‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 4 sur 72 · LE · texte numérisé non relu

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À dans ses exceptions ; une foule de définitions incomplètes en ont été données; chaque qualité, et plus souvent encore, chaque défaut particulier a successivement été pris pour type général de sa nature; ce n'est que par degrés qu’on est parvenu à l’isoler de circonstances accessoires ou accidentelles, et à pénétrer dans la variété de ses formes l'unité de son principe. Grâce enfin à cet enchainement progressif d'idées, l'horizon de la littérature romantique s'étendant chaque jour, ce qui n’étoit d'abord qu’un genre de style, qu'une manière d'écrire, est devenu l'expression générale de la civilisation particulière des modernes. Telle est du moins l'opinion que paroïssent en avoir conçue plusieurs gens de lettres, et tel est aussi l’aspect sous lequel on se propose de la présenter dans cet écrit.

Mais, dira-t-on, si cette opinion a été réellement émise, pourquoi augmenter en la répétant le nombre des ouvrages inutiles ?

L'observation seroit juste s’il suffisoit d’énoncer une vérité pour la faire reconnoitre comme telle par les autres; si une opinion rapidement avancée dans un écrit littéraire,

sans développemens à sa suite, sans preuves à son appui (et l’on n’a pas fait davantage pour celle dont nous parlons), étoit aux yeux du public autre chose qu'une simple allégation.

Mais que résulte-t-1l de propositions ainsi Jjetées en avant, sinon une hypothèse nouvelle ajoutée à celles qui tiennent les esprits en suspens, une cause d'incertitude jointe à celles qui existent déjà ? Il semble cependant que le nom de romantique joue un rôle assez important dans les productions de cette époque, pour qu'il puisse être utile d'en donner une explication plus précise : et le public enfin ne sauroit en vouloir à l’auteur qui lui offre les moyens de se décider sur des preuves , au lieu de lui demander qu’il s'en rapporte à de simples assertions.

Nous allons rappeler quelques faits relatifs à l’histoire de la littérature romantique, puis exposer le plan et la division de cet écrit.

On sait que le nom de romantique dérive de celui de romane ou romance, qui désigne une langue usitée jadis dans le midi de la France, et dans laquelle ont été écrites quel-

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peut rapporter à ce genre de littérature. Mais pour lui trouver la signification que nous fui donnons ici, il ne faut pas remonter au-delà des premières années de ce siècle, ou des dernières du siècle précédent. Madame de Staël paroît être le premier auteur qui lait employé dans ce sens. Elle s’en servit pour désigner un système littéraire propre aux peuples du Nord, qu’elle opposoit à celui que les anciens ont suivi, et, plus tard, les auteurs du siècle de Louis XIV. Après elle et vers le commencement de ce siècle, un ouvrage célèbre en augmenta singulièrement le renom ; le Génie du Christianisme fut regardé, au moins dans la partie littéraire, comme appartenant à cette nouvelle école, et nous verrons dans la suite quel genre de.caractère ly rattache en effet. Enfin la connoiïssance qui s’est de plus en plus répandue parmi nous des littératures anglaise et allemande, a donné une nouvelle importance au système romantique, et l'on se sert aujourd’hui de cette expression pour désigner toute théorie littéraire, contraire au système de composi-

tion suivi en France depuis Louis XIV, sys-

) tème auquel on a affecté à son tour lépithete de classique.

C’est sans doute à cette origine étrangere qu'il faut attribuer les grandes réclamations qui s’élevèrent en France contre les premiers essais de la littérature romantique. On n’a point oublié de quelle sorte de persécution elle fut l’objet; et ce qui se passa à cette époque, put prouver que l'esprit de parti qui semble d’abord exclusif à la politique, n’est point étranger au domaine paisible des lettres. On fit intervenir l'honneur national dans une querelle littéraire; et les Français, qu’on accuse d’être changeans, mais qui ne le sont guère dans ce qui touche les intérêts de leur amour-propre, se rallièrent pendant long-temps pour repousser des innovations auxquelles on prétoit cette origine étrangere. Dans presque tous les écrits publiés en France vers les premières années de ce siècle, la littérature romantique est accablée d’un déluge de critiques ou d’injures, et semble destinée seulement à servir d'objet à la raillerie d’une nation qui, plus que toute autre, excelle dans ce genre d'attaque.

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il faut dire aussi que ce long soulèvement qu'elle excita put être l'effet de l'obscurité qui enveloppoit d'abord sa nature. Comme ce qu'on appeloit le genre romantique n'avoit été ni bien compris, ni exactement défini, on pouvoit s’effrayer de cette puissance inconnue qui menaçoit tout, en cachant elle-même sa marche et son but; qui arrachoit partout ‘les bornes, sans indiquer le point où elle s’arréteroit elle-même ; qui renversoit enfin un édifice établi, sans lui en substituer un plus convenable. Une diversité presque infinie d'opinions régnoit sur la littérature romantique; et, en rapprochant tout ce qu'on en a dit en France depuis douze ou quinze années, on feroit un ouvrage curieux par la bigarrure des Opinions et la singularité des contrastes. Les critiques les plus modérés faisoient consister le genre romantique, tantôt dans l'affectation du style, tantôt dans l'exagération de la sensibilité, tantôt dans le rapprochement subit et fréquent du vulgaire avec le relevé, et chacun se créoit ainsi des monstres qu'il combattoit avec avantage, sans

pourtant Jamais atteindre son véritable ad-

versare. Nousreviendrons, dans la suite de cet ouvrage, sur les causes et les effets de toutes ces méprises , qui, au reste, ne doivent point étonner. De nos jours encore, combien de lecteurs pour qui toute la littérature romantique consiste dans le jargon bizarre de quelques romanciers |

Cependant, comme nulle opinion ne peut être définitivement proscrite que par le résultat d’une discussion impartiale et approfondie, celle dont nous parlons dut se reproduire, et se reproduisit en effet malgré les efforts qu’on faisoit pour l’étouffer. Le temps calma les premiers mouvemens de la passion ; l'examen succéda à la moquerie, et les choses alors suivirent leur marche accoutumée. On généralisa des notions incomplètes; on élagua peu à peu des définitions, ce qui n’étoit qu'accessoire ou accidentel; on en vint à considérer sous des rapports généraux, un sujet tout particularisé d’abord; la vérité commença à se faire jour. Le même auteur, qui le premier avoit appelé l'attention sur la littérature romantique, fut le premier aussi

a en apprécier convenablement la nature.

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