CHAPITRE VIL
De la littérature classique en France.
ÂTAJirT d'entrer dans une discussion que beaucoup de considérations rendent délicate, rappelons une réflexion qui peutjeter quelque jour sur ses résultats. Chacune des époques célèbres dans l'histoire des lettres et des arts semble avoir reçu de la nature, au milieu de la diversité de ses productions , une somme, ou, si l'on peut se servir d'une telle expression, un capital à peu près égal de talent et de génie qui est devenu le fondement de la gloire qu'il s'est acquise ; mais le mode de manifestation de ce don de la nature , le fonds auquel il s'est appliqué ont varié avec des circonstances particulières à chacune de ces époques^ qui ont déterminé pour elle le caractère propre de ses lettres
ou d^ ses arts. Ainsi , dans'le^ temps anciens les siècles de Péridès et d'Auguste, dans les temps modernes ceux de Léon % et de Louis XIV, offrent une réunion d'hommes également célèbres , qui ont imprimé au monument élevé psH* leurs communs efforts le cachet particulier du temps où ils vécurent. On peut critiquer dans ce monument l'influence de ce temps , sans que cette critique atteigne le génie même qui présida à sa construction ; et plus on étudie la littérature , plus on sent le besoin de ne juger ainsi , dans les productions littéraires d'une époque, que \t^ résultats généraux du temps, isolés du talent individuel de léi^rs auteurs.
Tel ^t aussi le point de vue sous lequel on peut envisager la littérature classique ten France. Les Français , jaloux de la prééminence littéraire que les auteurs du dix-septiènrfè siècle leur ont longrtemps assurée en Europe, se sont toujours montrés prompts à repousser les criliqûes dont la littérature de ce siècle a été l'objet; et ce sentiment natiùmal ne seroit que juste, si ces critiques tendoient en effet toujours à dépouiller de
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ieuc^ure les grands éciwaiiis Htju'a pr^j^ts cette époque. JSffS^ le talent de oeshoniiiies célèbres ^eut être coosidéré iodépendamment du s jsteDae de co^lpoaitio^ qu^ik ont «Itiri t l'un fut leidan d^ k matare, l!aulTe fut 1^ résultat de cîrooostnnces 4oAt ils n'ont point' été maiftres; et chercher dans ténors écrits la part que c^ çircousts^ceà y imt eue;, c'est .^lire Tbistoire de ce siècle y et non pas la critique de ses éçrivaia& C'estdans ce sens seulement que nous >comsidérerons ici cette époque célèbre; si nous hasardons quelques critiques, elles n'aunoat ipresque jamais rien de personnel contre les auteurs ; nous parlerons des choses bîén .plus que '^ hommes , et de la littérature bien ]ptki^ qae des écrivains. lies productions d'un Boileauy d'un Corneille , d'un Racine, peuvent , comme tout autre système d'ouvrages , être rapportées à des principes littéraires (fà'^m s'est ^its d'avance , et de la valeur desquels le lecteur est juge à son tour; mais fix^ le rang que de tels hommes occup^Eit dans la série des graiids écrivains 9 mesurer la portée des Êicultés que la nature leur ^oit départies ,
est tt*è tâche toute différente qu'il faut laisser à ceux qui se sentirt)nt les forces de là remplir.
La littérature classique, en France, considérée surtout dans learauteurs contemporains de Louis XIV, offre un ejfemple remarquable de ces rapports que nous âVons dit exister entre la, littérature et les opinions sockleé. Dans la formé , elle fut une fidèle imitation de celle des anciens , et déjà nous avons exposé quelque unes des causes qui lui imprimèrent cette direétion. Il refetê à montrer coîtenent lé caractère que prit cette imitation et lé sens*des ouvrages auxtjiïdià elle donna su forme , se lièrent eux-ntéme« aux causes 'générales qui influoient sur k société d'aiots, c'es^^lire auic idées dominantes en religion et en politique^ à la tendance du gouvernement, etc. Décrire dans oe senà k dernière moitié du diX'^eptième siècle^ seroit pré|>stf*er ée la manière ia pires convenable Thistôire de ies lettres et de ses arts ; mais ce tableau , sufiftsàmment développé y coniprendroit des volumes daiis soil étendtiB; nous nous bornerons aux tmts
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principaux qui en fixent l'ensemble ^ en nous attachant surtout à l'influence toujours si puissante des formes politiques sur les pro* ductions de la littérature.
Les guerres civile», enfantées par la relir gion durant le seizième siècle ^ au milieu des désastres qui en furent la suite , avoient développé dans les âmes un courage et une énergie qui expliquent les grands caractères que cette époque offrit ep abondance. Mais quand le calme fut rétabli , ces vertus mêmes, £ûtes pour des tetnj^de troubles , menacèrent le repos obtenu,- Al: devinrent surtout dangereuses pour l'ac^Vilité royale. Un ministre , dévoué à sa cause , sut , par ses armes et par son génie, en comprimer l'essor ou en dénaturer le caractère. Le cardinal de Ri« chelieu abattit l'orgueil des grands, ploya toutes les têtes sous un même joug, et apprit aux esprits les plus fiers à ne briller que du seul éclat qui rejailliroit sur eux des approches du trône. Les efiPets de son ouvrage se montrèrent après sa mort dans ces troubles de la Fronde, image ridicule des sanglantes querelles de la Ligue, où l'intrigue
prit la place de l'audace ; où la révolte parla constamment le langage de la soumission, et tourna pendant sept aûs sur elle-même sans obtenir le plus léger résultat ; où le peuple , enfin , las de ces chefs qui l'agitoient sans le Étire avancer, leur retira ss^ dernière estime pour se jeter entre les bras du pbuvoir royal , qui lui promettoit du moins le repos. Alors parut un monarque , objet de trop de critiques , après l'avoir été de trop d'éloges , auquel le sort remit cet héritage de respect et de soumission ^^^ et' que la nature sembloit avoir créé exprès pour en jouir. Louis XIV, despote plus encore par instinct que par , principe, représentant naturel des idées qui circuloient alors sur l'autorité illimitée des rois , faisoit oublier le joug qu'il appesantissoit sur des sujets fiers eux-mêmes de le porter, par un caractère généreux , par un esprit plein de noblesse et de dignité , enfin , par une sorte d'art de régner, que nul autre roi peut-être n'a possédé au même degré. Sous son règne , la France entière sembla concentrer tous ses désirs de gloire , dans celle qui brilloit en la personne du souverain. Le roi
représentoit U cour, la cour représentait le içoy^ume ; ropiijfion reiioit en se$ ipaiu^ (9^1^^ 1^ pouvoirs et tous^les intérêts, L'afTraxichit de toutes, les former, approuva ou justifia^ toutes ses. mesures ; et ce ne fut quç vei:s la^ fin d'un règne long et signalé par to;us 1^ genres d'illusijraJâon , que des malheurs de^ fajwUe et des revers publics, abattirent la^ £lerté.dumon^que v^eux et affoibU, et sou* lèveront aux regards des peuples un coin ^vk voile qui a.voit jusqu'alors caché l'hQnuiji^ ^ leurs^ yeux.
