‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 17 sur 72 · LL VAE TT F · texte numérisé non relu

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rable des arts dans ses'fictions, mettoit tout en images et matérialisoit presque la pensée. La religion chrétienne, culte de l’abstraction à craint le contact des choses visibles et spiritualise les sens : lune, dans ses brillantes allégories , divinisoit la beauté, véritable objet de limitation; l’autre n’a divinisé que le malheur et la souffrance. Et qu'on n’oppose point les succès obtenus par les modernes dans les arts pendant ces derniers siècles.

C'est dans l'étude des monumens anciens, Dien plus que dans l'influence de la religion, que s'est allumé parmi eux le génie des beaux-arts. D'ailleurs, il ne faut point confondre Pesprit du christianisme avec la nécessité où se sont crus quelquefois ses ministres de rappeler aux peuples, par des images sensibles , le culte de ses "vérités intellectuelles. Si, parmi les beaux-arts , la musique produit les effets qui s’allient le mieux aux siens, C’est que son expression, à la fois vague et intime, semble comme lui agir sur lâme, sans l'intermédiaire des sens.

À la suite de cette religion, élément si

important dans la civilisation moderne, se

présentent des institutions politiques qui ne caractérisent pas moins la société qui les adopta. La Grèce et Rome ne nous offrent rien d’analogue à ce système féodal qui, pendant tant de siècles, a régi notre patrie et presque l'Europe entière. Basé sur les plus anciennes coutumes des peuples d'Occident, il est resté long-temps en harmonie avec leurs opinions et leurs mœurs ; il est entré dans toutes les parties de leur édifice social : au milieu de ses abus, il a développé les germes de nobles sentimens et de grandes vertus; survivant enfin à sa destruction même, il n’a cédé aux progrès de la civilisation , qu’en lui laissant partout l'héritage forcé de ses opinions et de ses souvenirs.

La plupart des institutions du moyen âge lui doivent naissance. Au premier rang il faut placer cette chevalerie si fameuse, et par ce qu'elle a réellement été, et par l’idée que limagination s’en crée. Le système militaire de ce temps, en divisant un vaste territoire entre des possesseurs de fiefs, tenus de suivre à la guerre leur suzerain, avoit fait del'habileté dans les armes, laccompagne-

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L'usage des tournois favorisa ou plutôt fut la suite de ce goût général pour la profession des armes. Cette institution célèbre ; où s’annoncent déjà, si on la compare aux jeux du cirque ancien, les résultats d’une civilisation perfectionnée, fut une école où les guerriers de ce temps se formoient à la pratique des vertus chevaleresques. Ce que les habitudes des Camps avoit de rude et de sauvage y fut adouci par là présence des femmes, qu’environnoit toujours ce respect pour elles propre aux peuples d'Occident.

On sait quel ressort donnoit aux àämes le désir de briller à leurs yeux dans ces jeux célébres. Le génie du moyen àge semble S'y être formé en entier de la réunion de ces deux sentimens, l'amour des dames et l’honneur du guerrier, remplacés dans l’âme du soldat antique par le seul dévouement du

citoyen.

Mais cette expression même d'honneur du guerrier, rappelle un sentiment presqu'aussi propre aux nations modernes que le terme qui lexprime. l'antiquité du moins n’en à

ni senti l'importance, ni généralisé l'étendue au même degré. Mais le sens qu'on y attache est si sujet à varier, que, pour mieux faire ressortir cette opposition, il n’est pas inutile d'en considérer plus particulièrement la nature.

Les anciens présententsouvent les modeles de vertus publiques ou privées ; considérées dans leur résultat, leurs actions étonnent par la grandeur d’àme, de caractère ou l’énergie qu’elles supposent. Mais le mobile ordinaire en étoit, pour ainsi dire , extérieur à leur propre conscience; ils le puisoient dans lamour de la patrie, dans le respect dû aux lois, dans l'intérêt de lEtat; et quand ces mobiles positifs cessoient d'agir, leurs penchans naturels reprenoient leur empire. L’honneur au contraire est, pour les nations modernes, une sorte de puissance indépendante des lois, plus précise que la morale même, qui remplit dans la conscience des hommes le vide qu'y laisse l'imperfection ou l'obscurité de ces règles positives. Ainsi la législation, en réglant l'exercice de notre liberté, prend son point

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de vue dans les rapports qui nous lient à nos semblables; c’est par l'influence de nos actions sur les droits de ceux-ci qu’elle en détermine le caractère. La morale, plus relevée, sait faire abstraction de leurs suites Pour n’en reconnoître que lesmotifs; mais liée dans ses vues par la généralité même de son principe, elle ne voit dans les hommes que des êtres de même nature, placés dans une même position et soumis aux mêmes dévoirs:

L'honneur, plus précis dans sa destination, les prend dans la position déterminée où le sort les place dans la société; ce n’est uniquement ni d’après l'influence de nos'actions sur la condition de nos semblables, ni d’après leur convenance ou leur disconvenance avec la dignité morale de notre nature, qu'elle les apprécie, mais plus précisément encore d’après les obligations particulières à notre position sociale. C’est dans le corps politique, une règle imposée à chaque situation donnée et dont, à la différence de la morale qui est une, on peut distinguer autant d'espèces qu’il est de diversités dans ces situations mêmes. Un grand écrivain n’a vu

dans ce sentiment que le principe conservateur d’une forme particulière de gouvernement, la monarchie ; mais c’est justement ce qu’on lui a reproché, d’avoir ainsi borné à un cas particulier application d’un principe qui vivifie l’ensemble de nos institutions sociales.

