CHAPITRE VI
Des caractères distînctifi» de la tiftérifliire n>mMiti(}ti«.
Nous venons d'expliquer l'o^ig^na de la littérature romantique , et d'exposer le ta* bleau de quelques unes de ses produetionj^ les plus remarqusJ^les 4^puis ses premiers temps jusqu'à nos^-p^irs. Nous avons dit qu'elle devoitétrecoiisidérée comme l'expression particulière de la civilisation moderne; que tel étoit le principe général auquel se rattache son mode individuel d'existence.
Mais cette définition , qui n'apprend que. son origine, ne suffit pas pour faire connoître sa nature ; il faut maintenant chercher dans la diversité même des productions que nous avons analysées , les traits partiçy||i.iers qui la caractérisent , commç conséquence de ce principe , les comparer à ceux qui nous sont
offerts par la littérature^idassique , et montrer enfin la liaison de chacun d'eux avec les détails de la civilisaiiit^n qu'elle représente. Au premier abord , cette tâche paroît trèsvaste, et elle le seroit en effet si, dans un sujet aussi coifi|p|îqué, il fallait distinguer toutes les nuances , expliquer toutes les exceptions, répondre à toutes les difficultés.
Mais ici nous nous contenterons d'indiquer ceux de ces traits dont le contraste est le plus marqué et le moins sujet au doute, et nous laisserons au lecteur le soin d'étendre ou d'achever le tahieau. Surtout nous montrerons qu'ici, comme dans la littérature antique , les qualités et les défauts naissent à la fois des circonstances , et que presque diaque résultat littéraire, a son antécédent dans les faits physiques ou dans les données politiques.
Un premier trait caractéristique , qui n'a point Ifiiappé aux adversaires de la littérature romantique , et dont ils ont même fait
le fon4ein^M; l]|abituel de leurs crilîquefi, consiste en ce que la lit^rature romantique n'admet poipt au miêpne degré que les littératures anciepne et classique , les classifications exactes et l'application des règles littéraire», qui sont.propitBs à cette-rOi- Maïs ce &it n'est pas tant , ccmmie cm l'a dit, la Conséquence d'un système admis d'avance par elle , que le résultat d'une différence qu'étar bUt ^itre les deux littératures leur mode par*ticuliir d'originç, ainsi que nous allons l'expliquw-
Qu'oa j^e les jenm sur les littératures .ancienne et romantique, on verra la première naître dans le sein d'un peuple qui parloit une lâeme lanf^ue , habitoit le même climat, vivoit sous l'influence absolue des mêmes circonstances. Transportée çn Italie , elle y. a été imitée sans presque dévier de son principe. La littérature romantique au contraire s'est établie au sein de nations liées, il est vrai , par un principe c(Hnmun de civilisation , pour lesquelles existoit , quant à la langue , au climat et au genre de vie, un ordre de choses opposé sous beaucoup de rapports.
Mai^^ fané a participé <léTuMté des oiiises qui lui ont doatué naissance-, l'autre dMt se i*esseiitir de même de lëu^ éompliciLlio».' Les écrits des anciens ont un type de siibplleité V qui en !&it le caractère le plus eônsltant ; circiônserits daâs' tertâkleis formes j ils s'ôiSrekit à f esprit sôus'tm aspect ^ rêguKer ^ symé^trique , qni ' rfy laisse eiitrefroir de différe«ices que celles qui proviennent de la nature individildle du ^éniëderâûteui^. H aêté feciled'y saisir des rapports jgénéraut , à Taîde desquels on y a intisoduit ttea divisienft , et classé) poiir ainsi dîM, ces proéiicIMnft de Fintelligenoe , comm^ les^ naturàtistes celles de la nature/ Àriscote ' a dénné Texeoîpie d'une telle analyse pour la littérature de 's^ patrie; Horace en fit autant pour celle des Latins , et leur moderne imitaj^r ,^ Boileau ^ a obtenu les .mettes succès pour les l<çttres classiques , en France. Mais^uarïd on ^saie la même opération sur les productioils de la littérature romantique, uiie insunnontablè dffîeulté se présente , parce que la même simplicité n'existe plus.
On a beaucoup disputé sur les règles en
littéralure. I^ur uéoctssité ji paru 4éaipa* trée 4 .certains esprite^ tandis qiie^ d^Wtrfîs ToRt «ntièranent re|etiée ; c'c^t sur cet|;e question d'utîtité qu'ont porté la plupart çLçs dîsGî|u;sions. Mais on peut ausai $^ deçiwd^r ce qu'elles eont lenrelks^meoies^ et «aloi^ il est difficile de voir dans la pluparjt de x^^Ue;^ qui oflit été jusqu'aujourd'bAii pv^simtée^j autre dl|b0se que des aliBtmcti^^iis tirées. flp la généralité des &its. Youki^r^ avec ç^tffins critiques^ les placer â jfmori dan$ l'iptelligenee, et teor donner ainsi une autp'rité absolue, c'est en mécoonoitrelaÂatwe, ou s'enesagérer singuliènwaent l'importa^pe.
L'analyse saîsti; dans la diveifjjté das déUJJ^? les analpgies d'iensaffibie , et en jcrée . \m^ sorte de fonniaie à laquelle eU^ donii^li'aHr torité du nom et de fesemple. Studiôes dtlts la plupart des oritique^y elles n'y ^nontnent point d'autre origine, e| i^Wt là mie P^MI>vation qui sera reproduite dent la ^suite d^ cet écrit. Dès lors , plus les ouvrages que l'on considère seront simples, plus ils se prêteront facilement à cette opération de l'intelligence , et plus ses résultats auront de force
et de fixité. Mais quand j dans un vaste .ensenaMe d'idées, les effets seront influencés par un grand nombre de causes , une telle opérattoBLn'ofirira plus les mêmes chances cte succès ; il faudra renoncer à cette régularité que l-esprit veut introduire dans les dioses, sans qu'elle y existe en effet, et ce qui est réellement composé ne pourra plus étf^ exprimé par des lois aussi simples. Tel semble être le cas de la littérature romantique; on tenteroit Tainement d'en. faine un systèmîe littéraire , aussi régulièrement mesuré dans ses dimensions, aussi bien fixé dans ses limitèsy.que l'est la littérature classique. Nul aulbur n'a encore tenté d'y introduire le genre 4q classification , auquel on a sotunis les productions de celle-ci. Mais cette différoice est bien moins VeSet d'un principe antérieurement adopté, comme on Fa sou- ^MBt prétendu , que la conséquence même de son mode partimilier d'existence^.