Cette forme de gouvemem^t poi^voit à cette époque procurer d'import£^ltes.a;nér.
liorations en politique, en établis^n,t au ^ d^^ djsgos l'ordre et le repos, après lesquels, la nation sçupiroit depuis si long^temps^ ^ji.ej^. assurant au dehors l'iiiQuençe poUtique de^ la Fraiice. P^ut-étre fut-elle alors la. seule possible , comme résultat des faits antérieurs et des idées du temps ; et peut-être ce roi , qu'on a tant accusé de l'avoir établie, ne fitil que suiyre l'impulsion générale qui l'y portoit ; car, dan$ les événemens de qu6l(^ importaniQe et de quelque durée » la^piirt des^
faotiiaies est presque toujours ïnert mçmdre que' celle» des drcenstasiees. Quoi qd'il eu: soie, mm iqfluence sur les esprits fut profonde e% déterminée. S^it est feciTe âè chercher diEnos un gouvememerrtabsolu le remède aux excès qu'entrahie Ta liberté , î! ne Fest pas autant d*y conserrer Ifes qualités qu'à son tow elle développe'. En ôtairt au pouvoir royait toutes^ ses barrières , en traitant lia rèsistaiEioe derébelfién, et, parant fe soumission même 'du nom de gloire, ii fellut oublier qH*iI «voit existé en France des* corps indépendans, dtes^ états-généraux, des parlermeus , auxqueb les prédécesseurs du monarque avoîenf reconnu une autorité et demandé des- conseils: Les souvenirs dtt passé furent bannis cosmie un outrage k la majesté âa présent, etlaFranceancirenne devint bientôt . étrangère à la France d'alors. A ce règne commence' cet isolement où les derniers roisf de Franee se sont trouréjj sur un trône autour duquel- tout s'étoit apliant, mais que tout aussi avoit cessé d'appuyer, et qui perdbit ainsi en force réelle ce quil gagnait en* liberté faction. Ees idées de gloire et de pa-t
trie se confondirent toutes dans celles dé souverain ; ce grand nom absorba tous les devoirs et tous les sacrifices. Msôs, par une suite nécessaire , quand le temps eût dissipé le prestige qui l'environnoit, les esprits, en le perdant , crurent que rien ne lui survivoit en France. Alor$ on put se co'nvaincre de
cette vérité, que ce n'egt point impunément qu'on ôte aiix âmes les vrais mobiles qui développent et entretiennent leur activité. Un relâchement général succéda au^ressprt £su:tice qu'avoit produit cet amour individualisé de la royauté, et les hautes classes de la société en donnèrent les premières Fexemple.
Quelle ressource restoit-il à ces honnnes qu'on avoit exclus de toute participation aux intérêts publics , aux discussions politiques, et dont toutes les pensées s'étoient tournées vers les moyens d'obtenir parla faveur, des honneurs ou dès richesses ? Les ^dissipations de la régence , l'immoralité du dix-huitième siècle, furent la suite de ce manque d'alilÀens que réclamoit l'activité de la nation , bien plus que l'effet de çon caractère propre; çt ce fut par une conséquence du même sys-
tème' qu'on arriva à cette époque d'abaisàe« ment national , où , selon L'expression d'un auteur moderne ' , les compagnons de saint Louis eurent pour descendans les courtisans de Louis XV.
Les mœurs et ,les opinions éprouvèrent à leur tour l'influence de l'ordre de choses établi ep. politique. I^es institutions féodale», oppressives poui* lamasse, plaçoient du moins les grands au sein d'une existence fi>rte et indépendante , qui n'étoit point san^lqîre et sans dignité. Des habitudes guerrières , une vie active , conservoient quelques vertus libres et fières; et il y avoit dans la société d'alors plus^ d'abus que de vices , plus d^||porance que de corruption; Sous Louis.XIV;Ie séjour de la cour, les jouissances du luxe et . de la mollesse , en développèrent bientôt les germes. Sous une apparente austérité, une corruption réelle se glissa dans les mœurs,, et le souverain , au sein de sa cour, en donna le premier le dangereux exemple. > Alors la dégénération des mœurs amena à son tour
. ' M. de Barante.
cdfe' des «entimmis qtve *l» tÉn^Bmn evAif^ tieoinent^ L'eqlliauaîaflmQ pour hs- femme», qui produisit ji^dia des héros , fit pteice, par une' vidicule^ transitioii , à cette galfeinterie moderne qui donna naissance à? no» petits^ msdtves. Ujt iréspect clùiséqnieux'poiir lerang et b pmssanoe, une déféremce aveugle pour toiit pré}ugé< établi, suite des habitudes des* ooisrs^, (Serinvent run^des^ earactères saiillius' de cette* ^p<Dquer On* sait quel fdt Fengouemee^ été tous les esprits pour lés titres ef les prérogative de la noblesse. Ce préjugé, héritage' des siècles passée , devenoit d'autant phis choquant , qu'il* a'étx>it plus fondé sur l'existestce de la noblesse , comme corps poli-tkfiér dsâtts les insti'tations féodales , et que lés disses inférieures^ avoient acquis plus^dèhimières et dHmportance dans FEtat: Umé' . foible portion' de kf nalion, îiaves<ie detotq^ les^ privilèges que la n£(iss€u:ice assuroib alors,* méprisoit Fimmense^ majorité au sein de la-»
quelle rédidoient tons tes talens et toutes les» forces; et cellfe-ci',papun' travers seraWiaWe, acceptoit presque ce mépris , en reconnoissant la supériorité qu'on s'arrogeoift sur elle.
04. s£^t coiiiisif nt les peuples se releiremnt d^^ Ig ^t^d,e cette; kusse opipion , eD quek i^est^ r^i^lato cette comliùuLÎîsisÉi eiit «n PQUjt^|ue..M^:alom die régnoÂt dans toute sa^ fyrçe, Qt ne i^orisaifc pas 9 il faiit le dire , ïé*- Isji^: d^ yes|^rijHb^tim^iBt« La^lifctéraftiureabesoiai d^eoFoire 4 ceinte égalité^ n4)rale de rhomme, que consacrenlt égalentenk la religion et la; caison huBO^aiip^^ JÇt oopunent attendre' pour çUe 4'h^ui!^^i%Qffetsd'un.élat de choses oùlesi distinctipns sociales ont totalement anéanti l'égalité natiy^^Ue^ et où le tak^t, la vettu m^e Q^t be^^^ d'un< préjugé poup obtenir r^stime! ou ppiw epi^itei^ FadiBÛration?'
