NÉ EN 1474— MORT EN
Dés le treizième siecle, le Dante, nourri du génie des guerres civiles, avoit donné à la poésie italienne toute l'énergie des passions qu’elle développe: L’Arioste vif, ingénieux et fécond, élevé dans les cours les plus brillantes de l’Italie, en fit la langue de l'imagination. Il a puisé les matériaux de son poëme dans cette foule de traditions qui retraçoient les hauts faits de nos anciens preux, et il en a rattaché l'intérêt à cette mémorable époque de l’envahissement d’une partie de la France par les Sarrasins, qui menaça la chrétienté d’une ruine totale. Dans ses vers, reparoissent embellis par sa vive et fertile imagination, les mœurs de l’ancienne chevalerie, sa vie errante et guerrière, surtout
le courage indomptable et les forces extraor-
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dinaires que la tradition lui attribue: A"côté
des croyances du christianisme, on retrouve
ce merveilleux fondé sur l'intervention des
fées et des enchanteurs, voués, comme les
bons ou mauvais génies de l'antiquité, à la
perte ou à la défense d’un même héros, et dont la puissance progressive rappelle cette chaîne qu’on supposoit jadis lier l’homme aux intelligences célestes. Mais ce qui mérite surtout d'être remarqué dans le poème de l’Arioste, c’est la marche à la fois rapide et compliquée de l'action, cette multitude d’événemens qui se croisent et se lient, cette variété d'aventures indépendantes en apparence de l’action principale, et que le poëte sait pourtant y rattacher. L’Arioste en eut le modèle dans les ouvrages de ses prédécesseurs, Boyardo et Berni,et ceux-ci en avoient eux-mêmes emprunté l’idée aux créations de nos plus anciens romanciers. C’est un des caractères propres à la littérature romantique, qui contraste le plus avec l'unité et la simplicité des compositions antiques. Dans cette fécondité d'invention, brille surtout le talent de l’Arioste; car s'il connut mieux
que personne l’art d’attacher par cette description de la vie extérieure, peut-être fut:il moins heureux dans la peinture des sentimens et des passions. Les idées de religion, d'honneur et d'amour n’ont point dans ses vers le sens sérieux et profond que la littérature romantique sé plait à leur attacher.
Le génie léger et badin du poëte semble se Jouer avec elle, et ne supporter lui-même qu'avec peine l'émotion qu'il cherche parfois à produire. Un autre poëte de sa nation, et presque son contemporain, va nous en offrir un plus digne tableau.