En général, les'àutétirs romantiques con-> çoivent leurs compositions dans tin sens plus vaste que les anciens, et leur donnent uâ j^us grand degré de complication et de tfêadSloppement. Simplicité d'action , 4coqomie^ de moyens , sont le caractère consf^anl ties productions de Tantiquité. Et cette diflférence ne doit pas être regardée comme accidentelle dans les deux littératures : elle tient au génie propre aux deux nations , et se rattadie à toutes celles qui présentent chez elles les progrès des lettres et le goût des arts.
L'unité de constitution des peuples anciens leur faisoit goûter exclusivement les beautés simples et régulières qui en sont ime sorte de représentation. La sculpture est de tous les beaux-arts celui qu'ils paroissent avoir cultivé avec le plus de succès , parce qu'ils retrouvoient dans la simplicité de ses créa* tions l'expression de cette unité morale qui plaisoit à leur esprit; la jouissance pour eux naissoit surtout de la contemplation : les
modernes la cherchent plutôt dans la succession rapide des émotions ; et il semble que plus la vie extérieure , ^ af^tée jadis , est devenue ré|§[uUèr6 , plue ils-^ is^nfeçiit le b<9$oin d'échapper die cette mwière à ^Jd uniformité. Dan^ les arts» ils ioxit miem^ ireu4u l»^ effets y^sA^ et animé» de la pâture q^ le»
coQceftfipiis simples et ^ymétriqu^ à^fiï^ IfSMu^Jn critique madôroe, «oiuiparant sou»
c« rapport les deux peuples ^ a dit que le$ sculpteurs moderoes sout tFpp peintres 4»»
IçAir^ icmvrages , comme kis peiutres Mi^iens paroi^eut ayoir été trop seulpt^uirs .daii$ leurs tableaiux; et la ju3tessie de pette.obiw^ vation montre en effet cette différeoœ de goût .et de ^énie, coomne elle >en exprime heunrasemenl; les effets. 0& la retrouve avec la mkéme ôd^té dam les produictions 4e la littérature , toutes les ibis que ies mo^rs^ ont pu s'y livrer à leurs seules ia^iratio&fi. Dans la poésie dramatique, par exemple , quel imaoaense intervalle de la simplicité de la tragédie athénienne aux eompositions vastes et compliquées des auÉeurs anglais ^ espagnols ou allemands ! De même, l'épopée
ancienne n'est qu'un récit prolongé où les événemens se déroulent lentement sans incident et sans intrigue. La véritable épopée modems 9 celle 4ont rAriosteéKle Tasse ont pJEfeJTt; Fe^eniple, semble être dam sa corn* plii^ation la réumon de plusieurs poéynes an<^ ciens^ et foi^de ses effets sur une tout aufre dbpositicHi de l'esprit. Sans doute , beaucoup d'exoeptiotts se présentent parmi les ino, demes , et même; parmi des auteurs qui ap* partiennent d'ailleurs à l'école romantique.
En Allemagne , Yoss , <^ plusieurs autres après lui y épris <}a génie des anciens , ont tê^ché de reproduire dm& quelques écrits le g^^re de simplicité qui les caraotéHsie ; mais ce cas particulier jue nom parott point détruire la géiMâralité de nos observatiotQ^, Comme nos auteurs classiques , ils sont alors devenus imitateurs , et le genre qu'ils, ont propagé p'en reste pas moins e» d^ors des inventions propres au génie Uttéxmnt des mo4ern€^«
Un autrci^it distinctif de la littérature, moins général peut-être que le précédent, rentre plus profondément encore dans son esprit. Les auteurs romantiques évitent de donner à leurs ouvrages le but précis et didactique qu'on remarque d'ordinaire dans les compositions claissiques ; ils peignent la nature avec fidélité , mais sans parpître se rendre compte à eux-mêmes de l'intention du tableau, et comme s'ils regardoient tout résultat usuel et pratique comme au-dessous de la dignité de l'art. La jouissance vague , fondée sur la peinture des sentimens et des pensées, est tout ce qui résulte de la lecture de leurs ouvrages. Le lecteur est affecté sans prévoir où son émotion doit le conduire , et le but de sa jouissance lui échappe alors m^me qu'il jouit le plus. La musique , qu'on a si souvent comparée à la poésie , peut^nner dans son action sur l'âme la mesure de ces effets; ses sons excitent en npus^g^Ue émotions diverees , mille souvenirs mêlés et
confus, sans rien nous apprendre sur leur objet, et sans en laisser d'autres traces que la vague et inexprimable rêverie' qui raccompagne. Un coup d'œil jeté sur les deux littératores achèvera d'éclaircir notre pensée. Les auteurs classiqilte& se plaiseût à donner k \euT§ compositions une forme déterminée qui permet de les rapporter facilement à tel ou tel genre de littérature. On reconnoît dan& reufiéSable im but que Fauteur ne perd îamais 'de vtiî^, et autour duquel, comme centre conm^un , il coordonne les fils de son ouvrage. Ce but , caché parfois sous les détails, semble appartenir à la partie positive de son esprit , comme ces détails eux-mêmes appartiennent à la partie poétique de son talent. Il ne s*agit pas seulement pour lui d'exposer aux yeux le tableau mobile et varié des passions humaines ; de peindre l'homme dans toutes les relations où la société le présente , ou dans lesquelles l'imagination , plus féconde encore, peut le concevoir, il faut, de pftas , que ses tableaux offrent quelques résultats pratiques dont l'esprit soit amené à reconnoitre la vérité et la nécessité. Ainsi ,
ÏQO
dans la littérature dramatique ^ les classiques modernes ont , d'après les anciens , mis au premier rang ce qu'ils ont appelé comédie de caractère. L'auteur y trace une image de la société, non d'une manière purement abstraite et poétique , msés d^is ce sens au contraire que tout y concourt à £aiire saisir à l'esprit la peinture d'un vice ou d'un travers déterminé ; et la marche de l'action est tellement disposée, que ce vice ou' ce travers finissent toujours par attirer sur le pefson^ nage qui en est atteint, la punition qu'il mérite ou le ridicule qu'il craint. Il semble que le spectateur; averti par l'exemple, doive tirer de ce qu'il a vu une conséquence utile , et prendre une leçon def conduite plutôt qu'un délassem^it de l'esprit. Les comiques grecs sdloient plus l(Kn : ce n'étoit plus le vice en général qu'ils peignoient, mais l'in* dividu lui-même. Certaines pièces d'Aristophane sont des discussions politiques transportées de la tribune sur le théâtre. Le même principe a donné naissance , parmi les tihs^ siques , à l'épître, à la satire, au poëme dési-' gné par le nom de didactique. Toujours ce
but d'instruction ou d'utilité semble dominer, et ces écrits oM tous pour épigraphe le fameux précepte de l'ancien législateur du Parnasse ^ gue le comble de fart est de réunir Futile à r agréable.
