‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 51 sur 72 · FE TUE SUOL LED · texte numérisé non relu

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cette sorte de maladie de l'âme, si commune

parmi nous, fut inconnue aux anciens, au

moins peut-on dire que la peinture en est

bien rare dans leurs écrits, si même elle s'y

trouve. Ces peuples, entourés d’une nature

riante et sereine , imbus d’une religion toute physique et placée dans le seul présent, sans cesse occupés des intérêts matériels de l’existence, ou des soins qu’exigeoit la conservation politique de leur état, ne portoient dans l’ensemble de leur constitution aucune cause Capable d'en nourrir en eux le germe. Vouloir, avec quelques critiques, en trouver partout l'expression dans leur littérature, c’est chercher unecontradiction dans cette antiquité si conséquente avec elle-même; si fidèle à sa propre nature. Les poëmes d’'Homère etles autres compositions des temps anciens de la Grèce, appartiennent à des mœurs et à un ordre d'idées trop différens, pour qu'il soit nécessaire d'en faire ressortir le contraste. On pourroit, dans la littérature athénienne, s'appuyer avec plus de fondement de quelques compositions tragiques qui en imitent le caractère. Dans OEdipe à Colonne, par

exemple , une teinte sombre et religieuse règne dans tout le cours de l'ouvrage : c'est expression &e l'abattement où jettent de longues infortunes, celle du calme qui succède sur le soir de la vie, aux orages des passions, ou de la confiance de la vertu, victorieuse dans la lutte contre la destinée. Mais ces sentimens, quelque noble et touchant qu'en soit le caractère, ont encore une autre origine, ét répondent pour ainsi dire à une autre faculté de notre âme. Parmi les Latins, Virgile a été le plus souvent cité par ceux qui, tout en blämant le genre, ont voulu contester aux modernes la priorité de linvention. Il y a, en effet, dans la poésie de Virgile une douceur et une délicatesse supérieures à tout ce que l’antiquité offre de semblable : les épisodes d’Orphée , de Nisus et Euryale, ont un attrait tendre et touchant, qui’fait admirer la sensibilité d’âme et le talent du poëte. Mais cet attrait, à le bien examiner, naît plus encore de l’harmonie des vers et du charme des comparaisons , que de là nouveauté des sentimens qu’ils expriment; ni la tendresse conjugale d'Orphée, ni le dé-

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