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le dire, l'abus de la vérité, bien plus que le manque de vérité, qu'on a pu blâmer ici.
Souvent la médiocrité, profanant le genre par son excès même, a mis l'affectation à la place du sentiment, et lexagération à la place de la nature. Mais quelle est celle des qualités littéraires qui n’a pas été outrée Jusqu’à devenir un défaut, et comment trouver dans l’homme une seule émotion louable, si
on la juge par l'excès où il.peut la porter?
Enfin, il est une observation à laquélle a déjà donné lieu la comparaison du génie des deux peuples, ancien et moderne, et dont l'application doit aussi trouver sa place dans l'examen qui nous occupe. Nous avons dit que l’activité de la vie, chez les anciens, se portoitprincipalementsur lesactions, comme chez les modernes elle se porte sur les sentimens; et un contraste analogue se fait remarquer dans les deux littératures, ou , comme le premier, il est en rapport avec les circonstances de leur développement et les
a Ts lois même de notre intelligence. L'homme , qui a bien plutôt atteint le développement physique propre à sa nature , que le développement moral auquel il peut s'élever, doit aussi, dans l’ordre des temps, faire précéder par l'expression littéraire de cette vie positive, premier degré de son perfectionnement, celle de son existence morale, qui en est le second. Il faut une civilisation plus raffinée pour donner aux sentimens .et aux passions cette étendue et cette variété qui appellent l'intérêt sur leur peinture. De là vient que chez les anciens, plus près que nous de la nature, et entourés d'institutions fortes et positives, qui maitrisoient et dirigeoient vers un même but les différences accidentelles des passions et des caractères, on trouve peu d'exemples d’un tel genre de représentation littéraire. Quelques comédies grecques et latines , et les poésies des satiriques latins sont les principales exceptions que nous présente la littérature ancienne, et ces ouvrages eux-mêmes en sont les derniers fruits et datent de l’époque la plus avancée de la civilisation. Les modernes
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ont heureusement exploité ce champ. nouveau, qui s'agrandissoit pour eux par {les progrès même de leur culture intellectuelle.
Ils ont vu dans l’intérieur de l’homme: un monde nouveau, ouvert comme le monde physique à l'observation, où, depuis le mouvement qui passe dans la conscience, sans y laisser de trace, jusqu’au sentiment exclusif qui la domine, tout pourroit devenir l'objet d’une découverte ou le sujet d’un tableau ; vaste arène où les devoirs et les penchans, l'intérêt et les passions se combattent sans cesse et modifient de mille manières l’existence. Mais, ici même, les auteurs romantiques ont suivi une tendance particulière et analogue au reste de leur génie: Dans cette peinture de l'homme, ce que les classiques modernes ont étudié et reproduit avec le plus de soin et de talent, Cest l'influence des habitudes sociales, la différence des caractères , des goûts et des opinions ;, enfm ce qu'on pourroit appeler les détails de son ésprit. Ils ont analysé avec finesse et discernement ces innombrables et délicates nuances qu'établissent à la longue entre les hommes
une position et des relations déterminées, et qui, à défaut de traits saillans, les distinguent dans la société. Dans ce genre surtout’, les écrivains français ont montré une supériorité qu’il seroit difhcile de leur contester. Les auteurs romantiques ont étudié l'homme dans les grandes affections de son âme, dans le développement d’une organisation plus forte, dans les effets de celles de ses passions dont le temps et la vie usent à peine en lui l'empreinte. Ils ont surtout peint l’action de la nature sur lui, comme les premiers , l’action de la société.
Dans la littérature dramatique, où cette différence s’est fait le plus sentir, elle.a fait de la comédie française un tableau de mœurs dont l'excellence, comme tel, est appréciée par tous ceux qui en ont fait une juste étude; mais, appliquée aux compositions tragiques, elle.y a jeté une froideur et une sécheresse, qui, dans un tel genre, sont inséparables de sa nature. Beaucoup de tragédies françaises semblent avoir pour but une discussion critique des passions, plutôt qu'un tableau animé de leurs effets ; et leurs nuances
y. sont si finement analysées, qu’elles finissent parse confondre dans les nuances même des caractères. Nos tragiques les plus estimés sont loin d’être exempts de ce défaut.
Plusieurs pièces de Corneille , la Bérénice de Racine, sont de longues dissertations, où tout ce que les passions peuvent dire d’'ingénieux est exprimé avec un art et une finesse qui font honneur à la sagacité du poëte, mais que l'énergie même de ces passions ne semblent pas comporter. Les auteurs romantiques leur ont conservé des traits plus prononcés, et c’est par la grandeur des résultats qu'ils aiment à faire juger de leur violence, plutôt que par l'exactitude de cette analyse. Schakespear , qui a excellé dans les grandes parties de son art, a possédé surtoût ce talent de peindre les passions par les effets qu’elles produisent. Rarement il fait disserter ses personnages sur le sentiment qu'ils éprouvent; mais une situation dans laquelle il les place, une expression qu'il met dans leur bouche , en apprennent plus sur ce sentiment que des discours étudiés, qui sont presque toujours hors de la vrai-
UE semblance et contraires à l'effet tragique.
Nous bornerons ici cette comparaison des deux littératures, qu’on pourroit étendre encore, mais où l’on n’établiroit peut-être de nouveaux contrastes qu'en restreignant la généralité de ceux que nous venons d’indiquer. Il en résulte que la littérature romantique, considérée dans son ensemble, présente pour principaux caractères, de se refuser davantage à l'application des règles tirées en littérature de l’usage ou de l’exemple; de donner àses conceptions plus dedéveloppementet d’étendue; d’en exclure en général tout caractère positifet didactique; d’avoir introduit ou répandu la peinture d’un genre nouveau d'affection morale, et de montrer plus de penchant pour la représentation des passions que pour celle des caractères. Mais sans doute il ne faut point exagérer l’importance de ces traits divers au point de faire de chacun d'eux une propriété exclusive de la littérature à laquelle ils appartiennent ; ils en caractérisent seulement l’ensemble, et y deviennent d'autant plus sensibles qu’on la considère dans un plus grand nombre de