Ces divers genres de composition sont à peu près étrangers aux auteurs romantiques, et rarement on ti^uve dans leurs ouvrages ce mélange d'instruction et d'amusement, cette ordonnance de toutes les parties vers une même fin, qui peuvent se rencontrer dans fimaginatidn du poète , mais qué'n'offre guère la vie réelle. L'auteur, plus vague dans ses tableaux, retrouve des situations et des sentimens dont chacun peut apprécier les effets et reconnoître la justesse* Mais c'est là tout; s'il a intéressé, son faut est rempli , et vainquent lui demanderoit<*on un compte exact du résultat pratique qu'il en faut tirer. Ce système, au premier abord, paroît oUfrir un degré de perfection de moins. Cepehdant on peut se demander s'il est, dans la réalité, moins fidèle à la nature et moins conforme au véritable ^énie de la poésie. D'abord, il n'arrive guère dans la vie que les événemens
se rangent d'eux-mêmes au gré de la raison ou de la justice. Le mon^t extérieur offre une vaste dKue où les intérêts et les passions se combattent de mille manières. La victoire reste à la force ou à la ruse; mais le plus souvent la vertu n'est pas une cause de succès , ni le vice une cause de chute , et' c'est là sans doute ce qui Q&l: le prix de celle-ci. Les anciens, observateurs judicieux de la natu^ , avoient bien senti l'influence de cette vérité dans l'ordre moral , et ils l'avoient expriméffdaps leur littérature , en plaçant^e ressort tragiijpe dans Fascendant de cette puissance aveugle , nommée par eux destinée , qui dispose des événemens sans s'arrêter aux combinaisons de la prudence humaine , et ne laisse d'autre ressource , que de plaindre ses victimes ou de détecter ses £siveurs. En gênérai , c'est ailleurs que dans les incidais de la scène du monde qu'il faut chercher des leçons d» morale et dé vertu; et le poète qui nous offre la peinture de cette scène, telle qu'elle, existe en effet, flottante au gré d'une puissance sage sans doute dans ses vues, mais souvent inexplicable pour nous dans ses effets,
et qui p)ace le princi|>e ^ la récompense des TertusV dans les lois de rinteUî|ence et dans les préceptes de la religion, est bien plus près de la vérité et de la réalité.
Nous avons dit encore que cette mamère de voir étôit plus conforme, à l'essence ihi génie poétique; et, en effet, ce seroit pren* dre de la poésie et des beaux-arts en général une assez fausse idée, que de leur donner ce but d'utilité pratique, qui leur ôte téuir io* dépendance d'existence pour en faire l'acce»» soire d'un genre étranger. Le poète veut plaire, intéresser, toucher; il laisse à d'autres le soin de régler et d'instruire , et c'est au sentiment plus encore qu'à l'intelligence qu'il doit compte de ses effets. Qn connoît le met de ce géomètre, qui dema^ad^it au sortir d'ime représentation de Phèdrq :
Qu^eàt^4)e que cela prouve ? Beaucoup d'esprits, sans s*en douter, semblent l'avoir pris pour devise, et il seroit la conséquence obligée idù systètne qui subordonneroit reffet poétique du talent à son utilité. Chaque art a^^çiji hut^t sa marche et se$ moyens. Deipan4er de lui autre chose que ce que sa nature peut foi^r-
nir n'est point l'^ridur, comme pfroisserit le croire^plusieurs écrivainà,inais l'apjwwivrir réellement'.
^' Oh trouve dAn$ les opinian» d'tlïi critique du dié^eptikue stàcle tasi si ^ étrange temple des erreurs oi ce . syaàim» à'uftiiii a , pu , jete^ des Ikt^rateiurs , d'ai%pr* Qstiiiiables^ qu'on i^oûfi penne^tra d'irtfistfr quelque, |eny).s sur pe sujet. ,; , . ^ ,*
Selon le 9. Lèbossu (Traité du Pdëfaè épiqué* Il'i, «hap^ 3 et 8iuT.)v l'épapëe est «on discours 'immté H a^ec art pour former les naçet^rs p^r des în^ructions » djig^is^ées sous les allégories d'Hoes action impor- » tante»; elle a selon lui pour objjet^ comme Tapelogue , d^ îaire arriver à Tesprit d'une manière poétique la cbnrioîssançe d'iine vérité morale, Pôurjîistifiér cette définition, te critique soutient qu^ l'Uiadé est'une fable ima^nëe parETomeré pbîfr imontreir aux fîfrecs «c que la mësintelligëncb des prîàcèi ruine li^rs^ p'roj» pi^s EtHh ^ L'Qdysiée ^ son VMûr a eopottribut de leur prouver ic que l'ab&et^e, d'une personne hors de » chez ^oi,' ou qui n'a point l'œil à ce quj ç'j.f^i^, y » cause de grands désordres. » L'Enéide enfin n a eu d'autre objet que de faire sentir aux empereurs romains «tl^'âviânfagek d'un gouvernement doux et moiï^dére^ s^Uneconduite'diireet sévère, qui n^'înspire n'qoièh'ttiiïité. » ^11 faut yoiï«dàn^r<}u virage même' le
Parmi les auteurs romantiques qui don* nent le mieux l'idée de ce genre d'effets , il faut mettre Goethe au premier rang. Nous
dëveloppement de ces singulières propositions ; il faut y YÔiT surtout de quelle façon le critique fait dépendre de ce système de moralité le mode de composition du poëme épique. Selon lui, Homère et Virgile, après avoir ainsi fait choix du précepte de morale quHls vouloîent développer , « ont cherché dans Fhistoire ou » dans les&bles reçues, quelques héros dont ils pussent » emprunter les noms et auxquels ils pussent faire » jouer leurs personnages. » Homère , par exemple , « a choisi pour développer la irioralhé de Flliade , le » siège de Troie ; il a doimé la qualité de rois à ses 9 personnages ; il a nomm^ AchiUe son fantôme vatl- » lant et colère , Agamemnon son général , Hector le » chef des ennemis, etc. » ; et tout cela précisément de la même manière qu'Eso]pe, dan^ une fable dont la moralité revient à celle de FIliade , a donné à ses pérè'ônnagës le nom de haies ^ et nommé môaton^ ce ^e le poète appelle Grecs, «Car, dit le critique, -il im'*- » porte peu pour la nature de la fable que-Pon prenne » des noms de bétes où des noms d'hommes; e^sroH » qù* Hector se rue sur les Grecs divisés et leur faëse » porter les peines de la folie de leuts souverains', soit » que te loup se rue sur les moutons pendant que les >» chiens se mordent et se déchirent^ c^eét lorijoWr* la
