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dans ce sentiment que le principe conservateur d'une forme particulière de gouvernement, la monarchie ; mais c'est justement ce qu'on lui a reproché , d'avoir ainsi borl|é à un cas particulier l'application d'un priipcipe qui vivifie l'ensemble de. nos institutions sociales.
L'exagération de ce sentiment et les suites d'un zèle religieux peu éclairé, introduisirent l'usage des duels, ce mal ineonnu.à la société antique. Dans l'origine , cette |ânglante coutume ne fut qu'un moyen laissé au juge de découvrir la vérité et aux parties de prouver leur bon droit : l'expérience et le raisonnement bannirent peu à peu du temple de la justice un tel genre de preuve.
Mais l'usage déjà enraciné dans l'esprit des peuples, survécut comme institution de l'honneur, à son abolition, comme institution des lois. Justement décrié par tout ce que l'Europe a eu d'esprits éclairés , sévèrement puni par la législation, il a résisté à toutes les attaques «t lassé la constance de ses plus opiniâtres adversaires : avertissant ainsi le législateur que l'opinion qui le sou-
tenoit pauToitseule le détruire. Aumilieu des maux qu'il tradne à sa suite , peut-^tre a^^t^-il Contribué à introduire dans la société mo^ derHe <^«te politesse rafiEuiée inconnue à la société antique, ces concessions innombrsH blés £sdtes par la supériorité de forces et de rang, qui allègent du moins pour le foible le poids des inégalités sociales.
Enfin insistons une dernière fois sur cet Importait contraste qu'établit entre la société acfeUelte et^^Ue des anciens , la différence du rôle qu'y jouent les femmes* Partie essentielle de l'Etat diez les mocfemes, l'inégalité natu* relie et la nécessité politique ne les ont ex* dues des prérogatives de la vie publique , que pour leur livrer en entier le domaine de la Vie privée. Des considérations qui leur sont étrangères oat posé les bases de l'édifice social , mais leur influence en a réglé tous les détails, et, comme on l'a dit avec justesse , si (kns la société moderne les hommes ont fait les lois , les femmes à leur tour ont fait lès mœurs. Déjà noij# avons signalé les conséquences qu'eut la réclusion des femmes sur celles des anciens; nous apprécierons
7' plus tard Ic^ résultats de cette différence quant aux littératures des deux peuples.
Les siècles modernes, en réformant ou modifiant les ét^lissemens du moyen âge , n'en ont point changé le principe. Les progrès faits pendant leur durée par la société européenne, sont non le commencement d'une civilisation nouvelle, mais la conti*nuation d'ime civilisation déjà commencée,* le développement d'un édifice dont les premières et les plus importantes mmses étoient posées. Tout ce -qui caractérise le siècle actuel , gouvemeùient représentatif, arialo* cratie héréditaire, jugement parjurés, eut son germe dans les siècles antérieurs- Les lumières acquises ont éclairé la marche de la société, mais n'en ont pas changé la direction.
Ainsi constituée , l'Europe moderne avoit acquis pendant la longue période qui s^e^ écoulée depuis Chariemagne, jusque vers le milieu du quinzième siècle , une manière de juger et de sentir conforme à l'ensemble des causes qui avoient agi sur elle. Comme la Grèce apcienne elle avoit ses goûts, ses opi-
nions , ses préjugés , et les deux civilisations se développant cdiacune sur un plan particulier , sembloient représentées par ces deux genres d'architecture , gothique et ancienne , qui diffèrent d'origine et de principes , marchent parallèlement ensemble sans confondre leurs effets, et sans que l'esprit puisse juger l'impression qu'il reçoit de l'un par la connoissance des règles empruntées à Fautre. Si l'Europe alors , dans les développemens progressifs de kkpensée et de l'imagination, fût restée livrée à ses seuls élémens de culture , si nulle influence étrangère n'en eût modifié l'action, on auroit vu naître partout sur son sol une littérature vraiment. nationale, comme celle des anciens 7 et où se seroient retrouvés, sans addition et sans mélange, tous les traits qui caractérisent sa civilisation. Dès avant le quinzième siècle la France en avoit donné l'exemple. Les poésies de ses Trouvères, ses apciens fabliaux ; ses anciens romans de chevalerie y composoient dès lors une littérature basée sur des traditions populaires , sur la peinture des usages nationaux, surtout sur l'esprit galant et militaire du moyen âge.
Dénuée sans doute de ce genre de variété et de profondeur que donnent seules l'd^on* dance des lumières et l'habitude de la ré^ flexion , elle étoit du moins en parfaite harmonie avec le génie delà nation. Si, corrigeant ses imperfections sans changer son principe , la FraBce fût restée fidèle à ces premiers essais de son talent littéraire, elle jouiroit aujourd'hui des avantages trop peu sentis d'une littérature née et perfectionnée sur le sol de la patrie.
Mais on entroit alors dans le quinzième siècle, époque à jamais mémorable par cette invention de l'imprimerie qui devoit désormais ix^uer si puissamment sur la civilisation.
