‹ Essai sur la littérature romantiqueChapitre 4 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De la littérature considérée dans ses rapports a^ee

la civilisation ,

Avant d'entrer dans une discussion litté»

raire, il n'est pas inutile de fixer quelques uns des principes qui peuvent influer sur ses résultats; avant d'expliquer le sens qu'oti attache à l'expression de littérature romantique, il faut définir ce qu'on entend par lit* térature en général. On nous pardonnera donc d'entrer à cet égard dans quelques détails nécessaires pour justifier les opinions qui sont présentées dans cet essai.

Qu'est-ce en général que la littérature?

Quelles sont les causes dont elle dépend? 'On aborde avec plus de confiance la solution de ces questions , aujourd'hui qu'elles sont éclaircies par les idées de plusieurs écrivains récens. Si la première eût été proposée aux critiques

des derniers siècles, peut-être auroient-ils répondu que la littérature est Tensemble des ouvrages destinés à procurera l'esprit un agrément mêlé d'instruction. Cette définition apprend bien en effet de quoi la littérature se compose. Mais sous ce caractère extérieur s'en cache im bien plus essentiel et bien plus général. La littérature est Ib réceptacle Àw idées et des sentimens qui composent la culture intellectuelle et morale des nations; elle mty comme l'a dit avec justesse et conci^om tm auteur moderne % Fexpressian de la sa* dété, si, généralisant l'acception de ce der^ nier mot, on s'ea sert pour désigner une constitution intellectuelle et morale des.peu^^ pies dont on considère la littérature.

- Cette opinion faât dépendre Is^ littérature 4àe la société, et, au premier abord^ l'inverse de la proposition sembleroit plus vraie. On pourroit croire que la société, au lieu d'entraîner la littérature , marche à sa suite , etea devient en quelque sorte l'écho , et qu'ici v isoiame dans d'autres cas, quelques hommes

' M. de Bonak).

privilégiés décident, par rinfluence de leur génie, du caractère de la société qui les en* toure. On a tant parlé dans ces derniers temps de rinfluence des écrivains, Ifosprit de parti a tant insisté mir quelques exemples , et Ton a mis ei|;-inéiiie tçttps si peu de précision dans le9 termes àe la discussion , que la que»* tion, ainsi . ééttaturée , est devenue problématique aux 3F6UX de beaucoup d'homme»

éclairés. Cette question , en effet, est suseep-; tiUe de bien des solutions , suivant les divers aspects sous lesquels on l'envisage , et les di« verses acceptions qu'on donne aux termes.

Lesdistincticmssuivantescontribuerontpeut** être à jeter quelques lumières sur ce sujet, bien digne d'ailleurs qu'un écrinrain au niveau de cette tâche en fit un jour l'objet d'une dis» cussion spéciale.

Si vous considérez l'état des sciences au milieu de la société (et aous ce terme de 9€Îences,nou&comprenonssei||iasientles con** 9oissances qui se rapportent à l'étude des Ioî$ de la nature ou des vérités mathémati-»

qaes ) , vous n'apercevrez aucune liaison né^ CMsaire entre leurs progrès et la marche ém

ht société prisé abstractivement de ses mem-^ bres. Ici, 9^que découverte nouvelle, chaque perfedionnement obtenu sont dus au génie ou à la patience d'individus isolés ; la masse reçoit comme résultats acquis les con<* noissances auxquelles quelques hoi^pies distingués s'élèvent. Mais jamais la marche de la société , considérée en elle-même , ne jettera dans les sciences une idée qouvelle, ne dé-' mowlrera une vérité ignorée. Les savans , en un mot , font les sciences ; et , par exemple ^ telle est ici l'influence des hommes de génie ,> que si Kepler et Newton n'eussent point existé , les lois de la gravitation et de la lu-» mière seroient peut-être encore inconnues.