avons d^à dit que Goethe peignoit la nature sans autre but que de la peindre, et que le théâtre , la poésie ^t les romans , n'étoient
^ » morale que le jpoete a dessein d'enseigner allëgori-
I M quement. » Telles sont les rêveries que quelques
phrases mal interprétées d'Aristo^e ont fait proposer comme des vérités, par un Jbomme d'ailleurs instruit et de bon sens : coitime s'il «ût voulu montrer qu'en littérature, de même qu^en philosophie, il n'est point de paradoxe où l'esprit de système ne puisse conduire. Mais ce qui n^étonne guère moins que les idées du P. Lebossu , c''est 1q jugement qu'en porte un littéraleur aussi distingué qde Marmontel ( Poétîq. française, ch. 8 et i3). Il n'ose point contredire formellement le système du critique ; il se contente d'avancer que les choses ^aaroîent pu se passer autrement. f< Je veux , » dit-il, croire avec Lebossu qu'Homère, comme La n Fontaine, commença par inventer la moralité de ses » poëmes, et puis l'action et puis les personnages... » Mais supposons que le dessiein de l'Iliade lui fût venu » d'une autre manière...; l'Iliade en seroit-elle moins » un poëme? Homère en seroit-il moins un poëte? etc. » ^e voilà-t-il pas un doute parfaitement placé! Le même l auteur, sans adopter les explications que donne son
devaiqtcîer du sens moral de l'Odyssée et de l'Enéide , n^en -veut pas moins que l'action principale de l'épopée
^97 pour lui que des enveloppes diverses , sous lesquelles il se plaisoit à faire naître des émotions et à communiquer des pensées indé-
se termine hMae moralité dont elle soit le dëyeloppement; «et plus, dit-il, c^tte vérité morale aura de » poids , plus la fable aura d^impoitanee. » Il diffère de Lebossu en ce que cette moralité , selon lui , n'a pas besoin d'être cachée sous le voile d'une allégorie ; il suffit qu'elle résulte directement du sujet. Dans ce système , il explique àr sa façon la moralité de l'Iliade , de la PJbarsale , et de la Henriâde. Tel fut l'aspect sous lequel les critiques des derniers siècles < ont trop souvent envisagé les beaux -arts. On pourroit, en jugeant Marmontel lui -même, opposer aux. opinions du critique les propres ouvrages de Fauteur. Quelle moralité prétend - il avoir cackée dans son poëme , d'aiUeurs si intéressant, des IncasP quel sens moral renferme la destruction de ces malheureux Indiens? £t quand il nous a montré l'innocence et le bon droit luttant sans succès contre la force et l'audace, la religion et l'humanité foulées aux pieds , et une poignée d'assassins exterminant au nom de Dieu des milliers de victimes, quelle règle finale de vertu veut-il que nous tirions d'un tel tableau? Peut-être dira-t-il qu'il a voulu inspirer l'horreur du fanatisme. Mais telle n'est point la moralité que le critique eptend. D'après lui, la passion.
pendantes de la forme générale de l'ouvrage.
Les pièces de Schakespear présentent fréquemmentleméme caractère. On se demande, après avoir lu Hamlet, quelle a pu être la
pour âYoir sa moralité, doit être funeste à celui qui s'y livre ; c'est une idée qu'il développe avec soin en Fappujant de l'exemple d'Homère; et , dans son livre comme dans l'histoire , le fanatisme obtient un triomphe complet. De telles contradictions étonneroient davantage , si elles n'avoient leur source dans la nature même du talent poétique ; il semble exister pour lui un ins- ' tinct inné qui le garantit des erreurs de l'esprit de système. Nous sommes loin de nier qu'un poëme épique ne puisse offrir d'excellentes leçons de morale et de vertu; mais ces leçons doivent s'y trouver naturellement , comme dans les événemens même de la vie ; le poète ne doit pas avoir pour but de les y placer, ni prétendre être plus sage que la Providence, qui a voulu que nous apprissions nos devoirs d'une source surhumaine ou des lumières de la raison , et non des résultats des choses de ce monde. Au reste, veut -on savoir sur quel genre de preuves le P. Lebossu fonde son système? Horace, dans une de ses épitres, a dit, en poëte , que les règles de conduite et de morale renfermées dans les vers d'Homère instruisoient mieux que toutes les déclamations de l'école. Telle pa-
'99 pensée de l'auteur dans la conceptiaii de cet ouvrage , interprété en tant de sens divers par la critique; et cepaidantî| n'est peutêtre pas dans le cours de la pièce un seul trait dont on ne retrouve dans la nature l'origine et l'explication. Plusieurs comédies 4tt même auteur semblent' le jeu libre et vague dSme imagination féconde , qui crée sans autre but que celui de la- création, et où là pensée, errante d'objets en objets, n'a d'autre dessein que de jouir de sa propice activité. De
roît être du moins la pensée contenue dans ces vers :
. . . Quid sit pulchrum, q[«id turpe^ quid utile vel non Homerus melius Lysippo ac Crantore dicit.
critique, s'attachant ati sens Uttëra}, 9n><;ginçlut <|U^ Horace a voulu assimiler Tlliade aux ouvcages def sophistes dont il parle ^ et c'est sur cç jFondpiç.^i^t^ qu'il transforme le poëme ëpique en un traite de naorale , et le chantre inspiré d'Achille en un faiseur aapologûes. Mais ces opinions étonnent moins dans la bouche d'un critique qui débute par définir la poésie à pi'eu'^près comme on définiroit un métier : Part de faire toutes sortes de poèmes.