Le trait d^n^ \» gépi(^ db ce temps qui:, sous ce rappqrt, e^tlepli^^ avamtageusemést combatte' les ré$i4tiat:s des institutions, fut le respect^ général poi;ir la religion. L'histoire de tous les peuples^ ipontre ^a effet quellrap-. port is^Hipae a tpujoiurs exiSitsé eaitrela foi re<». ligieuse et les pluï belles conceptioi^ du?
génie Uttéraire. MalbeureusemeAt la tûU^ gipi^ d'alors consistait, pour lesruns, dans» desi querella interminables surlé jaàsénispie ; pow 1^ %utfes^ daa» 4^ pratiques. Hiimt«
tieuses de dévotion. Cétoit pour tous une règle austère qu'il falloit suivre , une autorité à laquelle il âiUoit obéir. Nul ne la considéra comme un septiment fondé sur un besoin impérieux dè'notre nature, dont l'expression pouvoit trouver aussi sa place hors des discussions théologiques; et les écrivains de* cette époque , en en f^,isant seulement un objet de crainte et de respect , s'empressèrent, à peu d'exceptions près, de la bannir de^urs écrite»
Les arts, comme les mœurs, retraçoient dans la diversité de leurs créations l'influence des institutions et des usages ; nés à la cour, ils montroient , dans leurs qualités comme dans leurs défauts , quelle étoit leur origine : de la grandeur sans naturel, de la dignité sans sentiment. Un amour exclusif pour la régularité et la s]^étrie , fut la mesure commune de leurs productions; et ceux<i'entre eux qui ont laissé les plus beaux monumens sont ceux précisément qui , tels que l'architecture , s'accommodent le mieux de ce genre de qualités. Dans l'application de ces arts aux usages de la vie privée , on retrouvoit ce
hiéme apprêt , ce même éloignement dès' effets simples et naturels que l'esprit général des cours semble entraîner ; et , en analysant enfin le génie de ce temps dans le faste de ses plaisirs, dans la bizarrerie de ses eôs* tun^s, dans la- recfaiirbhe ménie^de son hixe, on sent que rien i\'y était oublié de ce qui peut faire- regretter la vérité et la nature.
Telles furent dans la poKtique et dans les mceuirs les principales circonstances au milieu desquelles se développa la littérature du dix-septième siècle. Il est pour le talent, pour le génie même, des positions données qui en â&ent d'avance l'essor ; et quelque hauteur qu'atteigne une littérature, on peut, de son point de départ , prévoir ses imperfections et ses faillies. En examinant dans son ensemble celle du dix-septième siècle , il est difficile de ne pas sentir qu'elle aussi a subi l'influence de cette règle. On a beaucoup vanté l'impulsion que lui donnèrent la protection et les récompenses de Louis. En fixant , a-t-on dit, les lettres à sa cour, il ennoblit leur caractère et répandit le goût de leur culture ; ses^ faveurs accordées aux gens
âe lettre» «Yeo tant tk libéralité , l'accès qu'il le«^ ^OD&oit àliprès de sa pei^ntïe ^ fei^t autant de véhicules, qui tiroi^eht le mérite de Sun bbscuHité et favorisoient l'essor de tom les talens. Il y a beaucoup de vérité dœnsr ees éloges , et '^ <;e fut saii$'^ôute une des piu belles qualités de ce roi , tant favorisé par la nature 9 di^ehtir, comme il le «fit, que l'esprit et le génie sont aussi de^ titres de gloire auxquels rsm grand monarque doit assoëier la «ienne. Seulement on peut se demander si cette protection , à laquelle les lettres fran* ^ises durent peut-^tre la rapidité de leurs progrès , he devint point aussi Poriginë de quelques ims de leurs défauts. Des honneurs et des pensions peuvent activer la marche de toute littérature; mais d'abord, sans paiiiar âes' 'èhanoes que la médiocrité trouvera dans des récompenses que la faveur ac(âorde plto souvent encore que la justice , oà poufc*roit prétendre aussi qu'il est plus sûr de tout attendre, chez un peuple, de la maturité de ses idées. Il en est des productions^ de Tésprit h<unàin, comine de ces fruits dont une t^npérature faetice hâte le dévëlc^poneiit; c'est
«Uk dépem de leur iMiveur «qu'ils ftequtèrant l^nr |>téooGité. La nsturequi donne le*|fénîe sajj; «bien l'ffvertûr que k siosnent de le pro-^ dub*^ ait arrivé.
Qttoi jqct'il en soit de cette réfleation , «H' iiKxnnrénient mieox prorovédatréstd^er^pour }9i UAtéH^ature de ce tetnps^:de la fréqtientation tmA Irantée d(ss oeurs^ im séjour dam ce lieu est ipea. propua à la libre adîob de la pea9^> |uirce que l'esprit du courtisati^'ac*' eomnodé mal de d'iardépendatice de fhomnâe dé- lettre. Les approdiesde bi grandir néduiattat, et cette iéducdbh ^^ d'autant pit»
dpugereùseif.tqa'elle se déguise Bbus l'appaiffime^ di3s fdqs lonal|leB tixoti&* An ton conttnU^ dû louanges cfm vègqe dans les écrits de cette «époque 9 quine reconnoit Tinflueiiice de^ la position particulièi^e où se ti^ouvoient leiàFs raoteuifi? flatter les j^ûts du monar^ que., imiter tout ce qui pourroit blesser ses ptiéju^és ou sofli nneur-propre, et faire ainsi , par 'Opinion vou pa^ calcul, de l'ex^eiee même de la :pensée tixre rsorte lie trafic , fut recueil ou tout riameiMit ta littérature sur ce fmxK terrain où «lieVétôit placée. Que d'où-
vrages de. ce temps sembtent n'être que là paraphrase obligée de la grandeur et des ver^ tus de Louis I £t ce n'est pas seulement dans ce qui a été dit , mais plus encore peut-être dans ce qu'on a dû taire ^ qu'il Êiut chercher les traces de cette influence. On se demandé pourquoi les souvenirs de l'ancienne France , pourquoi les noms de ses pk^ grands rois ou de ses plus illustres citoyens , se montrent si r^ement dans les écrits de ce temps* C'est que l'éclat du siècle présent efiEaçoit tout ce qui l'avoit précédé, et que tout élo|fe du passé étoit une atteinte à la gloire de Loui&. U falloit éviter ee. dangereux parallèle , ira choisissant dans les* temps antiquep des âuf^ls et des héros. Cependant l'horizon de là flatterie est borné; et quand la littéfratare est devenue l'apothéose d'un seul homme ^ il est dififeile que le génie Iw^même surmonte les^ obstades que lui oppose une telle combmair ^n. Aussi ne craint-on.pas de dire que cieile du dix-septième siède cache, sous de pom^^* penses apparences , utste sécheresse ^et une aridité, suites inévitables dç^on principe.