L’exagération de ce sentiment et les suites d’un zèle religieux peu éclairé, introduisirent l'usage des duels, ce mal inconnu à la société antique. Dans Porigine, cette sanglante coutume ne fut qu'un moyen laissé au juge de découvrir la vérité et aux parties de prouver leur bon droit : l'expérience et le raisonnement bannirent peu à peu du temple de la justice un tel genre de preuve.

Mais l'usage déjà enraciné dans lesprit des peuples, survécut comme institution de l'honneur, à son*abolition, comme instutution des lois. Justement décrié par tout ce que l’Europe a eu d’esprits éclairés, séverement puni par la législation, il a résisté à toutes les attaques et lassé la constance de ses plus opiniâtres adversaires : avertissant ainsi le législateur que l'opinion qui le sou-

tenoit pouvoitseule le détruire. Aumilieu des maux qu'il traîne À sa suite, peut-être azt-il contribué à introduire dans la société moderne cette politesse raffinée inconnue à la société antique, ces concessions innombrables faites par la supériorité de forces et de rang, qui allègent du moins pour le foible le poids des inégalités sociales.

Enfin insistons une dernière fois sur cet important contraste qu’établit entre la société actuelle et celle des anciens, la différence du rôle qu’y jouent les femmes. Partie essentielle de l'Etat chez les modernes, l'inégalité naturelle et la nécessité politique ne les ont exclues des prérogatives de la vie publique, que pour ieur livrer en entier le domaine de la vie privée. Des considérations qui leur sont étrangères ont posé les bases de l'édifice social, mais leur influence en a réglé tous les détails, et, comme on l'a dit avec justesse, si dans la société moderne les hommes ont fait les lois, les femmes à leur tour ont fait les mœurs. Déjà nous avons signalé les conséquences qu'eut la réclusion des femmes sur celles des anciens; nous apprécierons

À plus tard les résultats de cette différence quant aux littératures des deux peuples.

Les siècles modernes, en réformant ou modifiant les établissemens du moyen âge, n’en ont point changé le principe. Les progrès faits pendant leur durée par la société européenne, sont non le commencement d'une civilisation nouvelle, mais la continuation d’une civilisation déjà commencée, le développement d’un édifice dont les premières et les plus importantes assises étoient posées. Tout ce qui caractérise le siècle actuel, gouvernement représentatif, aristocratie héréditaire, jugement par jurés, eut son germe dans les siècles antérieurs. Les lumières acquises ont éclairé la marche de la société, mais n’en ont pas changé la direction.

Ainsi constituée, l'Europe moderne avoit acquis pendant la longue période qui s'est écoulée depuis Charlemagne, jusque vers le milieu du quinzième siècle, une manière de juger et de sentir conforme à l’ensemble des causes qui avoient agi sur elle. Comme la Grèce ancienne elle avoit ses gouts, ses opi-

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Mons , ses préjugés , et les deux civilisations se développant chacune sur un plan particulier , sembloient représentées par ces deux genres d'architecture, gothique et ancienne,

qui différent d’origine et de principes, mar-

chent parallélement ensemble sans confondre leurs effets, et sans que lesprit puisse juger l'impression qu’il recoit de l’un par la connoissance des règles empruntées à l’autre. Si l'Europe alors, dans les développemens progressifs de la penséeet de limagination,fütrestée livrée àsesseulsélémensdeculturezsinulle influence étrangère n'en eût modifié l'action , on auroit vu naître partout sur son sol une littérature vraiment nationale, comme celle des anciens, et où se seroient retrouvés à sans addition et sans mélange, tous les traits Qui caractérisent sa civilisation. Dès avant le quinzième siècle la France en avoit donné l'exemple. Les poésies de ses Trouvères, ses anciens fabliaux, ses anciens romans de chevalerie y composoient dés lors une littérature basée sur des traditions populaires, sur la peinture des usages nationaux, surtout sur l'esprit galant et militaire du moyen âge.

2) Dénuée sans doute de ce genre de variété et de profondeur que donnent seules labondance des lumières et l'habitude de la réflexion , elle étoit du moins en parfaite harmonieavec le génie dela nation. Si, corrigeant ses imperfections sans changer son principe, la France fût restée fidèle à ces premiers essais de son talent littéraire, elle jouiroit aujourd’hui des avantages trop peu sentis d’une littérature née et perfectionnée sur le sol de la patrie.

Mais on entroit alors dans le quinzième siècle, époque à jamais mémorable par cette invention de l'imprimerie qui devoit désormais influer si puissamment sur la civilisation. Jusqu’alors les productions littéraires du génie antique, reléguées dans les chartiers des monastères ou dans les collections d’un petit nombre de savans, étoient restées inconnues à la masse de la nation. L’imprimerie, en remplaçant par des procédés simples et rapides le travail long et dispendieux des copistes, les répandit bientôt jusqu’à la profusion dans les classes élevées et moyennes de la société. L’admiration que durent ins-

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