Si vous jeté» les yeux sur les sciences mo-»

raies et philosophiques, comprises parfois aussi dans le terme général de littérature y vous ne reconnoîtrez plus cette simplicité qui marquoit la marche et les progrès des autres. A l'infliience des individus se joint l'influence de la société , et ces deux causes exercent chacune un genre particulier d'ac** tion. Les idées répandues chez un peuple en Morale, en politique^ en législation, sem^

blent tenir, quant à leur mode d'existence , à l'état particulier de sa civilisation, bien qu'elles dépendent, quant à leurs progrès^ dès travaux des hommes distingués. Des cirr constances antérieures (nous essaierons bien* tôt d'en fixer la nature) eh déterminent, le caractère : les communications des hommes entr'eux, les relations multipliées entre les dififérens ordres de la société , en Datvorisent la propagation. Enfin , les hommes de génie jettent sans cesse de nouvelles lumières au sein de la masse en mouvement, et hâtent l'impulsion qui l'entraîne. Mais soumis euxmêmes à l'influence de cette impulsion , ils n'en changent point la direction; souvent même ils ne la jugent pas ; et presque tou-* jours , dû'point d'où ils partent , on -peut me* surer là hauteur où ils doivent s'élever. On a si'bien senti la réalité de cette direction gé* néràlé des idées, indépendante de l'action même des écrivains, qu'on l'a dés^née par cette dénôniination à^ esprit du t^rnps, qui en'attestè l'existence et la force. Toujours reilafti^e au^ développement des sentimens. moraiîk et à la-masse des lumières a«qiitse$ , elle

suit dies les peuples les diverses périodes de leur ciTilisation. L'histoire nous montre Tesprit humain portant successivement son acti-* vite sur les divers objets de ses' intérêts ou de ses croyances , et n'atteignant un butque pour le remplacer par un autre. Prétendre Tarrêter au milieu de cette marche ^ c'est se croire le pouvoir de changer les lois de sa nature , qui ont £8iit de la spontanéité de la pensée le plus bel attribut de son espèce. Mais les hommes de génie , qui du sein de la masse proclament les opinions qui l'agitent, ne sont pas tant la cause du toouvement général y qu'ils ne se développent eux-mêmes à son aide ^ et leur ascendant n'est vraiment grand , que quand il s'exerce dans le sens des idées régnantes , comme les effets produits par l'éloquence sur une multitude ne le sont que dans le sens des passions qui la tourmentent. U n'y a en morale et en politique de grandes et de stables xévtH Itttions que celles qui sont &ites dans l'opi* nion , alors qu'ils en annoncent la nécessités Tout ce qui dépasse Tesprili du siède n'ex^cç sur l%ii qu'une influence nulle au éphémèw^ Quand Charlemagne orgânisoit, auipilieud^

ï9 VExiraft enci»e barbare, les ^àfilukens de 1» dvilbaniony il ne fiàsoit que livrer o^ oir* timge d'im autre tempd aux causes de des-* troctioii qm en provoquèrent k dissolution apràâSâniort. . . ,

Bt qu'on . ne s'étoiMe floint de eelte ia^ fluénce de^ drocNMttalices sstr les enivres d» FinteUigenoe; Qi»'est4^oe que le nombre d'n dées que Te^mt le {4us indépendant ne doit qu'à lui seul , si on le compare à FiUDmenfle quantité de ««Hes qu'il tient de tesseisabia* blés? QnekMnt lèsi préjugé» nationaux ^ hm erreurs popufeires que dje» beflaunes de génie n'aîent point partagés y propagés «Mme ?.

Iwesprît» les |dusi privilégiés eft^ichéa à le<lr «ècle ét.^k reœVMit Fitteâai^able ^sfMmiite'? Sans doute, il est difficile, dans cette infiueftce réciproqtie de9 hofOQies' sor les* circoÉtstaiices , et de^ circié^Stâttced' suf eti*, de déterminer avec précision ce que la socîété reçoit et ce qu'elle donne; ce q\ii rattache un.£Tand bQmme 4 son siècle, et ce qfii l'^y^,. aurdesfu^. ^lai^ ç&ttç influence erâbter; on Ji'i^^rfÇpitidAns.tQW IfSi.éiréisieDtieiis

qui en mtfc^ent la durée^ Sans R^fer et!

Newton , avons-nous dit ,^ le système du) monde seroit peut^tre encore ignoré. Abâsqui oseroit nier ou affirmer avec la même assurance que , sans Luther , la réfoi!matioii, du seizième siècle ne. se fut point faite; que, sans Voltaire et Eousseau, le duc*-; liuitième siècle n'auroit point vu la révolue tton politique qui en signala les dernières»

liniées'?