La gravité du style, la F^akritè éxtérievné
a4< des^j^rmes ne déguisent qu^imparfaitement la fertilité ordinaire du sujet; et, soils œs dehors sévères , l'esprit cherché en vain des pensées grandes et généreuses , des concep* tions d'un intérêt général et philosophique.
L'ouvrage de ce temps, où les charmes du style se joignoient le mieux à des vues utiles sur les gouvememenset-lçs peuples, Télémaque, fut la cause de la disgrâce de son auteur. Cependant il n'est que deux époques pour lalitn térature, celle des fictions et celle de l'esprit philosophique; la première étoit passée pour les contemporains de Louis XIV, et il est à regretter qu'ils n'aient point su rechercher la gloire de l'autre.
Ajoutons que la vie des, cours et que les goûts qu'on y'professe sont trop éloignés de la nature pour que la poésie en puisse recevoir d'heureuses inspirations ; et la cour de Louis XIV renchérissoit peut-être encore sur ce défaut. On sait quel fut le ton de la haute société pendant lit minorité de ce prince, et si on pouvoit l'oublier , les ouvrages des Bâfeac , des Scudéry , des Voiture et des autres
beaux-esprits de ce temps, le rappelleroierit
assez. Des idées qui s'éleroient raFemeif^ audessns du cercle des petits évéuemens et des petites passions du jour, un langage plein d'^ectation^ une prétention continuelle d'éblouir l'esprit par <ies jeu& de mots ou des tours ingénieux ) sont le fond et la forme de ces ouvrages tant célébrés alors y si justement oubliés aujourd'hui. Use cour où régnbit si fort le goût de*semblables productions, pouyoit^ellecependaiitdonnerunejiiste direction à la littérature qui se formait dans Èbn sein ; et, loin d'en vanter i'influence, ne doit-on pas regretter que les gitods hommes qui Fillustrèrent plu» tard aient eu sous les yeux des modèles aussi, éloignés de la simplicité et de la vérité * ?
' Un grand écrivain, apologiste décidé du siècle de Louis XIV, a pourtant reconnu dans les lettres françaises les tristes effets de cette fréquentation des cours. « Racine , a dh M. de Chateaubriand , técut trop k la tt ville, pas assez dans la solitude. La courde Louî^XI V, » ea lui' donnant la majesté de» fomud» et en ëpuiant X» son langage, lui fîit peut-être nuisible sous d^autres M rapports-; elle Téloigna trop des champs et d^ la
» nature. »
GÉw. DU Christ. , part. :2, liv. à., chap. lo.
Il e^$f à^TMiarquer que toutes ces circoiistajices doqit la liuérature étoit environnée , cette vie ijes cours , ces habitudes dé respect et de soumi^ioii , convenoient très-bien av système d'imitation antique qu'elle avoit adopté. On s'étoit accoutumé à ju^r de tout, sur autorité» ^n politique > en religion , en législation : rien d'étonnant à ce que le même usage s'introduisît dans la littérature. Il y a dans les essais du talent, livré à son indépendance naturelle , une sorte de hardiesse qui peut faire ombrage au pouvoir. Dans s^ efforts pour s'ouvriïf ime route nouvelle, il examine tout, il essaie de tout, et touche souvent ^aux questions qu'il importe le plus à odtui-^ de tenir cachées. £n lui prescrisvant d'avadce des règles , en lui assignant un but , on 6e délivre de cette activité dangereuse , ou Qn lui ouvr^ une *autre carriè;re. Ainsi , les principes de la littérature aii* cienne, comme ils offroient au génie la. séduction de leufti noms imposans^ offroient aussi au pouvoir, dans leur fixité , un abri contare l'audace de la pensée; et ce que l'admiration des siècles passés ayoit commencé.
l'ascondant tacite, mais tout pw^Mnt des circonstances l'acheva à cette époque.
IlseroittroploDgi^echercherdanslesnombreuses productions littéraires de ce siècle les exemples et les prei(ves de ces diverses assertions ; mais on peut tenter cette application , pour les écrits de ceux de ses grands écrivains, que la supériorité de leur talent sembloit devoir le plus mettre à l'abri de son influence.
A leur tète se présente naturellement Boileau, qu'on en doit regarder conane le représentant littéra te lui-4néiAe, il a tracé les p u'il exerçoit.
Boileau fut Vu is et des plus habiles fiatteu t ses admirateurs eux-mêmesn'ontpascontestéla froideur qu'un tel système d'adulation a j^tée sur ses écrits. Considéré dans ses principes littéraires , il s'est montré le partisan exclusif de la littérature ancienne , et il a combattu pendant tout le cours de sa carrière, eu Ëiveur de son application. Méconnoissant à la fois le génie de l'antiquité et celui des temps modernes , il vouloit qu'on reportât fidèlement dans la langue nationale, les formes et
re$]prLt des ouvrages anciens , comme si les circonstances dont ils dépendoient étoient restées les mêmes , et comme si le principe de leurs effets n'eut pas été dans leur exacte concordance avec les mœurs et les opinions des peuples auxquels ils furent destinés. Cette admiration .exclusive, et l'on peut dire aussi cet oubli des principes d'une saine critique , lui ont fait croire que la poésie et les beauxarts ne pbuvoient trouver de sources d'inspirations que dans des temps, des mœurs et un culte étrangers aux nôtres , . et l'ont rendu injuste envers ceux des auteurs modernes à qui leur talent avoit appris les avantages d'un système plus national de composition. On connpît ses critiques amères du Tasse, de Milton, de l'Arioste; l'aversion pour les sujets tirés de notre religion devient pour lui un dogme en littérature'. Notre histoire lui paroît si ridicule qu'il traite presque d'insensé le poète qui tente d'y puiser la
■ De la foi du chrétien les mystères terribles D^orneïnens égayés ne sont point susceptibles ,* L*£yangile à nos yeux n^offre de tous côtés * Que pénitence à faire et tourmens mérités, etc.
matièi^e de ses conceptions\ Enfin , rien n'est beail, rien n'est poétique, selon lai, que ce qui ï*oule sur les inventions de la mythologie païenne , ou le récit des temps fabuleux de la Grèce*.
