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[19 revers; passion pure et élevée comme la religion avec laquelle elle s'allie, qui met aussi la récompense au-dessus des biens périssables de ce monde, et paie tous les sacrifices par une espérance placée au-delà du tombeau. Enfin, et pour reposer l'âme qui ploieroit sous le poids de ces grands sentimens, c’est la peinture de Pamour, tel qu'il doit exister dans le cœur capable de les ressentir; mélé dans Tancrède à la foiblesse qui se cache dans toutes les passions humaines , mais noble et pur dans son origine, et malheureux dans son résultat, comme l'est trop souvent le désir qui s'attache aux choses de la terre. À côté de ces grands caractères, se montre le tableau de passions plus vulgaires qui en relèvent l’éclat. Une poésie riche et animée colore dignement la pensée du poëte et embellit la noblesse de ses créations. Dans cette peinture idéale des vertus chevaleresques, s’est montré le plus beau côté du génie du Tasse ; nul autre après lui n'en à mieux soutenu la hauteur. Son poëme semble un monument élevé en leur honneur, et est devenu la source où vingt poëtes,
I 19 après lui, ont puisé Jeurs conceptions.
Toutefois, on a fait de la Jérusalem un grand nombre de critiques, et dans ce nombre il en est deux que leur nature même et l'objet de cet écrit ne nous permettent pas de passér sous silence’. On a reproché au Tasse d’avoir renoncé lui-même à l’un des plus beaux avantages de son sujet, en n’employant pas assez les noms et les souvenirs historiques, et substituant trop souvent des guerriers imaginaires aux véritables conquérans de Jérusalem. On s'est aussi étonné qu’en plaçant l'action de son poëme au milieu des souvenirsde lagrandeur des Hébreux, il ait si peu rappelé les grandes scènes de leur histoire, et que les souvenirs des patriarches, de Moïse, des prophètes et des rois de Sion, réunis sur une même terre , n'aient inspiré à son génie que de fugitives allusions, au lieu des grands épisodes qu'ils lui offroient. Ces reproches mérités prouvent
: La première de ces critiques est de l’auteur de la Gaule poétique , qui l’a développée (tom. 5, notes sur le 23 récit). La seconde est de M. de Chateaubriand (Gén. du Christ., part. 2).
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combien il est difficile, même à celui qui crée.un sujet, d'en apprécier toutes les richesses. On assure du reste que le Tasse, parvenu à la maturité de l'âge, avoit luimême reconnu ces défauts de la Jérusalem, et se proposoit de les faire disparoitre dans un second poëme (la Jérusalem conquise ), entrepris sur le même sujet.
SCHAKESPEAR.
Presqu’à la même époque vivoit dans une autre contrée de l'Europe, connue seulement jusqu'alors par la fréquence de ses révolutions politiques, cet étonnant écrivain, ho-
: À la suite du Tasse onpourroit s'étonner de ne point trouver le nom d’un poëte que ses compatriotes vantent à l’égal de ce grand homme, et auquel son histoire donne avec lui une étonnante ressemblance. II faut donc expliquer au moins les motifs du silence que
nous gardons à son égard.
Camoëns fut contemporain du Tasse; comme Jui,
il vit de près les cours, et donna toute sa vie le spec-
noré par les: Anglais du nom de Génie des iles britanniques. Schakespear, contemporain du Tasse, a montré commelui , dans un genre de compositions différent, la puissance sur
tacle du génie luttant contre la fortune; comme le Tasse enfin, il choisit pour objet de sés chants l’un des grands faits de l’histoire moderne. Mais il faut convenirque ces analogies qu’on remarque entre les auteurs ne s’étendent pas au même degré sur leurs ouvrages. Camoëns a mis en beaux vers l’histoire de sa patrie ; c'est beaucoup sans doute pour ses compatriotes, mais ce n'est point assez pour l’Europe. Quel que soit le mérite de la Lusiade, on chercheroïit vainement dans ce poëme ces grands caractères et ces sentimens élevés que l’épopée exige. Gama est le chef habile d’une expédition, plutôt que le héros d'un poëme; et ses compagnons n’ont rien qui les distingue de la foule des navigateurs ordinaires. Le poëme entier est en récit plutôt qu’en action; nul épisode véritable n’en coupe l’uniformité; car la mort d’Inès et l'apparition d'Adamastor, si justemeut admirés d’ailleurs, ont trop peu d’étendue pour mériter ce nom. Enfin tous ces défauts nexisteroient pas, que le mauvais choix du merveilleux dépareroit toujours les beautés de la Lusiade. Jamais l’abus de la mythologie païenne n’a été poussé si loin. Les divinités de la fable sont employées d’un
\ CL . ll bout à l’autre du poëme, non comme accessoire poë-
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l'esprit des peuples d’une poésie nationale dans le choix de ses sujets et dans le tour de sa pensée. On sait que ce grand écrivain, long-temps inconnu en France, n’y acquit, vers la fin du siècle dernier, quelque renom, que pour être regardé comme un barbare, digne à peine de fournir au bon goût le plan de quelques ouvrages. Les plaisanteries de Voltaire , et surtout la prévention de l'esprit national, conduisirent à ce résultat, et n'ont permis que de nos jours à une opinion plus
tique, mais comme ressort principal de l’action; et le poëte les jette au milieu de ses Portugais du quinzième siècle, comme Homère les plaçoit au milieu des guerriers d’Ilium. La froideur qu’un tel système de merveilleux jette sur son ouvrage est facile à concevoir; il amène à ce résultat, qu’il faut un effort d'esprit continuel pour ne point assimiler les aventures que le poëte raconte aux fictions qu'il crée, et se persuader que ses héros ont un autre genre d’existence que ses dieux. À vouloir considérer la Lusiade comme fruit d’une inspiration romantique, il seroit difficile d’y signaler autre chose que le choix du sujet. Or, on sent aisément que le seul choix du sujet n’est point ce qui constitue Le sens et l'esprit d’une composition litté-
raire.
juste et plus éclairée de l'établir : triste effet de ces jalousies nationales, qui ne paroïssent jamaisplus indignes des peuples éclairés, que lorsqu'elles les rendent ainsi étrangers à un sentiment fait pour leur servir à tous de point commun de réunion, d’admiration pour le génie.
Il y a dans Schakespear, au milieu des dé-
fauts qu'il tint de son siècle, une variété de
conceptions, une abondance et une originalité d'idées, enfin une connoissance du cœur humain, qui étonnent d'autant plus qu'on le lit davantage. Son génie, fecond et varié comme la muse romantique même, a puisé dans toutes les sources et réussi dans tous les genres. Connu, surtout en France, par ses tragédies , il ne mérite pas moins de fixer l'attention par les nombreuses compositions du genre comique dont il a enrichi le théâtre de sa nation. Le caractère en est si différent des ouvrages qui portent le même nom parmi nous, il rentre si bien dans l'esprit général de la littérature romantique, qu’il n’est pas inutile d’en considérer plus particulièrement ici la nature.