'Enfin, si vous portez les yeux sur la littéiature , en restreignant le sens dé cette ex-^. pression aux ouvrages d'invention ou d'imaginatioai , aux fruits du génie poétique , vous iMft'dbuterez plus de l'influence qu'exerce sur lAle l'état de la civilisation, ou jdutot. V0usn'y verrez plus que cette influence \ iei , eae*

''L'extQpsioB^qtt^on idomije a^ mot de lAtératuré (pris ici pour easeoible de. productions de Tesprit humain) est sî sujette à varier, qu'il n'est pas inutile de fixer avec quelque précision celle que nous lui donnons dans cet ëcrit. La littérature peut être considérée sous deux grands aspects : elle est un oM quand &eé prodhctioits sont le fruit d'un talent que la nature seule donne et àkkit ta Maréhe 'et^ ies^^l>€4M «è peuvent

eSet^y il ne s'agit plus de chercher des vérilés placées hors de rhomme et doaées d'une existence indépendante de la sienne; il fiittt le prendre lui-même avec ses sentimens et

être ni enseignes ni appris ; elle est une science quaiid ces productions sont dues au raisonnement et à la méthode et présentent des résultats susceptibles de démonstration et d'enseignement. Ni le poëte , ni Toraleur, ne nous diront comment les conceptions et les images qui charment en eux se sont présentées à leur esprit; ils l'ignorent eux-mêmes, c'est le din de la nature , c'est une faculté primitive qu'ils exercent. Au contraire., le moraliste et le puUiciste expliquent par quel échafaudage d'idées ils sont parvenus aux résultats dont ik nous forcent à reconnoitre la justesse. L'un semble exercer un art, quand l'autre professe une science. Les deux genres sont joints par lé style qui prête aux ouvrages de raisonnement le charme des ouvrages d'imagination; mais quelque intime que soit cette liaison, on peut les séparer par la pensée. Or q est sous ce premier point de vue seulement que nous considérerons ici la littérature ; elle comprend pour nous la poésie et l'éloquence. Tout ouvrage qui auroit pour but spécial la démonstration méthodique de yè^ rites morales ou philosophiques, quel qu'en fût d'ailleurs le mérite Irttéraire , sortiroit des bornes 'dans lesquelles nous tâckerons de nous renfermer

ses facultés 9 et 9€ servir de ce» moyens d<m^ Béft.d'avaxieepoiir lui plaire , pourrintértssér DU rémouvoir. Or, l'imagination <et la seasi^ bililé ne sont point des faooités usÛYerBeUes et abstraites comme la raison; leur action tient à des notions , à des préjugés même que la société développe et qui varient comme elle. Il n'eçt qu'une manière de bien juger ^ parce q;ue la vérité à»j^ Le^ choses est mg^ ; mais bkn sentir «st un fait ^attf , pour 1er quelmiUerègle générale n'eKisle,«t qui reste abandonné à Finfluence de causes variables et accidentelles. Sans doute , il est dans le cœur de l'homme , comme dans son intelligence , des facultés générales qui lui font partout compre^dre un icertain ordre de beautés* Ca^t paroles que les ouvrage;» de génie triaverseQt les sîèdes , et se font admirer de Ix^ua les peuples , comme ^ils avoient été composés pour eux tous. Mais ces facultés mêmes , combien elles sont soumises dans leur développement à l'action puissante des circonstance^ ! Combien elles se modifient suivant les diverses positions social^ I Et quelle distance , enfin , de l'homme abtfrait , égal à 5oi-

même dans tous les états de la civilisation, k rhomme réellement existant , c'est-à-dire entouré des mœurs , des opinions et des préjugés qu'elle lui a donnés , et refondu en qu^que sorte par elle ! Telle est la condition qui règ^e Texercice et le caractère de nos facultés , que plus on généralise dans Thomme ses idées y plus 6n aperçoit d'unité dans sa nature; plus on se rapproche de ses sentimens , plus on lui reconnoit de modes différeds dTexistence. La raison est le seul point de notre intelligence que la nature ait sonstrait à l'empire des circonstances. Tous les peu^ pies s'accorderont sur les Térités matliématiques; ib disputeront sur la morale, et se comprendront à peine sur tout le reste. Et quelle sera dès lors la base des effets littéraires , sinon leur accord intime avec Pétat particulier et déterminé où la civilisation a placé l'homme ? Que sera le talent littéraÎM', sinon l'art de profiter de toutes ces circonstances qui donnent accès dans son Ame i l'émotion , à la foi , à l'enthousiasme ?