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nos.jouf^, un poëte anglais célèbre a bien compris quels effets on doit attendre d'un genre semblable de composition. LordByron, dans ses créations originales , peint des hommes dont les passions et le caractère semblent appartenir à une nature plus relevée ; mais, comme vsi le prestige de leur supériorité djevoit s'évanouir ayec la connoissance y entière de leur vie, sa main laisse sur une partie du tableau le voile dont elle affranchit l'autre, et force l'imagination ébranlée d'en achever elle-même les contours. Un intérêt puissant s'attache à cette peinture incertaine de la destinée. L'esprit, contune transporté dans une région inconnue , cherche, à l'aide de quelques lueurs, d'en saisir l'ensemble, et, au milieu des ombres qui les entourent, les scènes isolées se détachent plus brillantes et plus animées; l'imagination se frappe comme la vue , à l!aide de l'obscurité , qui exagère les proportions des objets et leur prête une apparence merveilleuse dont les dépouilleroit une lumière plus vive.
lot
Vf.
Les qualités s'enchaînent en littérature comme les idées se tiennent dans notre esprit. Celle qui vient d'être décrite se rattache à une seconde plus fréquemment obserVéç dans la littérature romantique , et qui lofi^* temps a passé pour en faire le seul car^jptère; nous voulons dire la peinture de cette disposition de l'âme à laquelle on a donné le nom de Mélancolie.
Ici encore se montre , entre les deux littératures ancienne et romantique , un contraste signalé dès long-temps , par un écrivain célèbre, mais dont, dans un de ses premiers écrits , il s'est peut-être exagéré les conséquences'. Sans aller jusqu'à prétendre . que
I i^ne Je Staël (voy. ci-dessus Fanaljse de son ouvrage) a YU dans le penchant mëlancolique de Pesprit le caractère exclusif des temps modernes, et a cru même pouvoir rattacher aux dëveloppemens successifs de ce penchant les progrès Ëiits par les lettres et la civilisation depuis les temps anciens jusqu^à nos jours«
cette sorte de maladie de Tâme , si commune parmi nous, fut inconnue aux anciens, au moins peut-on dire que la peinture en est bien rare dans leurs écrits ^ si même elle s'y trouve. Ces peuples , entourés d'une nature riante et sereine , imbus d'une religion toute physique et placée dans le seul prései^t, sans cesse occupés des intérêts matériels de l'existence, ou des soins qu'exigeoit la conservation poliliipie de leur état , ne portoient dans l'ensemble de leur constitution aucune cause capable d'en nourrir en eux le germe. Vouloir, avec quelques critiques , en trouver partout l'expression dans leur littérature , c'est chercher une contradiction dans cette antiquité si conséquente avec elle-même , si fidèle à sa propre nature. Les poèmes d'Homère etles autres compositions des temps anciens de la Grèce , appartiennent à des mœurs et à un ordre d'idées trop différens , pour qu'il soit nécessaire d'en faire ressortir le contraste. On pourroit, dans la littérature athénienne, s'appuyer avec plus de fondement de quelques compositions tragiques qui en imitent le caractère. Dans Œdipe à Colonne, par
exemple , une teinte sombre et religieuse règne dans tout le cours de l'ouvrage : c'est l'expression de l'abattement où jettent de longues .infortunes , celle du «^me qui succède sur lé soir de la vie , aux orages des passions, où de la confiance de la vertu, victorieuse dans la lutte contre la destinée. Mais c^ sentimens, quelque noble et touchant qu'en soit le caractère , ont encore une autre origine , et répondent pour ainsi dire à une autre £siculté de notre âme. Parmi les Latins , Virgile a été le plus souvent cité par ceux qui, tout en blâmant le genre, ont voulu contester aux modernes la priorité de l'invention. Il y a, en effet, dans la poésie de Virgile une douceur et une délicatesse siipérieures à tout ce que l'antiquité offre de semblable : les épisodes d'Orphée , de Nisus et Euryale , ont un attrait tendre et touchant , qui fait admirer la sensibilité d'âme et ïe- ta» lent du poëte. Mais cet attrait , à le bien examiner, naît plus encore de •l'harmonie des vers et du charme des comparaisons ,-que de la M)uveauté des sentimens qu'ils expriment ; ni la tendresse conjugale d'Orphée , ni le dé-
ao4
vouement de Nisus , ne sortent du cercle général d'idées dont on retrouve ailleurs la peinture dans l'antiquité. Virgile lui-même n'a pas été pKts heureux que les autres auteurs anciens , dans la description de celle des passions qui dispose le plus à la mélancolie. L'amour, et surtout l'amour malheureux, dépouillé dans ses vers de son charme idéal et mélancolique , est peintcommeune flamme qui s'attache aux sens , comme im égarement physique où la divinité entraine les mortels qu'elle veut punir; et, par une bizarrerie dont l'antiquité offre plusieurs autres exemples, c'est à ime amitié suspecte dans ses moeurs que Virgile a prêté quelques uns des traits de l'amour véritable. Les élégiaques latins , tout en confondant ce sentiment avec la volupté, en ont parfois bien mieux saisi les effets. Un autre poète latin , placé à côté du chantre de l'Enéide, achève d'erpUquer ce caractèi*e positif de la muse élégiaque des anciens. Horace , ce chantre aimable êes amours et des plaisirs , tire quelquefois aussi de sa lyre des accords sombres et doqfeureux. C'est alors la nécessité de la mort qui
l'avertit de jouir des bienfaits de la vie; c'est l'image menaçante de l'avenir qui rehausse lés charmes du présent, ou l'instabilité de la fortune qui lui apprend à se défier de ses faveurs; c'est enfin le retour sur elle-même d'effilé philosophie prévoyante , qui l'accoutume d'avance à la perte des biens dont la jouissance ne lui est que momentanément accordée. Mais ces préceptes de la sagesse antiq^0 y ce langage de l'école d'Epicure , si hàbilei^ie^t mêlé aux riantes images de la poésie , sont encore bien éloignés du senti- .ment, à la fois vague et profond, désigné par les modernes sous le nom de mélancolie.
Les langues même de l'antiquité n'ont point de terme qui en exprime le vnii sens. Les anciens, qui approfondissoient si bien la vie , bomoient là leur étude; leur génie positif repoussoit tout ce qui sembloit tenir à des besoins factices de l'âme. L'idéal , qu'ils connurent si bien dans les arts , resta toujours en dehors de leUr littérature, soit qu'ils ne l'y aient point conçu ^ soit qu'ils l'aient jugé trop contraire à la vérité , premier besoin de leur esprit.
