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Leurs vers, rimés et divisés comme aujourd’hui en strophes, montrent la haute
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antiquité de ce genre de poésie parmi nous.
Quelques unes de leurs productions, sauvées de l'oubli des âges, attestent les bons effets de cette institution, qui périt dans les Gaules sous les invasions des Romains, maïs qui s'est long-temps conservée dans des contrées plus heureusement placées.
Tels étoient les peuplés qui devoient sorür de leurs forêts pour renverser une puissance qui pesoit depuis si long-temps sur le monde. Les siècles qui suivirent l’établissement des peuples du Nord, dans les Gaules, en Espagne , en Angleterre et en Italie, amenérent des guerres si sanglantes, des révolutions si nombreuses, des bouleversemens si rapides , que la civilisation , entraînée sous les débris des institutions et des arts, parut suspendre sa marche pour les vainqueurs comme pour les vaincus. Quelques siècles plus tard, Charlemagne, maître de lOccident, voulut prévenir les résultats du temps et organiser les élémens discords que la fortune avoit mis dans ses mains. Mais l'ouvrage
élevé durant sa vie dut céder après sa mort
aux Causes toujours subsistantes qui en pro-
voquoient la dissolution. L'Europe, livrée à elle-même, retomba pour plusieurs .siècles encore dans l’état d’où son génie vouloit la tirer. Cependant ce long espace de temps qui s'écoula jusqu'à l'époque célèbre des croisades, signalée par l'histoire comme la période la plus calamiteuse pour le genre humain dont ses annales aient gardé le souvenir, ne fut point perdu pour les siècles à venir. Alors s’établirent solidement en Europe cette religion chrétienne et ces institutions du moyen âge, résultat de ses mœurs primitives et sources premières de la civilisation actuelle. Elles ont déterminé dans les lois, dans les mœurs et dans les arts, ce génie des temps modernes , et c’est dans leur esprit même qu'il faut l'étudier. Rappelons ici quelques faits relatifs à cette étude , en nous attachant surtout à celles de ces causes dont l'influence s’est spécialement dirigée sur les sentimens ét sur les mœurs, élémens principaux de la littérature.
La religion se présente la première et par son importance absolue et par soninfluence réelle. L'Europe moderne n’a pas vu, comme
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la Grèce antique, sa religion naître et se dé: velopper sur son propre sol. Ce fut sous le ciel du Midi et au milieu des pompes, de l'Orient que fut placé le berceau du christianisme. Mais cette religion, née dans de telles circonstances, semble se plaire également sous tous les climats et dans toutes les régions; c’est qu'indépendantedes différences qu'établit entre les peuples une position donnée, quant aux circonstances physiques ou aux institutions, elle n’a considéré dans l’homme que les besoins communs de sa nature. Ses dogmes, dépouillés de ce que le temps et les hommes leur ont ajouté , présentent partout la même importance et la même vérité, parce qu'étrangers à ce qui, dans sa condition physique, est variable et passager , ils ne règlent que ce que sa nature morale a de fixe et de général. Aussi ladoption du christianisme a-t-elle été possible à toutes les conditions d'existence politique.
Quelques siècles après sa naissance, il s’étoit établi avec un égal succès au sein des sociétés policées et des peuples à peine sortis de la barbarie, dans les forêts de l'Occidéntcomme
sous le ciel du Midi. Par ce seul fait, et indépendamment des résultats de sa doctrine, il avoit jeté les premières semences de concorde entre des nations que la nature et les mœurs tendoient à séparer; car l'adoption
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d’un même culte, quel qu'il soit, est pour les peuples comme pour les individus, un motif prochain et efficace d'union.
Mais le développement de ces premiers germes fut surtout favorisé par l’esprit de douceur et de charité qui fait la base de ses préceptes. Il seroit inutile d'entrer à cet égard dans des considérations tant de fois présentées ; les faits d’ailleurs parlent assez hautement, et les changemens opérés dans la législation et dans les mœurs témoignent assez des résultats de son influence. Les nations modernes , formées par le christianisme, ont su repousser, même dans des temps de barbarie , des erreurs ou des vices dont toutes les lumières d’une civilisation avancée n’avoient pu garantir les anciens. Ainsi, ces guerres qui,
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dans l'antiquité, offroient le spectacle de deux
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nations acharnées l’une contre l’autre, et ne
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Ga du vaincu, sont devenues de simples luttes politiques, qui n’ont pour résultat que labaissement d’un peuple ou d’une dynastie.
L’esclavage, né de cet état de guerre où se croyoient les uns à l'égard des autres tous les hommes qui n'appartenoient pas à la même cité, dut céder à l'influence d’une religion qui établit légalité entre tous les hommes.
L'institution du mariage, si souvent méconnue ou violée dans l'antiquité, recutdu christianisme un caractère plus saint et plus auguste; elle cessa de flotter entre la liberté d’une alliance fortuite et la dignité d’un engagement reconnw par le Ciel. Ses fruits euxmêmes participèrent aux bienfaits de. cette législation épurée; les nations chrétierines ne virent plus des parens user du droit qui leur étoit jadis accordé de vendre ou d’exposer leurs enfans. Enfin, les droits absolus de l'humanité, que la philosophie ancienne avoit à peine connus, et qu’elle n’avoit jamais
fait respecter, le christianisme les établit sur
une base indestructible.
Considéré dans son rapport avec limagination et le génie des arts, le christianisme
n'offre pas de moins grandes différences. Le développement des forces de la vie etle culte des arts d'imitation caractérisoient, comme résultats, l'influence du paganisme. La religion chrétienne, placée tout entière dans la pensée, amortit dans l’homme ce besoin de l'activité physique, et le remplace par le goût de la retraite et de la méditation. La vie, dans les cultes anciens, étoit un champ ouvert à l'exercice des facultés physiques; le christianismeenaplacélepointdevuedansunerégion supérieure; ilen a réglé emploi commesi elle n'appartenoit plus à la terre. Il y a dans son esprit un détachement de ses intéréts positifs qui explique, parmi les peuples d'Occident, ce penchant pour la vie contemplative et ce vague mélancolique des idées, inconnus à l'existence active des peuples anciens. L’antiquité fut guerrière et politique ; le génie méditatif et religieux caractérise les temps modernes. Mais si les progrès de la pensée ont été favorisés par l'influence d’un culte qui rejette toute l’activité de l'homme dans son intérieur, il n’en a pu être de même de ceux des arts d'imitation. Le paganisme, insépa-
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