Jusqu'alors les productions littéraires du génie antique, reléguées dans les chartiers des monastères ou dans les collections d'un petit nombre de savans , étoient restées inconnues à la masse de la nation. L'imprimerie, en remplaçant par des procédés simples et rapides le travail long et dispendieux des copistes, les répandit bientôt jusqu'à la pror fusion dans les classes élevées et moyennes de la société. L'admiration que durent ins-
pirer des ouvrages aussi parfaits dans leur genre multiplia le nombre des lecteurs* Lea sciences qui dormoient encore, laissoient l'activité des esprits se porter tout litière vers les lettres, et cette activité étoit d'autant plus grande que l'engourdissement dans lequel ils étoient restés plongés avoit été plus profond. Déjà l'application à notre droit civil , des principes de la jurisprudence romaine avoit rendu familière la connoissance des langues anciennes. On étudia, on commenta sans relâche les ouvrages de la Grèce et de Rome. Ceâ brillantes composi* tions d'une civilisation perfectionnée étoient si supérieures aux informes essais des contemporains! Les richesses antiques Êdsoient si bien ressortir la rustique simplicité des modernes ! On adopta leurs principes ; on se pénétra de leur esprit; on fit passer dans la langue vulgaire celles de leurs beautés que la traduction ne détruisoit pas ; on traita de gothiques et de surannés le petit nombre d'écrits qu'avoit produits ime inspiration puisée dans les sources nationales. Enfin une grande révolution s'opéra dans les
idées ; la France y prit part plus peut-être qu'aucune autre contrée de l'Occident, et son influence sur la littéiature naissante d'un peuple , jusqu'alors adonné tout entier aux armes, se fit bientôt sentir. Est-ilbesop d'ajouter que ce fut sous beaucoup de rapports d'une manière funeste ?
Sans doute les ouvrages des anciens m distinguent par des beautés d'un ordre supérieur, et méritent la place que leur ont de tout temps assignée les nations éclairées. Mais ces ouvrages, fruits d'un génie étranger, furent écrits pour le siècle qui les vit naîtrç^ ou plu*» tôt sont l'inspiration de ce siècle. Appropriés à l'ordre de choses qui existoit alors, ils en portent l'empreinte et lui durent letirs anciens succès. Si la Grèce entière apj^udissoit à ses orateurs ou à ses poètes , si la représentation de leurs productions y excitoit des transports dont aucun autre âge n'a reproduit la vivacité, c'est que ces produc* tions ofiroient à la masse de la nation l'i* mage de ses mœurs, de ses sentimens, de ses croyance^; c'est qu'elles étoient populaires , dans toute l'étendue de cette exprès-
7^ sion, Mais en les transportant dans les langues modernes, chez des peuples qui n'avoient presque que le «cm d'hommes de commun avec ceux de l'antiquité, devoit-on leur accorder autre chose que l'admiration qui est due au génie sous quelque forme qu'il se présente? Et &lloit-il citer coihme des modèles-pratiques, et imposer comme tels à l'imitation des modernes, des productions aussi étrangères à leurs mœurs , à leurs lois et à leur culte ?
Nous reviendrons dans la suite de cet écrit sur les conséquences qu'eut en France un tel système d'imitation. Si le reste, de l'Europe eût partagé au même degré l'impulsion qu'elle en reçut alors , il faudroit renoncer à trouver dans la littérature des modernes, ce caractère de nationalité si firappant dans celle des anciens. Heureusement , les circonstances particulières qui déterminèrent chez elle cette révolution littéraire , n'exercèrent point ailleurs , aussi promptement du moins , la même influence. En Allemagne, la nature du Nord et une langue dont l'originalité repoussoitrimitation,méme
dans la pensée; en Espagne et en Angleterre, des mœurs nationales fortement prononcées; en Italie enfin , les souvenirs récens du moyen âge empêchèrent la subite naturalisation du système introduit en France. Peut-être aussi cMt^ déférence dépendit-elle de quelques bh)gr6s que la France avoit faits dans la car^ rière des sciences, de plus que ces nations, rita^ exceptée. Un certain degré delumttifes suffisoit pour reconnoître la supériorité des anciens ; mais un degré bien supérieur eût été nécessaire pour faire sentir les inconvé» niens de leur imitation. Quoi qu'il en soit des causes, les effets parlent d'eux-mêmes* en jetant les yeux sur la littérature européenne au sortir du moyen âge, on ne trouve de grands poètes nationaux que hors de notre patrie; et cette supériorité qu'elle s'étoit acquise par ses romanciers et ses Trouvères, passant en d'autres mains, ne lui laissa désormais fonder sa gloire que sur les progrès du système d'imitation que nous la verrons adopter.
Essayons maintenant dans cette diversité d'époques et de lieux, de rassembler les
moniimens épars de cette poésie nationale des modernes. Leur rapprochement en fera mieux saisir Fanalogie, et au milieu des différences accidentelles , mettra au grand jour les traits communs qui les caractérisent. Nous en composerons une littérature vraiment indigène à l'Europe moderne , ou nulle pensée empruntée, nul sentiment Êictice, ne choquera Tesprit desa civilisation. AjjGiuter maintenant que c'est à cette littérature que convient le nom si vaguement employé de Littérature Romantique , c'est exprimer sans doute et non prévenir la pensée du lecteur.