Cest dans notre climat, dans notre reli* gion y dans nos inœcirs , qu'il en Êiut placer les causes , comme c'ist dans notre littérature qu'il en faut chercher des exemples. Le fi|iec* tacle de la nature vers le Nord porte up.e expression de tristesse inconnue aux champs brillans du Midi. La r<êVêrie est fille de ce ciel, qui refuse sa lumière, de cette terre qu'on diroit vouloir se parer en été du deuil de ses longs hivers. L'âme , à son tour, toujours frappée par la même impression , en reçoit l'empreinte et revêt à la longue les couleurs de la nature qui l'entoure. Le génie mélancolique d'Ossian rappelle la sombre atmosphère dés Hébrides, comme les. riantes fictions d'Homère sem}>lent emprimtées au soleil éclatant de la Grèce ; et l'influencé du climat, tant exagérée ailleurs, ne sauroit être méconnue ici. La religion chrétienne , à son tour , ce culte de mystère et dé contemplation , qui place l'homime en dehors de sa propre existence , et fait de son séjour sur la terre le lieu de sq^ ^xil; la religion chrétienne semble faite pojar nourrir en Occident ce penchant déjà favorisé par la nature* Quel
détachement de la vie , quel profond abattement de l'âme fait ^uppoder ce goût, si général jadis, de la vie inonastiqûe ! .Enfia, il jr a dans la sodété moderne une impossibilité d'agir qui tourné àu-dédansi toute Tàclivité des esprits. Quand les intâ^éts politic^s iont ééssé^ d'exister 'âCtiTenieïrt pdur' la massé; quand dànâ le monde 'toC|s4èi^ rstiigs-sont fnarquéi , toutes lés piaces occupées , qtiànd chaque carrière est fixée d'avaiice par la fortune où la naissance;' et qtte Tordre sôdàl, réduit en quelque sorte à sa plus simple éxpl^ssion,ne se soutient plus que par le repos même de ses membres , c'est dans l'imagination que se réfugie ce besoin d'activité ^ùî tourmente certaines âmes. Mais l'imagi'^ nation, puissance dangereuse , 'ie doiitèhtê rarement delà réalité des choses ; et,' quand on s'est complu avec elle dâiis les illusiôiis d*un monde idéal, c'est avec dégoût qu'on retombe sur les intérêts vulgaires 'et lés devoirs moribtones du mionderéel. Alors naît, de l'excès même des forcée de la vie , la mélancolie, ce mal mioral qtri les consume; heureux enc(ire qtsand les cwiyaiicés reli^eiisès
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lui donnent un but, et quand les passions n'en aigrissent pas le caradtère !
C'est à peindï*e les divers états de Fâme (jue se scHit attachés les auteurs romantiques ; et s'il étoit vrai qu'ils eussent emprunté aux anciens la première idée de cette peinture , au moins faudroit-il convenir qu'ils lui ont donné.une étendue et une perfection qui les. met bien au-dessus des premiers inventeurs. Au milieu des exemples qui se pressent dans laménaoire^ quelques citations achèveront de fixer le sens de ces tableaux. Parmi nous, l'auteur du Génie du Christianisme a décrit, diins l'épisode de René ^ ces vagues désirs et ces loqgs tourmens d'une âme rêveuse et solitaire , que rien de ce qui l'entoure ne satisfait, et qui trouve dans sa propre pensée le plus cruel ennemi de sbn bonheur. Young, chez \e& Anglais, a exprimé , avec une énergie inconnue jusqu'alors , les effets sur, la pensée de^ dogmes austères du christianisme, et cette mjâ^ncoUe profonde qui saisit l'âme à l'aspect de cet infini qui la presse de toutes parts.
Mais c'est surtout parsçii les Allemands qi^ ce genre de sentimens a troi)¥é ses plus nom-
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breux Interprètes , et nu^utre n'es|; plus en harmoiiie avec le caractère de cette nation.
Klopstodk j dans son Messie et dans ses odes , alieureusement reproduit les sombres effets de la muse d'Young. Schiller, dans sa%|Kèésie lyrique , a prêté à l'expression des sentimens mélancoliques , sinon un caractère aussi profond, au inoins un charme plus doux et plus touchant. La mélancolie de Schiller est un indéfinissable mélange de philosophie et dé sensibilité ; elle est à la fois celle du poëte qui sent , et di^ sage qui raisonne, et son ef* fet est d'autant plus sûr que râfïecta:tion , écueil ordinaire des écrivains en ce genre , lui est tots^ment étrangère , soit que , dans une naïve bidls^de, Schiller reproduise les r4citsmélancoUques du passé, «oit que, dans sa poésie inspirée , il peigne le retour sur eHeméme d'une âme qi)e l'expérience, désabusf de la vie, et* qui pleure, en avançant dans la canière 9 tant de croya^ce^ généiMses, tant dd' nobles espérances, perdues sans retour.
Toujoui's on seç^t que les ^ntimens qu'il exprime sont qeivx dont il est lui-mémé rempli, et que c'est de l'âme du poète que sa raé*
ianeolie est passéo-^ans son â(tyle. (îoëthe^ comme râuteurd,e René, a peint dans Wferther ce malaise d'ime âme déplacée au mflieu d'mie société qui ne peut la comprendre , mai«']^ar laquelle les passions augmentetat l'activité de cette sôaf{ii^ce et décident à la fin. ^6 la-destinée* • ' .
t^' poètes àilmm^i^ ont «urtout rendu afteô bonheur, les ëffetis de la nature sur rimag^teition, OBlite réaction dû- inohde des sens -sur tel Wondè de Flntelligénce , dont Ossian a fotii'ni les .prcpsiiérs^ modèles; ètFbo sent 4 la fidélité dé leurs t^leaux , qu'ik en ont puisé Fimspiration dans l'objet même qu'as rr^présenteiït. Quelqueià odes de Klop* stôdC) lës^éprits dé llérder^ de Tiedge, de Matthison ^ de - K.os€!gakefn ,. et de $^eaUcè>ii{) d^tres encore I plairont tèuj0«Afs> à cçint qui cbërchent d|uis la ;poésîev luî senti-' ment vrai des beautés de la ^atun^ et dçs émotions qpi^inspire la vatiééé kiis son ^êctacle. La poésie descriptive V en e£fet^ Client de bien pès au penchât Hâélancoliqiié^ de l'esprit^ et presque toujours, en littérature| on voit ces deux genres naifire en même
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temp» et des mêmes causes, et se prêter un mutuel appui. Nous avons émis ailleui^s sur ce sujet quelques idées auxquelles, pour plus de brièveté , nous renvoyons le lecteur*. ^ Airisi e$t née danâ la Kttérâture romantique, et de causes proprés à notre civilisation, cette source d'efifett littéraires inconnus à l'antiquité: On a dit quelquefois qu'il y avoit peu de vérité dans éette peinture, et que la Rature rie comportoit pas de tels ieiitimens. Sans doute tous les esprits ne sont pas également susceptibles de les éprouver ; mais que deviendroiént la poésie et les beaux-arts , en géuérsi] s'fls dévoient borner rhorizon de leurs créations au cercle d'idées que tous les bommes ont en coHUoim ? Il est dans la nature même une natul^ privilégiéie, qui ^it être surtout l'objet dé L'imitation.
