‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 49 sur 72 · PR D · texte numérisé non relu

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nir n’est point l’enrichir, comme paroissent le croire plusieurs écrivains, mais l’appauvrir

réellement :.

1 On trouve dans les opinions d'un critique du dix-septième siècle un si étrange exemple des erreurs où ce système d'utilité a pu jeter des litérateurs, d’ailleurs estimables, qu'on nous permettra d'insister

quelque temps sur ce sujet.

Selon le P. Lebossu (Traité du Poëme épique, Lis, chap. 3 et suiv.), l'épopée est «un discours: inventé » avec art pour former les mœurs par des ixsiructions » déguisées sous les allégories d’une action impor- » tante »; elle a selon lui pour objet, comme Fapologue, de faire arriver à l'esprit d’une manière poétique la connoissance d’une vérité morale. Pour justifier cette définition, le critique soutient que l’Iliade est une fable imaginée par Homère pour montrer aux Grecs « que la mésintelligence des princes ruine leurs pro— » pres Etats. » L'Odyssée à son tour a eu pour but de leur prouver « que l'absence d’une personne hors de » chez soi, ou qui n’a point l’œil à ce qui s’y fait, y » cause de grands désordres. » L’'Enéide enfinsn'a eu d'autre objet que de faire sentir aux empereurs rO— mains «les avantages d’un gouvernement doux et mo- » déré, sur une conduite dure et sévère, qui m'inspire

» que la crainte. » Il faut voir dans l’ouvrage même le

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nent le mieux l’idée de ce genre d'effets, il faut mettre Goëthe au premier rang. Nous

développement de ces singulières propositions; il faut y voir surtout de quelle façon le critique fait dépendre de ce système de moralité le mode de composition du poëme épique. Selon lui, Homère et Virgile, après avoir ainsi fait choix du précepte de morale qu’ils vouloient développer, «ont cherché dans l’histoire ou » dans les fables reçues, quelques héros dont ils pussent » emprunter les noms et auxquels ils pussent faire » Jouer leurs personnages. » Homère, par exemple, « a choisi pour développer la moralité de l’Iliade , le » siége de Troie; il a donné la qualité de rois à ses » personnages; il a nommé Achille son fantôme vail- » lant et colère, Agamemnon son général, Hector le » chef des ennemis, etc. »; et tout cela précisément de la même manière qu Esope, dans une fable dont la moralité revient à celle de l'Ihiade, à donné à ses personnages le nom de bétes, et nommé moufons ce que le poëte appelle Grecs. «Car, dit le critique, il im- » porte peu pour la nature de la fable que l’on prenne » des noms de bêtes où des noms d'hommes; et soit » qu'Hector se rue sur les Grecs divisés et leur fasse » porter les peines de la folie de leurs souverains, soit » que le loup se rue sur les moutons pendant que les » chiens se mordent et se déchirent, c’esttoujours la

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avons déjà dit que Goëthe peignoit la nature

sans autre but que de la peindre, et que le théâtre, la poésie et les romans, n’étoient

» morale que le poëte a dessein d'enseigner allégori- » quement. » Telles sont les rêveries que quelques phrases mal interprétées d'Aristote ont fait proposer comme des vérités, par un homme d’ailleurs instruit et de bon sens : comme s’il eût voulu monirer qu’en littérature, de même qu'en philosophie, 1l n’est point de paradoxe où l'esprit de système ne puisse conduire. Mais ce qui n’étonne guère moins que les idées du P. Lebossu , c’est le jugement qu'en porte un littérateur aussi distingué que Marmontel (Poétiq. française , ch. 8et13). Il n'ose point contredire formellement le système du critique ; il se contente d'avancer que les choses auroient pu se passer autrement. « Je veux, » dit-il, croire avec Lebossu qu'Homère, comme La » Fontaine, commença par inventer la moralité de ses » poëmes, et puis l’action et puis les personnages... » Mais supposons que le dessein de l’Iliade lui fût venu » d’une autre manière... ; l’Iliade en seroit-elle moins » un poëme? Homèreen seroit-il moins un poëte ? etc. » Ne voilà-t-il pas un doute parfaitement placé! Le même auteur, sans adopter les explications que donne son devancier du sens moral de l'Odyssée et de l'Enéide ,

n'en veut pas moins que l'action principale de l'épopée

pour lui que des enveloppes diverses ,.sous lesquelles il se plaisoit à faire naître des émotions et à communiquer des pensées indé-

se termine à une moralité dont elle soit le développement; «et plus, dit-il, cette vérité morale aura de » poids, plus la fable aura d'importance. » Il diffère de Lebossu en ce que cette moralité, selon lui, n'a pas besoin d’être cachée sous le voile d’une allégorie ; il suffit qu’elle résulte directement du sujet. Dans ce système, il explique à sa façon la moralité de lIliade, de la Pharsale , et-de la Henriade. Tel fut l'aspect sous lequel les critiques des derniers siècles ont trop souvent envisagé les beaux-arts. On pourroit, en jugeant Marmontel lui-même, opposer aux opinions du critique les propres ouvrages de l'auteur. Quelle moralité prétend-il avoir cachée dans son poëme, d’ailleurs si intéressant, des Incas? quel sens moral renferme la destruction de ces malheureux Indiens? Et quand il nous a montré l'innocence et le bon droit luttant sans succès contre la force et l'audace, la religion et l'humanité foulées aux pieds, et une poignée d’assassins exterminant au nom de Dieu des milliers de victimes, quelle règle finale de vertu veut-il que nous tirions d'un tel tableau? Peut-être dira-t-il qu'il a voulu inspirer l'horreur du fanatisme. Mais telle n’est point la mora-

lité que le critique entend. D’après lui, la passion,

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