de cellâ q^'aj^o^r, titre '^f^ mois r à-nôtK
pourroit , il est vrai , reprocher à sa poésie une obscurité hd^ituelle ; la pensée de Tau* teur échappe âam la hardiesse de ses inver* sions, et il semble parfois ne pouvoir attein-
ce O terre que nVnt pas souillëe les pas de T^an- Çer (car ta fus yaiacue, mais jamais conquise); terre vraiment Ubre , tu vis terirainqueurs épouvantés fuir et n^oser te donner des chaînes. L'aigle disparut, et tu restas semblable à toi-même!..* »
, « Us retentissent encore sur les bords du Rhône les fers du conquérant! L'Ebue les porte encore! Et toi, vieux Breton , ne les entends -.tu pas s'agiter dans les mains victorieuses du Danois et du Saxon? »
« Mais tel ne fut pas, sur les rives du Rhin, Tascendant des fik de Romulus. Il fallut souscrire à des conditions, souffrir des représailles; Fépée de Thiuskon vengea ses revers* Le sang de Yarus étouffa le bruit de sa chaîne. »
« Cependant ik donnent ignorés ces guerriers qui te sauvèrent avec la patrie, ô langue de Thiuskon, alors que sur les bords du Weser les fers du conquérant s'engloutirent en silence dans ce tombeau de ses légions ! »
« Et toi aussi, Ossian, long -temps tu dormis dans Foubli ! Tout à coup on t'a tiré de tes ténèbres! Colésse
dre la force dé Facpression qu'en lai^aorifiAnt fat dané de l'idée; mais te définit «d e«t à peioe un aux yeux dSin peuple biJsitué 4 la réflexion, <{ui se {daît à retfvmver Tdbstrac* tion métaphysique sous l'enveloppe même de la poésie.
Klopslock a encore composé quelques ou^ vrages dramatiques m(!»lns connus , dont tous les sujets sont empruntés à nos livres saints. Ainsi, ce génie simple et élevé sembloit ne pouvoir allumer ses inspirations que sur l'autel de la religion ou celui de la patrie.