Admettre pour la littérature un^ autre prinf cipe, seroit finir par réduire l'iuniniieà'ises. beecMBs physiques y et \k littératars à deve^ nir l'etpression de ces betoins; Cdst ^ il fiaLUt
* Vôjr. d dcfM«^ Uhè ti^é sut- Jê O^i^ê àii^GhHs^'
le dire y l'abus de la vérité , bien plus que le manque de vérité ^ qu'on a pu blâmer ici.
Souvent la médiocrité, profanant le genre par son excès même , a mis ra£fectation à la place du sentiment, et l'exagération à la place de la nature. Mais quelle est celle des qualités littéraires qui n'a pas été outrée jusqu'à devenir un défaut, et comment trouver dans rixomme une seule émotion louable, si on la juge par l'excès où il peut la porter?
Enfin , il est un^ observation à laquelle a déjà donné lieu la comparaison du génie des deux peuples , ancien et moderne , et dont L'application doit aussi trouver, sa place dans L'examen qui nous occupe. Nous avons dit que l'activité de la vie , dbez les anciens , se portoit principalement sur lesactions, comme chez les modernes elle se porte sur les sentimens; et un contraste ^analogue se fait re* marquer dans les deux littératures, où, comme, le premier, il e§t en rapport avec les circonstances de leur développement et les
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lois même de notre intelligence. L'homme , qui a bien plutôt atteint le développement physique propre à sa nature , que le développement moral auquel il peut s'élever , doit aussi, dans l'ordre des temps, faire précéder par l'expression littéraire de cette vie positive , premier degré de son perfectionnement, celle de son existence morale, qui en est le second. Il faut une civilisation plus raffinée pour donner aux sentimens et aux passions cette étendue et cette variété qui appellent l'intérêt sur ieur peinture. De là vient que chez les anciens , plus près que nous de la nature , et entourés d'institutions fortes et positives, qui maitrisoient et dirigeoient vers un même but les différences accidentelles des passions et des caractères , on trouve peu d'ej^emples d'un tel genre de représentation littéraire. Quelques comédies grecques et latines , et les poésies des satiri^ ques latins sont les principales exceptions que nous présente la littérature ancienne , et ces ouvrages eux-mêmes en sont les derniei*s fruits et datent de l'époque la plus avancée de la civilisation. Les modernes^
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ont heureusement e]q>Ioité ce champ nouveau , qui s'agr9n4i$&oit pour eux par l^s progrès méxpe de leur culture intellectuelle. Ils ont vu dans l'intérieur de l'hoimne ud monde qpuveau, ouvert conune le monde physique à l'observation ^ où 9 depuis le mouvement qui passe dans la conscience ^ sans y laisser de trace , jusqu'au sentiment e:xclusif qui la domine, tout pourroit devenir l'objet d'une découverte ou le sujet d'un tableau ; vaste arène où les devoirs et les penchans , l'intérêt et les passions se combattent sfms cesse et modifient de mille manières l'existence. Mais, ici même, les auteurs romantiques ont suivi une tendance particulière et analogue au reste de leur génie. Dans cette peinture de l'homme, ce que les classiques modernes ont étudié et reproduit avec le plus de soin et de talent, c'est l'influence des habitudes sociales , la différence des caractères , des goûts et des opinions , enfin ce qu'on pourroit appeler les détails de son esîprit; Ils ont analysé avec finesse et discei^nement ces innombrables e^ délicates nuances qu'établissent à la longue entre les hommes
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une position et de$ relation» dét^trtninées^, et qui, à défaut de traita saUlans; Iei^>dî«* tinguent dans la société. Dans ce fe&^ s«ii^ tout\ les écrivains français ont ntontré une supériorité qu'il seroit difficile de leiw contester. Les auteurs romantiques ont étodî^ l'homme dans les grandies affections de! son âme, dans le développement ^d'une.ojpgajàisation plus forte > dass Jes effets de oeUes de ses passions dont le teinpcret la -vie usenfi à peine en lui l'empreinte. Ils ont surtout peint l'action de la nature sur lui .,. comme les premiers, l'action de la/aoeiété.
Dans la littérature dramatique, où cette différence s'est fait le plu^ senUr, elle, a fait de la comédie française un tabléaa de mœurs dont l'excellence., comme ti^l^ e$t appréciée
par tous ceux qui en ont fait Une juste étude ;
mais, appliquée {lux compositions trapues, elle y a jeté une froideur etuneséchetessè, qui]» dans un tel genre, ^dnt , inséparsiblep de sa nature. Beaucoup de tragédies ifrann çaises semblent avoir pour but une idiBCUflr» sion critique d^s passions, plutôt qu'un ta« bleau animé de leurs effets ; etleurs nuances
y sont si finement analysées , qu'elles iinis-^ sent par se confondre dans les nuances même des caractères. Nos tragiques les plus estimés sont loin- d*être exempts de ce défaut.
Plusieurs pièces de Corneille , la Bérénice de Racine , sont de longues dissertations, où .. tout ce que les passions peuvent dire d'ingénieux est exprimé avec un art et une finesse qui font honneur à la sagacité;, du poëte , mais que Fénergie même de ces passions ne semblent pas comporter. Les auteurs romantiques leur ont conservé des traits plus prononcés , et c'est par la grandeur des résultats qu'ils aiment à faire juger de leur violence, plutôt que par l'exactitude de cette analyse. Schakespear , qui a excellé dans les grandes parties de son art, a possédé surtout ce talent de peindre les passions par les effets qu'elles produisent. Rarement il fait disserter ses personnages sur le sentiment qu'ils éprouvent; mais une situation dans laquelle il les place, une expression qu'il met dans leur bouche , en apprennent plus sur ce sentiment' que des discours étudiés, qui sont presque toujours hors de la vrai-
semblance et contraires à l'effet tragique.
