‹ Essai sur la littrature romantiqueChapitre 7 sur 72 · FE 2E · texte numérisé non relu

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la société prise abstractivement de ses membres. Ici, chaque découverte nouvelle, chaque perfectionnement obtenu sont dus au génie ou à la patience d'individus isolés ; la masse reçoit comme résultats acquis les connoissances auxquelles quelques hommes distingués s'élèvent. Mais jamais la marche de la société, considérée en elle-même, ne jettera dans les sciences une idée nouvelle, ne démontrera une vérité ignorée. Les savans, en un mot, font les sciences; et, par exemple, telle est ici l'influence des hommes de génie, que si Kepler et Newton n’eussent point existé, les lois de la gravitation et de Ja lumière seroient peut-être encore inconnues.

Si vous Jetez les yeux sur les sciences morales et philosophiques, comprises parfois aussi dans le terme général de littérature, vous ne reconnoîtrez plus cette simplicité qui marquoit la marche et les progres des autres. À lPinfluence des individus se joint l'influence de la société, et ces deux causes exercent chacune un genre particulier d’action. Les idées répandues chez un peuple en | morale, en politique, en législation, sem-

= blent tenir, quant à leur mode d'existence, à l’état particulier de sa civilisation, bien qu’elles dépendent, quant à leurs progres, des travaux des hommes distingués. Des circonstances antérieures (nous essaierons bientôt d’en fixer la nature) en déterminent le caractère : les communications des hommes entr'eux, les relations multipliées entre Îles différens ordres de la société, en favorisent la propagation. Enfin, les hommes de génie jettent sans cesse de nouvelles lumières au sein de la masse en mouvement, et hâtent impulsion qui l'entraîne. Maïs soumis euxmêmes à l'influence de cette impulsion, ils n’en changent point la direction; souvent même ils ne la jugent pas; et presque toujours, du point d'où ils partent, on peut mesurer la hauteur où ils doivent s'élever. On a si bien senti la réalité de cette direction générale des idées, indépendante de l'action même des écrivains, qu'on l’a désignée par cette dénomination d'esprit du temps, qui en atteste l'existence et la force. Toujours relative au développement des sentimens moraux et à la masse des lumieres acquises, elle

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