LORD BYRON, WALTER-SCOTT
Toutefois de nos jours le sceptre de la littérature romantique, si long-temps conservé par l'Allemagne, semble passé de nouveau aux mains des compatriotes de Schakespear. Deux auteurs célèbres, lord Byron et sir Walter-Scott, ont relevé en Angleterre l'honneur de l’école littéraire, fondée par ce grand homme et soutenue par Milton , et déjà leurs compositions originales, avidement reçues par leurs compatriotes, se sont popularisées dans presque toute l’Europe. Dans l’un, une fierté de génie qui re-
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produit parfois. les énergiques effets de la masse de Schakespear , une hardiesse, de pensée qui soutient une grande flexibilité de talent poétique, et que colore la magie d’un beau style; dans l’autre, une inépuisable fécondité d'invention: jointe à une instruction solide et variée, commandent lintérêt ou forcent à l'admiration. La postérité, toujours plus éclairée, jugera la place qu'ils doivent occuper au «milieu des grands hommes qui les ont précédés; mais, sans doute, elle sera d'accord avec le siècle présent pour leur accorder Jusqu'ici, dans le genre que chacun deux s’est choisi, la pre-
miere parmi leurs contemporains
: Si nous rapprochons dans ce passage deux écrivains célèbres, c’est en leur qualité de contemporains et de compatriotes; car sous tout auire rapport rien de plus opposé que le caractère de leurs productions. Désignés cependant tous les deux par le titre de Romantiques, cités à tout propos comme modèles du genre, il convient d'expliquer et le rapprochement qu’on en fait et la différence que nous leur trouvons.
Abstraction faite de toute forme littéraire, la poëste
de lord Byron se distingue sous le double point de vue
du sujet et de l'inspiration. 1°. Lord Byron peint dans l’homme cette partie de son existence qui consiste dans l’action de l’âme sur elle-même, dans le jeu des penchans et des passions.» Il.est, dans toute l'étendue de cette expression, peintre de sentimens et d'idées. Les faits ne jouent qu’un rôle très-secondaire dans sa poésie, et n’ont pour objet que de mettre en jeu les ressorts de cette vie intérieure dont le poëte développe le tableau. Ses plus belles compositions (Childe Harold) sont même celles dans lesquelles ils occupent le moins d'espace. 2°. Dans cette peinture de la vie, c’est le point de vue idéal et non le côté positif que le poëte choisit. Jamais, des hautes régions où il s'élève, la nature réelle n’arrête un instant ses regards. Les sentimens, les caractères, les faits eux-mêmes, sont giganiesques. Il. y a de la vérité dans leur peinture en ce sens que rien n’est hors de ce cercle de sentimens dont notre civilisation jette en nous au moins le germe; mais cette vérité n’est jamais historique, c’est-à-dire que le modèle n’en a pas été pris dans le monde réel, et que nulle existence individuelle ne seroit capable
d’en réaliser la conception.
Walter-Scott, dans ses romans, s'attache au contraire au développement physique de la vie, au détail des mœurs, des usages, enfin à la peinture de tous les dehors de l’existence. Il intéresse par les faits, et laisse presque toujours au lecteur le soin de supposer ou de développer les sentimens. En même temps, dans ce
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tableau de la vie, c'est le côté positif et jamais le côté idéal qu’il exprime. Le monde réel] dans toute sa vérité, mais aussi dans toute sa nudité, occupe une place exclusive dans ses compositions. Peu lui importe la nature de l’objet, pourvu que cet objet existe; peu lui importe le caractère de ses portraits, pourvu qu'ils soient ressemblans. La réalité, quelle qu’elle soit, le tient invinciblement attaché; et, si de deux manières d'amener et d'expliquer un fait, l’une flatte davantage l'imagination, l’autre arrive plus communément; C est presque toujours celle-ci qu’il emploiera de préférence.
Dans cette manière si différente de concevoir et de peindre la vie, quel est donc le point de contact des deux écrivains? d’où vient cette dénomination com-— mune qui les rapproche? Ils expriment l’un et l’autre ce qu’il y a d’individuel dans la civilisation des peuples modernes ; l’un peint leur vie idéale, l'autre peint leur vie positive. Elaguez de ces deux définitions ce qui les distingue, il restera le caractère commun qui les rapproche, je veux dire le poini de vue général de la
littérature romantique.
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