MADAME DE STAËL
Il ne faut pas chercher dans les ouvrages de madame de Staël l'application directe du système littéraire qu’elle-même a recommandé. Madame de Staël s’est presque toujours renfermée dans la partie critique de la littérature , et ses ouvrages d'invention semblent eux-mêmes avoir pour but de ramener l'exposition de ses idées sur les arts, la littérature, le caractère ou le génie des peuples dont son sujet l’amenoit à parler. Mais, la
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première, elle a fait connoïtre et goûter en France la littérature du Nord, et publié sur la littérature romantique une foule d'idées partielles qui en contiennent presque toute la théorie. Tel est surtout le mérite de son traité De la Littérature, considérée dans ses rapports avec les Institutions sociales, et de son ouvrage sur l'Allemagne. |
Il y a dans le premier de ces ouvrages une réunion d'observations sur le génie et la littérature des peuples anciens et modernes, dont la justesse et la sagacité caractérisent parfaitement inimitable talent de l’auteur.
Jamais encore la littérature n’avoit été considérée en France sous des rapports aussi étendus , ni placée sur une aussi large base ; jamais cette vérité, que tout en elle est dans un rapport intime avec l'état social au sein duquel elle a pris naissance , n’avoit été mieux développée. On s’est beaucoup récrié sur les assertions de madame de Staël, relativement au caractère qu’elle donne à la littérature du Nord, la mélancolie. Il semble, en effet, qu'elle s’en soit exa
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roissant rattacher à son développement les
1Ô1 progrès même des lumières et de la civilisation. Nous montrerons ailleurs que le penchant mélancolique de l'esprit n’est proprement ni un moyen ni même un indice de civilisation , mais, comme tout autre caracere littéraire, un simple effet des causes qui ont influé sur celle-ci. Peut-être trouveroiton encore dans cet ouvrage quelques autres idées plus brillantes que solides ; car c’est le seul reproche qu’on puisse faire à cette femme célébre, qu’en poussant trop loin la finesse de l'analyse, elle n’a pas toujours su se garantir des inconvéniens même de son talent en ce genre. On peut, à force d'esprit, ramener tout à des explications données; mais, en littérature, si les résultats généraux sont certainement liés à des causes déterminées, la multitude des faits de détails, basés sur des circonstances locales, sur le génie individuel des auteurs, sur des données dont le temps a fait disparoître la trace, restera toujours au-dessus des forces de l’analyse. Il en est de l'auteur qui veut rendre raison de tant d'anomalies qu’on rencontre dans son étude , comme de l'historien qui tâche d'expliquer
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