‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 6 sur 72 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

De la littérature considérée dans ses rapports avec

la civilisation.

AvanT d'entrer dans une discussion littéraire, il n’est pas inutile de fixer quelques uns des principes qui peuvent influer sur ses résultats; avant d'expliquer le sens qu'on attache à Pexpression de littérature romantique, il faut définir ce qu’on entend par littérature en général. On nous pardonnera donc d’entrer à cet égard dans quelques détails nécessaires pour justifier les opinions qui sont présentées dans cet essai.

Qu'est-ce en général que la littérature ?

Quelles sont les causes dont elle dépend? On aborde avec plus de confiance la solution de ces questions ,aujourd’hui qu’elles sont éclaircies par les idées de plusieurs écrivains récens.

Si la première eut été proposée aux critiques

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1 / des derniers siècles, peut-être auroient-ils répondu que la littérature est l'ensemble des ouvrages destinés à procurer à l’espritunagrément mêlé d'instruction. Cette définition apprend bien en effet de quoi la littérature se compose. Mais sous ce caractère extérieur s’en cache un bien plus essentiel et bien plus général. La littérature est le réceptacle des idées et des sentimens qui composent la culture intellectuelle et morale des nations; elle est, comme l’a dit avec justesse et concision un auteur moderne :, l'expression de la société, Si, généralisant l’acception de ce dernier mot, on s’en sert pour désigner une constitution intellectuelle et morale des peuples dont on considère la littérature.

Cette opinion fait dépendre la littérature de la société, et, au premier abord, l'inverse de la proposition sembleroit plus vraie. On pourroit croire que la société, au lieu d’entrainer la littérature , marche à sa suite +eten devient en quelque sorte l'écho, et qu'ici, comme dans d'autres éas, quelques hommes

1 M. dé Bonald.

privilégiés décident, par linfluence de leur génie, du caractère de la société qui les entoure. On a tant parlé dans ces derniers temps de l'influence des écrivains, l'esprit de parti a tant insisté sur quelques exemples, et l’on a mis en même temps si peu de précision dans les termes de la discussion , que la question, ainsi dénaturée, est devenue problématique aux yeux de beaucoup d'hommes éclairés. Cette question , en effet, est susceptible de bien des solutions, suivant les divers aspects sous lesquels on l’envisage , et les diverses acceptions qu'on donne aux termes.

Lesdistinctionssuivantes contribueront peutêtre à Jeter quelques lumières sur ce sujet, bien digne d’ailleurs qu’un écrivain au niveau de cette tâche en fit un jour l’objet d’une discussion spéciale.

Si vous considérez l’état des sciences au milieu de la société (et sous ce terme de sciences,nouscomprenonsseulementles connoissances qui se rapportent à l'étude des lois de la nature ou des vérités mathématiques }, vous n’apercevrez aucune liaison nécessaire entre leurs progres et la marche de

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