Aussi voit -on la littérature compagnf fidèle des idées populaires partout où des

•a4 causes paï'ticuliéFes n'en ont point altéré la direction. Un grand exemple est fourni à cet .égard par la littérature antique, ainsi que .nous le montrerons bientôt; mais avant 4'en- ;trer dans ce sujet , et maintenant que le cens .et l'étendue de cette proposition , que la lit- .térature est l'expression de la société , sont ainsi fixés, voyons quelles sont ces causes gé- ^nérales et antérieures dont la littérature, ainsi définie , dépend* ,,

' , Il est clair que la question revient à étudier les caus^^.qui déterminent chez un peuple Xétat et le caractère de sa société; car si, .domme on vient de l'établir, ces deux choses , la société et la littérature , sont dans un rapport constant ^ étudier les causes qui ontdé- .terminé l'état de la prenaière, c'est indiquer Ife principe auquel l'autre se rattache. Es- .$aypn$i de fiixer nos idées sur quelques points d^s cette recherche , l'une des plus intéressantes qui soient offertes à la spéculation philosophique. Son issue répondra à la seconde des questions, que nous nous spn^mes proposées au commencement de ce chapitre.

Nulle société n'existe sans.antécédens'qui

détermiiient invariablement son mode particulier d'existence 9 et il en est de la vie des nations comme de celle des individus qui peuvent assigner à chacune des circonstances où ils se sont trouvés, son effet .sur leur .manière de juger et de sentir. Toutefois existe-t-il dans Tordre moral un perfection* nenios^ al^solu, auquel toutes les sociétés humaines parviendraient avec le temps , quel que fût leur point de départ ? L'affirmative .^sanbleroit résulter de l'identité, même de notre espèce ; mais , sans parler ici des obstacles par lesquels la civilisation borne, ses propres progrès, la durée des sodétés est UjQdîtée par tant de causas, que les siècles Baanquënt à ce développement insensible, et qu'il ne £aut guère espérer de les voir atteindre , par deux routes différentes , à cette unité de résultats. L'histoire nous les montre fournissant, entre deux révolutions, une carrière déterminée, et atteignant seulement dans leur marche au, genre de perfecidonnmnent que les circonstances mettent à leur portée. Ainsi la somme de civilisation augmente d'âge en âge; mais son principe etsà direction demeu-

rcnt pour elle distincts et liés k des causes premières et indépendantes.

Quelles sont ces causes et quel est leur ordre d'influence ? On s'est assez entendu sur la première de ces deux questions , tandis que ia seconde a donné lieu parmi les publicistes à de grandes discussions. Trois causes premières, ariron dit, le climat, le culte ef les institutions , agissent sur la civilisation des peuples ; et à leur mode d'action , se ratta*^ chent plus ou moins directement toutes les autres. Le climat, dénomination générique sous laquelle on doit comprendre tout ce qui tient aux circonstances physiques comme -U température, la nature du sol, sa position géographique, etc., est la première dans Fordre des temps. On a beaucoup disputé sur son influence que les uns, à l'exemple de Montesquieu , ont regardée comme immense, et que d'autres ont presque entièrement re* jetée : peul>étre , dans cette discussion , nV t-^on pas assez distii^gué les époques. Dans Fenfisince des sociétés , le climat doit agir avec ime grande énergie; mais la civilisation une fois commencée , des causes plus immédiates

»'en ^mfênmt et en diipoMBt êé^onoacà. Mt en effet, il en est du climat comme de toute laitro force physique ; um actiou est tout extérieure; or les peuf^es comme les îndivi*dus sont d'autant plus vivement affectés psr ce qui vient du dehors , que leur développe»

ment intélleetodi est moins avancé. L'homme civilisé oppose aux impressions physiques.)a réaction de Fétre numd; mais la nature est la seule puissance pour qui ne connoit pas faaeore la pensée.