£t -quel n'est pas l'étonnement du lecteur^ quand, à coté de cette admiration pour, les anciens , juste dû moins dans son principe, si elle est outrée dans ses conséquences, il trouve les témoignages d'une estime semblablé pour des auteurs modernes , dont la comparaison même des anciens fait si bien seur tir les déÊiuts? Le même juge qui a tant rabaissé le dtinquant du Tasse exalte les écrits maniérés de Racan et de Segrais, et celui qui admire la simplicité de Virgile, s'extasie sur les fau^ brillans de Balzac , et place Y€H* ture à côté d'Horace. S'il £dloit cependant faire ressortir les qualités des andens, par le contraste des défauts apposés , que compareroitK)n au naturel et à la vérité de leurs
■ Oh le plaisant projet d*un poëte ignorant Qui de tant de héros va choisir Childehrandt , etc.
* La fahlê offre à Tesprit mille agrémens divers , etc.
Art poétique', Ut. 3.
î>47 écrits^ si cène sonA les^wvrages die ces mêmes aujtmirs qui partagent avec eiuc le^J|^ange^ du critique? ]>es jiuge&ieas aussi disparates ne sf^ea^Ùcpieut que par l'iaiâtueQce d'iwe société empreinte de ce faux goût, çt p^r l'ascendant de ces vieiJJb^ ad^iration^^ ioi^fi l'esprit le plus indépendant n'est {^is t<w^ joi^s libre de s'affranchir.
Cette jus:tice toutefj^is est 4ue à Boileau , que si, comme critique i il ne sut pas recpn-
' ndttre les dé&Atts de ces écrivains £ayoris4u siède y comme poète j il sut les é^îAer lui-* méime, Rien ne rQsswQjble moins à Tai^cta*»
tion de leur langage , que la simplicité de son style, et à la recherche de leurs idées:, que le caractère sage <et judicieux des siennes. S^ éloges furent^s un tribut qu'il se crut obligé de payer au goût de ses contemporains ? Ne Youa-t«il ^ant d'estime aux anciens que par le secret sentmient des défauts .de ses devanciers? On se complaît. dans ces suppositions qui justifient \m écrivain auquel le goût et la langue durent tant , <et don;t les piûncipes ne fnrent si dangereux que par 1'autoiité que
* leur prêta son nom.
Les autres grands hommes de cette époque, partàgÂreut plus ou «loins les opinionSi littéraires de Boileau, et surtout sa déférence pour l'antiquité. Avant lui, Coril^iUè^^^ la trempe forte de ,son génie aurpit, plus que tout autre , rendu capable de se frayer une route nouvelle, avoit montré, dès le commencement de sa carrière littéraire , ce que pouvoit devenir entrQ ses mains , le drame fondé sur les idées et jies mœurs nationales. LeCid, qui, pour le sujet, la conduite et le style même, rentre dans le domaine de la poésie romantique , obtint im succès inouï jusqu'alors, etparoît avoir excité dans l'âme des contemporains, des «^motions plus profondes , qu'aucun * autre des ouvrages de ce siècle. Mais les critiques de l'Académie firent abandonner à Corneille 'cette route qu'il alloit ouvrir à ses successeurs. Il adopta toutes les théories d^Aristote; il assujettit son génie fier et indépendant au cadre étroit des trois unités ; il échangea les sujets modernes , qui venoient de l'inspirer si heureusement , pour la peinture fausse et maniérée des mœurs des anciens ; et l'exemple du succès
2^49 qu'il dut encore à s^n génie dans cette oar--^ rière défectueuse , fut un argument de plus en faveur des préjugés de son temps.
Racine, bien phis épris que Corneille, des beautés littéraires des anciens, ne possédoit pas d'ailleurs au même degré cette originalité et cette indépendance de talent, nécessaires pour s'affranchir en littérature d'ime position donnée. îl ne conçut pas même la réforme littéraire dont le Cid avoit,fait en- , trevoir la possibilité. D'ordinaire, il se*«^m»tenta d'accommoder aux besoins de notre scène , les ouvrages dramatiques des anciens , en leur prêtant tout le charme d'une poésie riche, harmonieuse et passionnée. C'elt**Bii qui, par cette pureté de style, par celte mai^ gie d'une versification qui surmonte , sans les laiasçr même apercevoir , les extrêmes difficultés de la langue , a véritablement fixé le goût de la nation et naturalisé en France , le système de composition tragique constamment suivi depuis. Mais lorsque, s'appuyant sur l'inspiration religieuse d'un culte qui a précédé le nôtre, il osa puiser ses sujets dans des traditions étrangères au paganisme, ijl
parvint à une hauteur (ju'il n'avoit point at* teinte dans ses autres ouvrages ^ et créa dés che&-d'oeuvreqi|iiréfotoiettt assez Tanathème lancé par Boileau contre les sujets tirés de notre religion.
L'autre branche de Tart théâisrA ^ la eoméidie j s'assoqioit à cette direction de la muse tragique. Toute l'originalité du talent de Mor lière et de Regnard ne le$ empêcha pas de devenir, dans la haute comédie, les imitateurs d^ cbmiques latins. Mais si , dans la vàriélé dç nos richesses 4i*amatiques , il falloit cher* cher le genre de congédie îiuquel ejus^ent vraisemblablement conduit les efforts du gébie moderne , dégagés de toute ixéhxenc^ de L'antiquité, peut-être reconnoitroit-on dans le drame, tel que Molière l'a esquissé dans quelques uns de ses ouvrages , et tel qm^ l'ont enauit^ frése^ié quelques auteurs du siècle suivant , ce véritable fils de la 3oène comique moderne. Molière lui-même, queljie que fut sa supériorité dans la comédie de caractère , montre un penchant décidé pour des compositions d'un ordre inférieur ; et il y déploie une facilité de talent» une .finesse
et une vérité d'observation , qui prouvent combien «on génie se trouvoit à Taise dans ce genre national de peinture.