Nous bornerons ici cette comparaison des deux littératures, qu'(Hi pourroit étendre encore, mais où Ton n'établiroit peut-être de nouveaux contrastes qu'en restreignant la généralité de ceux que nous venons d'indiquer. Il en résulte qute la littérature romantique, considérée dans son ensemble, présente pour principaux caractères, de se refuser davantage à l'application des règles tirées en littérature de l'usage où de l'exemple ; de donner à ses conceptions plus de développement et d'étendue ; d'en exclure en général tout caractère positif et didactique; d'avoir introduit ou répandu la peinture d'un geiire nouveau. d'affection morale, et de montrer plus de penchant pour la représentation deis passions que pour celle des caractères. Mais sans doute il ne faut point exagérer l'importance de ces traits divers au point de Êdre de chacun d'eux un« propriété exclusive de la littérature à laquelle ils appartiennent ; ils en caractérisent seulement l'ensemble , et y deviennent d'autant plus sensibles qu'on la considère dans un plus grand nombre de
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ses productipas. Toutes 1^ littératures, vues d'uD point élevé , se rapprochent et se lient, parce que quelques circonstances communes ont toujours présidé à leur développement; et il en est de ces productions de l'esprit humain comme de celles de là nature, qui se touchent par un si grand nombre de points, que prétendre y établir des différences ^absolues , est donner de la réalité à de simples abstractions.
CM a imaginé en France beaucoup d'fay* pqthèses diverses pour expliquer la littérature romantique ; et ^ comme nous l'avons déjà dit, c'est à cette diversité d'opinions, 'qui régoA dès le principe sur sa nature , qu'il faut attribuer la plupart des critiques dont elle a été l'objet. Une théorie nouvelle en littérature n'acquiert pas tout d'un coup le. degié de fixité dont elle est susceptible! Les espmts ont besoin de se familiariser avec son idée; et c'est par degrés seulement, qu'on parvient à généraliser ou à restreindre convenablement son acception , et à définir son vrai caractère. Quand il fut pour la preilnière fois question en France du système romantique ,
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on cita desécrits-qui s'y rattachoieat en effet, mais qui, pris isolément, ne foumissoient pas des données suffisantes pounen déterminer la nature. Cependant on chercha dans chacun dé ces écrits une définition qui ne pouYoit être puisée que dans leur ensemble , et l'on combattit , comme vice général du genre, des défauts qui n'appartenoient qu'à Fauteur particulier dans lequel on le consW déroit Alors se formèrent et se répandirent ces opinions incomplètes ou exagérées, que le talent accréditoit quelque temps , mais qui tomboient d!elles*mémes, quand une nouTcUe circonstance amenoit une nouvelle manière d'envisager la question ; lutte singulière où la littérature romantique, commeleProtéedela fable, ne succomboit sous une de ses formes que pour reparoître bientôt après , sous une autre. Ainsi , madame de Staël ayant signalé comnle propre aux nations modernes le penchant mélancolique de l'esprit, des littérateurs survinrent , qui virent dans ce penchant leqa- * ractère miique de la littérature romantique , et crurent qu'il suffisoit pour la détruire d'en rapporter aux anciens la première pein-
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tare. D'autres , plaçant Schakespear à la tête de l'école , firent des imperfections mêmes de cet écrivain autant de principe^ de composition reconnus par elle. Ce fut, selon eux^ dans le contraste du sublime avec le vulgaire, dans le passage subit de la nature la plus relevée à la plus commune réalité, que consista tout l'esprit des théories romantiques. D'autres encore cherchèrent cet esprit dans une certaine affectation de sentimens et de style , mise à la mode par Sterne, et dont ses imitateurs ont si étrangement abusé. Enfin , nous avons déjà dit que le Génie du Christianisme, paroissant à cette époque, fournit dans les effets nouveaux de son style une nouvelle base à une nouvelle manière de la juger. Chaque adversaire, en un mot, se créant sur quelque exemple particulier une définition incomplète , réfutoit sans peine la littérature romantique dans le sens où il l'entendoit. Mais qui ne voit que ces diverses assertions se servent de réfutation réciproque, et que dans cette insuffisance des hypothèses , partiellement imaginées pour expliquer le problème, c'est d'un principe plus
général et placé plus haut qu'il Êiut en déduire la soUition ?
Plus récerament encore, on a émis ou reproduit une opinion plus raisonnable, qui fait de la littérature romantique le tableau exclusif des mœtli^ du mo'j^en âge. C'est, a-t-on dit, dans la * peinture dés. habitudes guerrières de l'ancienne chei»lerie , de la vie des châteaux, des aventures des troubadours .des récits des croisades , et de l'Europe féodale enfin ^ que consiste toute la littérature romantique. Sans doute de tels sujets rentrent dans son domaine , mais ils sont loin de le composer en entier. Ceux qui ont émis cette opinion n'ont pas assez senti que notre société actuelle n^étoit elle-même qu'une dépendance nécessaire, ime continuation modifiée, mais non interrompue, de cet ordre de choses plus ancien ; que la marche du tempâ, en amenant en Europe des changemens partiels , n'y avoit nulle part établi une ligne de démarcation tranchée , ni un principe distinct de culture, et que, dans cette identité de civiUsatioh, il ne Ssà^ loit pas introduire deux littératures. Us n-ont
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pfl(S ùit attention que la plupart des auteurs auxquels les partisans même ^e cette opinion contestent le moins la qualité de romailtiqueSy Schiller, Goethe, lord Byron et une foule d'autres , ont peint indifféremment le moyea âgé ou4asacié ter 'Contemporaine, et qu'en littérature Ce qui caractérise un cuivrage , c'est bien moins le choix ou l'époque du sujet, que l'inspiration et les sentimens que l'auteur y rattache. D'ailleurs, l'intérêt qu'inspirent ces tableaux du moyen âge s'af* foiblit tous les jours par la marche d'une civilisation qui nous éloigne des institutions qu'il retrace* Réduire ainsi la littérature it>* mantique à n'être que l'expression d'un ordre de choses qui n'cKis^e déjà plus, c'est en rétrécir étrangement 'le domaine, c'est la dépoiuiller du principe^ de vie de toute littéra* tnre , qui eàt dans sqn union intimé avec l'état présent de l'opinion et de la pensée. iLa littérature romantique n*cst point ainsi ySm^.
Née dans toutes ses parties du génie des tenqE>s modernes, elle doifc le suivre dan»
toutes ses phases , survivre aux modifications partielles des institutions et des moeurs ,
marcher parallèlement avec les sentimens et les idées acquises, et, sur cette route, en&n, ne connoître de bornes , que celles fixées par le temps même à la civilisation dont elle est Torgane.
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