La société s'est à peine éfahUe qu'il s'y développe un second moyen de civilisation, fondé sur une acuité générale , sur un besoin constant de notre nature, le culte reli» giepx. 3aii action suit de bien près celle du climat, puisqu'il n'est guère de peuple où quelque croyance religieuse n'ait existé pen«dant une période notable de sa durée. Mais bien plus constante que cellenci, cette action croît avec le temps, et, à une époque dé-»

terminée, dispose souvent en entier de la ci^ vilisation dont, suivant sa propre nature, elle fixe la direction, accélère ou retarde les progrès. Cest de l'adoption de leurs opinions

religieuses qu'ont d^endu et que dépendit «Dcore les destinées des nations les plusoé* lèbres. Génie des arts, culture de l'esprit, état de la société, tout seidble s'être d'abord allumé à ce fayer surhumain. La législation civile ellerméme ne s'est souvent établie x{u'à l'aide des croyances religieuses. L'histoire écrite^ nous en montre l'influence dans les révolutions qui ont précédé leur établisse* ment ou leur chute, et en faisant presque constamment dater ime nouvelle ère pour les peuples, 4® leur seul changement de culte.

Viennent enfin les institutions, ' ordre im* mense de faits, qui comprend la forme de gouvernement, les rapports avec les peuples étrangers, les lois civiles et domestiques, etc. Elles ne s'établissent et ne font en général sentir leur action .que postérieurement aux causes précédentes. Quelquefois, il est vrai, des peuples montrent dès leur origine les traces des institutions qui les régiront un jour; mais ces premiers élémens n'acquièrent sur la civilisation une véritable influence , qu'à l'aide de l'extension et de la fixité que

^^9 leur donné le temps* Toutes les nations ne parviennent pas au degré de culture qui comporte rétablissement d'institutions fortes et durables. Mais iocsque, listYorisées par la nature et par les circonstances , elles ont franchi ce degré, on les voit recevoir, de la réaction Mftsw de ces institutions, une impulsion rafi^ et s'avancer désormais à grands pas dans la carrière du perfectionnement social.

A ces trois causes se rattache l'état de la sotiété chez tous les peuples, et à leur action successive correspondent aussi trois, degrés progressifs de civilisation, naturelle, religieuse, et politique. Tous les peUpto ae sent point passés par ces trois degi*és, et la. nature ne sanble niéme pas les avoir toujours destinés à les atteindre. Il en est qui fi^uentent les nations civilisées saûs faire un. pas- qui les en rapproche et qui, compo* 5^ : d'êtres semblables à nous comme mai* ^idus, semblent en différer comme nation; d^siulmes, atteigàanti^apidementiua degcé su-) périeur de lumières, y bornent tout à coup leurs progrès. Ainsi les vastes empires de F Asie se transmettent, depuis des millters

d'années, des élément de civilisation qa'oit dirait que la nattire leur a refusé la facuké de |>erfeetionner. C'est que les mêmes cauMS qui, appropriées au développement des fa*^ eultés humaines, accélèrent la civiUsatioii , arrêtent ses progrès^ s'ils lui sont contraires. La civilisation naissante ressemble à Vm&Stt^ dont l'avenir est fixé par des principes iû^ culqués dans un âge tendre; et par une trisM £fttalité, les erreurs du siècle présent lient quelquefois aussi la postérité. Deux peuples dans l'antiquité ont seuls paru marcher d'un pas assuré dans cette carrière du perfection-* nenient humain où l'Europe moderne les a aujourd'hui devancés. Les lumières qu'ik avoient acquises ont été le premier foyer oà s'est allumé pour celle-ci le flambeau qui L'édaire. Mais puisque en général l'homme peotv par ses propres oirvrages, borner lui*méme sa marche dans la civilisation, rien n'est n&^ cessaire dans les progrès qui ont été faits^ Ces progrès qui ont do être favorisés par lea circonstances^ potnroient être empédoiés pair elles; et il n'j a nuUe difficulté à conceii!Qii{ kl terre entière peuplée de nations qui ron-^

leroient, comme celles de l'Asie y dans le cercle vicieux où elles se seroient elles-mêmes pla* cées. Dès lors ceux qui, dans une discussion célèbre, ont fait d'une perfectibilité indéfinie une nécessité de notre nature, ont peut*etre dépassé- la vérité pour n'avoir pas assez gé» néraliaé leurs vues-; car ce qui n'est qu'une heureuse possibilité dans la condition de l'homme, ne,|ieut être regardé comme un résultat indispensable de sa nature. ^