Plus tard , là poésie lyrique conserva entre les mains de 7.-B. Rousseau ce.mélange d*an« tiquité , qui,malgré toute FhabUeté du poète, altère tant l'unité d'impression que doit pro* duire tout ouvrage littéraire. Elle devint le r^ge banal de ces fables mythologiques , dont le coloris riant et gracieux peut convaiir aux fictions légères de la muse erotique ) mais dont l'emploi jette tant de froideur sur des' compositions d'iin ordre plus relevé , et où le contraste des noms et <les Mts modernes , avec les souvenirs du paganisme^ forme un contre-sens perpétuel que l'habitude rend moins sensible, mais qu'elle ne justifie pas. N'est41 point étrange, par exemple, d'entendre un poëte invoquer, presqtie dans la même strophe , le nom d'un prophète hébreu et celui du chantre Orphée ^ et finir par invoquer les trois parques ^en far veur d'un ambassadeur français à Venise ' ? Si
' Ode au comte du Luc.
Rousseavi veut chaiiiter la naissance du duc de Bourgogne, il n'imagine pas de début plus conVïàiable, pour célébrer cet événement national, que d'invoquer d'obscures divinités du paganisme,. dans des vers dont un connoisseur exercé des fables anciennes peut seul comprendre le sens '. Une poésie fondée sur de tels moyens pourra-*t-elle jamais devenir populaire , et nos auteurs ol}tiendront-ils le succès de ce poète de l'antiquité , ou , dans les temps piodernes , ceux de l'Arioste, qui entendoient leurs vers dans la bouche du plus pauvre de leurs compatriotes?
Enfin, après les grands poètes de cette époque, se pré3entent ses grands orateurs.
Le respect pour la religion , qui fut l'un des traits dominans du siècle de Louis XIY, fit surtout fleurir sous son règne l'éloquence de la chaire : Bossuet , Massillon et Fléckt^ en ont laissé les plus beaux modèles. Mais l'admiration qu'inspirent ces grands hommes ne
' Début de Fode sur la naissance du duc de Bourgogne.
doit point empêcher d'exprimer sur eux toute sa pensée. Ces ministres de l'Evangile , jetés au milieu des cours, ont du donner au culte même qu'As enseignoient , la direction que leur position commandoit; et peut-être ♦n'ont-ils atteint*ce -tait qu'en le détournant de sa yrkie nature. Là religion chrétienne ^ qu'on admire j^urtout dans la généralité des leçons qu'elle donne aux hbmjDaes, dans la cammunauté des 'rapports qu'elle établit entre eux, perdant cet avantage dans leurs écrits , n'a de langage que pour les fautes ou les malheurs des grands : auxiliaire de la puissance, elle disparoit presque sous les •pompes humaines dont on l'entoure de toutes parts. Ce ne sont plus les vérités simples et générales de l'Evangile que son ministre prêche à des chrétiens, nmis des vérités relatives, qui n'ont de cours que dans une position donnée, la plus restreinte de toutes celles que la so-
• ciété présente*. Une,personne , qui cherchoit dans les livres dé piété de quoi satisfaire son
• cœur bien plus que son esprit , pressée de lire Massillon , qu'elle connoissoit déjà , disoit qu'elle rCy troùvoU rien pour eUe. EÉfeçtive-
ment , on peut y admirer partout des* chefs-d'œuvre de style et .d'éloquence; mais quel autre fruit tirer d'un livre où tout est si hors de piioportion avec les relations de la vie privée? Comment distinguer la voix de l'E* vangile au milieu de pjeijretcintis&ement des grandeurs humaines , et les grandes vérités de notro natiire au milieu des distinctions factices de. Tétàt sodsd ? Quand la vie est cahne, on admire ces lei^ons de sagesse' dénuées avec tant de pureté et d'éloquence; tuais dans ces momens où l'âme demande à la re- Ifgion des consolations et unapjJui, elle ira hien plutôt les chercher dans les écrits de ces ministres du christianisme , qui , confondus dans la foule, étudient ses besoins, miettent leur l^gage à sa portée, et trouvent des accens même pour des douleui^ qui n^ 5oo;t pas :royales\ Snfin , les ouvrages de ces grands hommes remplissent toute l'idée qu'on peut se faire de ^âbq^ence ; mais pour 3e figurer dans toute sa beauté ce nwiistère de li9rateur chrétien , ojûb a l^^oin de se les représenter eux-mêmes éloignés de la «cour, développant leurs taleifts dans la retraite , et
en consacrant l'exercice à cette multitude à laquelle surtouta été donné le bien£sdt <de la religion.
Ce fut le sort de ce siècle que tout-ce qui approchoit de la grandeur en étoit ébloui.
Bossuet lui-même, ce vigoureux génie qui tenoit 'd'une main si ferme, la balance 4le rhistoire,;ne %t pas toùjoiirs à l'àbri de ce ^prestige du présent. Comme l'aigle auquel on Ta comparé, son regard n'avoit toute sa force que lorsqu'il traversbit les distances. Il perce au' travers de sa mâle éloquence une si haute idée des grandeurs humaines , une telle admiration des séntimens élevés, que la majesté de son propre ministère en est presque rabaissée. On a dit qu'il donnoit aux graJMls des leçons d'humilité ; il est possible qu'il .leur enseignâtx^ette vertu dans leurs relations avec la Divinité ; «naii il sentoit trop leur supériorité lùi-méme pour la leur inspirer dans leurs relations avec les autres hoinmes. Ces titres cle grand roi, de princesse illustre, de glorieuse maison,. et tant d'autres qualifications fastueuses ^^ prodiguées à chaque page dans ses discours* , n'étoienf pas propres à
faire ressortir le néant des grafadeurs dont il les v^ntretenoit. Quand Bossue t parle de la mort d'un prince , au milieu des traits sublimes qui semblent naturels à 'son style , ce qui le frappé surtout , c'est te rapprochement de son état passé avec l'état où la mort l'a placé; s'il l'efiO^aie, c'est que tant de grandeur n'ait pas nus à l'abri d^^ ses coups. Cepeiklant la nécessité de la mort est si connue, qu'un exemple de plus, n'apprend rien à personne; et ce qu'il y a de terrible dans la leçon qu'elle donne , c'est la leçon ^ïe-même et non la qualité delà personne qu'elle frappe. Peu après la m^rt de Louis XIV, un courtisan, à qui l'on racontoit un fait extraordinaire, s'écrioit : Après la mort du roi , on peut tout croire; ta cette expression naïve de i^'admiration qu'inspiroit alors la puissance , n^étenne points dans llpsi foule de ses. adorateurs; mais ces majestés humaine», où le vulgaire n'osoit lever les yeux, l'orateur chrétien, du haut de sa chaire, devoît les envisager avec plus d'assurance *.