La littérature peut-elle prendre naissance duns chacun des périodes correspondant à l'action de ces trois causes? Il sanble d'abord que l'ignorance d'un peuple qui n'a pas en* jCore franchi la première, exclut la possibilité de toute création littéraire. 6e jpendant quelque ouvrages dont l'authenticité n'a été que partijellemeii^t contestée , e t. surtout les . traditions de rhis^ire , prouvent que même alors Ue^it>hi|IIWÛA s'est «enti le besoin de ré* piusdre fiui dehors l'ei^préssion des sentimi»is qui Iç ren^pli^sçii^s^:? et.qw soipventil l'a fait avec- bçnhpur. C':^t que. si de tputes pos fa« ^tés riiûaginutioU '.est. cette qui se perfec? tionne le mqins , elle est aussi celle qui se

développe le plus tôt. Le sentiment dans rhonune précède la réflexion, et de là vient que la poésie, ce produit apparent du plus

haut degré de ôulture, est pourtant aussi la première de ses créations. Màis^ sauf ces cas rares, c'est à une époque bien pd^rieiîre et sous l'empire soit d'i» cuke, soit d'insti* tutions dès long-temps établies, que la litté^ rature a pris véritablement Q^i^ance. Nous la verrons, parmi les natibns antiques,- sortir du sein des croyances religieuses; parmi les modernes, des institutions et des moeurs.

Cependant ces causes ne suffisent pas pour en développer le germe; une organisation heureuse et des circonstances appropriées sont encore des conditions nécessaires. Des nations entières, Tancienne Egypte, par exc^ pie, semblent en avoir été privées par des institutions qui arrétoient en quelque sorte la vie et pétrifioient la pensée. D&ns ce vbste tableau des sociétés fauniaines, les eiM:eption$ se pressent en non^re aussi grand- que les règles, et prétendre tout ramener à Fuilité , n'est souvent. qu'ignorer la difficirité et ndh pas là résoiidre. ' ^

' Mais, en général , sHl existe dans* cette irariété deux peuples qui se soient constituée ifar des bases absolument difiTérèntés, où lé climat, la religion, les institutiotis se distin* guent non par de' si^iples nuancés y liiàij par des caractères tranchés, ne dfevra-tKm pas s'attendre à trouver dans le réisiilfat du développement de leurs fecultés , lés traces de ces difiFérences ? Et la manière de juger et de sentir de l'un pourra-t-elle jamais représenter fidèlement celle de l'autre ? Prenons pour exemple les nations antiques opposées aux nations modernes. Comparons les îles brillantes de la Grèce et leur ciel toujours serein , avec les brouillards et les forets du nord de l'Europe; le polythéisme d'Homère avec les rites du christianisme; enfin les démocraties anciennes avec les institutions féodales ou avec les monarchies actuelles. Quels tdiîtsd&l^essemblance trouverons-nous entre ces peuplés, autres que ceux qui tiennent aux notions abstraites de l'humanité ? et devivons - nous nous étonner que des hommes élevés dans un ordre de choses si différent , aient acquis un ordre différent d'idées, se

si^i^X coi«$tit;uéa moralem^t sur un plan liftrtiqvUer à cbactm d'eux; et que dè$ lom la littérature , qui n'est que l'etpresaion de cette con/^t&t^tioii morale , ne ae ressemble pas plus 4an%. Im dw9( nations, qu^ l^s causes qui lui €^t don^é itE(is$anqe? C'est au dév^kippe" mj9nt de iQit aperçu, que vont être consacrés les deu^ cliapitres suivans.

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