' Louis XIV, loué avec exc^par les poètes , a. reçu
La littérature du dix-septième siècle, constituée sur ces bases , forte de ses grands noms et de ses brillans exemples, propagea ses doctrines dans une grande partie de l'Europe. En France, le dix-huitième siècle en reçut l'héritage du siècle précédent , et cette période d'effervescence et de hardiesse en religion et en politique, ne fit que consacrer, par une déférence absolue et par de nouveaux succès , le culte des règles classiques. Le plus célèbre des hommes de ce siècle, ce prodige littéraire, dont le nom en remplit toute l'étendue. Voltaire , en attaquant dam ses nombreux écrits tout jce que l'ère de Louis XIV avoit respecté d'institutions politiques et religieuses , s'est constamment soumis à l'exemple et
des ministres de la religion sa vëritable apothëose. Dans Toraison funèbre d^Anne d^ Autriche, TorateUr termine quatre pages de louanges par ce trait : « Tout n le genre humain demeure d'accord qu'il n'y a rien » de plus grand que ce qu'il a fait , si ce n'est qu'on » veuille compter pour plus grand encore tout ce qu'il » n'a pas voulu faire , et les bornes qu'il a données à » sa puissance. » — Quel éloge d'un roi qui s'accusa lui-même de l'esprit de conquêtes!
au précepte de ses écrivains , et a borné toute sa gloire à celle qu'il acquerroit en marchant sur leurs traces. Il ne faut point conclure de. la tendance philosophique que prit la littérature eiitre ses mains , à un changement analogue dans ses principes littéraires. Depuis Loui;s XTV^ de grandes modifications s'étoient opérées dgns le$ opinions politiques de la nation , et ces modifications , Voltaire, comme les autres auteurs de son temps, les exprimoit dans ses écrits. Mais tandis que les idées changeoient* ainsi <, les formes littérak^ restoient les mêmes, ou, du moins , les innovations qui s'introduisoient portoient sur des détails d'exécution, mais n'altéroient point le principe. Telles fiir^nt celles que Voltaire lui-même apporta dans Fart tragique; il substitua l'esprit philosophique du dix-huitième siècle à lagalanterie chevaleresque du dix-septième : la vérité théâtrale y gagna peu. Jocaste, insultant les dieux et les prêtres , n'est pas plus dans la nature antique, que Mithridate ou Titus amoureux. Mais un service plus réel que rendit Voltaire à la scène française , fut de
lui donner, dans ses ouvrages, plus de mou«> veinent et de variété. Du reste , ses critiques amères et bouflfionnes de Schakespear n'attestent pas moins que son admiration pas*sionnée poui^ Racine *, son éloignement pour tout autre culte que clkii de la muse classique. Ce sentiment , d'ailleurs , sMàbloit for*tifié en lui par sa manière d'envisager l'histoire du moyen âge, et surtout celle de sa patrie pendant cette époque. Epris d'un amour exclusif pour ce dix-septième siècle , que la protection accordée aux lettres absolvoit à ses yeux de tout reproche , il s'est toujours plu à considérer notre histoire , jusqu'au règne du grand roi , comme l'ennuyeuse compilation des annales d'un peuple ignorant et barbare. Le blâme ou l'ironie sont pi^digués en cent endroits à tout ce qui n'a pas eu le bonheur de naître dans les temps modernes; et, comme s'il eût voulu montrer par un exemple le mépris qu'il faisoit de cette ancienne France , il s'est attaché , dans un long et trop célèbre poème , à en flétrir, par le cynisme et l'ironie , l'un des plus mémorables souvenirs. C'est ici Tun des reproches
les mieux fondés qu'on puisse faire à la vie littéraire de cet homme extraordihaire , que la nature auroit trop favorisé sans doute, si, au don de tant de génie, elle eût joint celui de n'en faire jamais qu'un juste usage. Sa faute ne fut que trop, partagée par ses compatriotes sjéduits ; si des réclamations s'élevèrent contre le succès de son livre, elles eurent uniquement pour objet les moeurs que l'auteur aiyoit blessées; comme si c'eût été là son seul tort, et que quelques pages effacées eussent justifié cette longue insulte à l'honneur national j cet outrage aux vertus patriotiques. Nulle voix^ dans cet entraînement général, né 3'éleva pour défendre celle à qui la France avoit dû jadis son indépendance ; et la nation , sans esprit public , sans respect pour elle-même, parut long- temps se complaire à ce spectacle de son héroïne , renversée de son autel et traînée dans la fange. Notre siècle, plus équitable, répare tous les jours par de nouveaux hommages ce tort du siècle passé ; n^ais ainsi s'annonçoit alors, dans les fruits de la littérature, cette dégénération morale de la nation ,
qu'avoient de loin préparée les circonstances et qui menaçoit Tavenir de si funestes résultats.
Voltaire, au reste, tout en suivant dans ses productions les règles posées par les auteurs des siècles précédens , étoit bien loin de partager leur admiration illimitée pour les écrits des anciens. Il pousse même la hardiesse jusqu'à avancer «que toutes les tragédies grec- » ques lui paroissent des ouvrages d'écolier, » en comparaison des sublimes scènes de » Corneille et des parfaites tragédies de Ray> cine '. f> Lui-même a produit les plus beaux effets en invoquant le secours des idées religieuses et chevaleresques de ce moyen âge dont il disoit ailleurs tant de mal. £n définitive , on chercheroit vainement dans ses écrits quelque système raisonné de composition. La vivacité de son imagination , l'abondance et la variété de ses idées semblent l'avoir entrsuné , sans lui laisser la faculté de se rendre compte à lui-même de son but et de ses moyens.
' Lettre à M. Walpole.
CoRRXSPOKDAKCE. — Anuéc 176S.
Tant que les grands maîtres des dix^ep* tième et dix-huitième siècles restèrent en possession du champ de la littérature, ils purent, à force de génie, faire illusion sur les défauts de leur système; mais ces défauts devinrent sensibles dans les moins d'écrirains médiocres, et amenèrent peu à peu la dé* cadence qui, vers la fin du dernier siècle, se fit sentir dans la Uttérature. Dans tous les genres d'ouvrages dont les anciens ne nous ont pas fourni les modèles, nos auteurs , livrés à leur seule imagination, ont pu imprir mer à leurs écrits ce caractère d'originalité si précieux dans les arts. Le succès constant et populaire de nos bons romans, de notre théâtre comique , est la conséquence<le cette liberté et la preuve de ses avantages, Maïs , en suivant dans leurs autres productions les traces de l'antiquité, ils ont dû nécessairement tomber dans les inconvéniens d'une fausse imitation ou d'une froide vérité. La poésie , vers la fin du siècle dernier, au milieu du nombre immense de productions dont elle l'entouroit , montroit une ignorance de sa nature, une sécheresse, on pourroit
dire presque une fotilité , qui peuvent seules expliquer de tels atifécédens. Assujettie à une foule de règles et d'entraves, elle avoit perdu l'élan qui doit la caractériser. Le style précieux , les compositions maniérées de l'école de Dorât, ont nûlarqué la première période de sa décadence en France. Bientôt oïl Ta, vue quitter Son inspiration élevée , poor emfwunter aux sciences ou même aux artstechni^es, leur esprit d'analyse et leurs discussions métaphysiques. On s'est serti du langage eselti»ildù sentiment et des paissions pour exprimer leà idées les J)lus vulgaires, des détadls à peine dignes de la prose. Le poème didàetîquc , composition favorite de cette époqfue , a tout envahi ; et de nos jours ,.. un auteur, se conformant à l'usage , a mis en vers les pages du Cuisinier royal. Non que ces productions d*un talent fécond et facile , si conformées d'aîllem^s à l'esprit de la dation , ne puissent offrir un mérite refeitif , et obtenir la bienveillance du lecteur. Ce sont d'ingénieux badinages qu^il seroit ridicule de vouloir juger à la mesure de ta poésie épique; mais on regrette que la tendance des
lettres en France ait exclusivement porté les auteurs 9 vers un genre aussi froid de compositions, et que les principes de Fécole française aient eu pour résultat , l'abandon des beaux effets de la poésie et l'abus trop fréquent de son langage.
La nécessité de ce résultat dut aussi- dépendre de la manière dont les critiques du dix-septième siècle envisagèrent la littérature , ou plutôt l'art d'écrire. Isolant le talent littéraire de toute considération générale et philosophique , ils en firent un art déterminé, qui avoit pour but de procurer au lecteur une occupation agréable ou un délassement momentané. La science de l'écrivain sembloit pour eux consister bien plus dans l'habile emploi des formes, que dans la force ou le choix des idées ; et la littérature se composoit tout entière d'un assemblage de règles et de préceptes , qui l'assimiloient à un art technique dont on possède toute la théorie quand on en connoît les procédés. Telles sont les opinions exposées , au moins implicitement, dans la plupart des ouvrages de ce temps. De tels principes pouvoient faire d'ha-
biles versificateurs, mais non de vrais poètes. En donnant tant d'importance à l'art, on finit par persuader qu'il pouvoit remplacer le génie ; et tel , qui n'avoit point d'idées , crut qu'il y suppléeroit en combinant artistement des mots: De là , cette foule d'auteurs dont les productions , sans couleur et sahs vie , échappoient toutefois à la critique, grâce à cette stricte observation des règles, et à qui , à déÊiut de beautés , il falloit tenir compte des fautes qu'ils n'af^oient point commises. On s'est formé dans la suite une plus juste idée du talent littéraire, et l'on a senti .que cet art tant vanté d'écrire n'étoit lé plus souvent que l'art de penser.
Cette manière étroite de concevoir la littérature, en ajoutant à ce qu'il y avoît en elle de factice et de conventionnel , tendoit à l'isoler de plus en plus de la masse de la nation. Nous avons déjà dit que ce fut un des caractères les plus marqués des ouvrages du dix-septième siècle, que ce manque de popularité où conduisoient et le système d'imitation , sur lequel la littérature étoit basée , et cette influence des cours au sein desquelles
elle avoit pris naissance. Ajoutons ici que, sous un autre point de vue , ce fîit aussi l'un de ses plus fâcheux résultats. En efifet, il n'en est point de la littérature , comme des sciences ou de la philosophie. Celles-ci peuventsansinconrvéni^it rester renfemiées dans le cercle étroit d'hommes capables d'en suivre la marche ou d'en accélérer les progrès ; mais la httérature ne devient une belle et utile création de l'esprit humain , que lorsque^ répandue dans tout le corps social, elle y porte le goût de rinstrudâen, etdételoppe les^élémens de la morale et de l'esprit public ; et ce but, elle ne peut l'atteindre qu'en ves^ tant constamment nationale et populaire.
En France, on en fit un art de convention, qui , au lieu du langage et des sentiiHens naturels à ses peuples, employa ud langage et des seûtimens étrangers ou factkés; q;ui créa une manière de ji^r et de sen^* tir indépendante de leur véritable position sociale; qui subordonna, 'enfin, la possibilité d'être compris , à des coDDoissfiaices étrangères à la grande majorité de ses habitans.
La masse de la nation vit avec un froid
étohnement les progrès d'un système qui n'entroit par aucun point dans le cercle de ses émotions et de ses idées. Etrangère à ce nouveau langage , elle s'isola de la classe supérieure qui seule en avoitia clef. Mais comme les bons écrlTains dédaignoient, en lui consacrant leurs travaux, de l'élever par degrés jusqu'à eux,, elle se trouva livrée à d^obscurs compositeurs dont les productions insignifiantes ou grossières la retinrent dans son ignorance, ou l'encouragèrent même dans ses vices. Par une autre conséquence , là nation entière se trouva bientôt divisée en deux classes distinctes , qui , dans tout ce qui tenoit aux jouissances intellectuelles, n'avoient nulle mesure commune d'idées, nul rapport de sentimens. La distinction des rangs en devint plus sensible et mieux fondée ; et la littérature , qui , par la communauté de joais-
„«ce.,u'euToL,«^le devoir 4cher toutes les conditions , ne fiticiqu'ajou*
ter un étage de plus à l'édifice des in^alités
sociales.
Et qu'on ne nous accuse point d'user
ici d'exagération; ces reproches peuvent pa-
roître sévères, mais sont loin d'être chimériques. On seroit étonné , n'en doutons pas, des progrès qu'eussent faits dans notre patrie , l'esprit public ^ la morale , les vraies lumières^ si les grands écrivains , au lieu d'ambitionner les suffrages de quelques érudits, s'étoient attachés , par l'emploi national de leur talent, à développer tous les germes de perfectionnement que notre civilisation nôcèle.
Mais rien , encore une fois , ne fut fait pour cette masse qui composoit pourtant la force de la nation. £n la laissant dans son ignorance , on la livra d'avance à toutes les séductions que lui préparoient l'ambition et l'immoralité. £t lorsque, à son tour, la philosophie , changeant au dix-huitième siècle de rôle avec la littéraiture , devint aussi populaire que celle-ci l'étoit peu , ses doctrines , rapidement propagées parmi ces esprits avides de nouveautés , mais dénués d'instruction , n'y portèrent de si tristes fruits, que parce qu'elles les trouvèrent sans opinion acquise , sans point fixe où rattacher une croyance ou un souvenir.
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